La maison de campagne
- Annabelle, Annabelle, réveille-toi
vite !
- Qu’est-ce qu’il y a Camille ?
- Le club des éléments, ils sont dans la
forêt !
Je savais depuis longtemps que notre chalet était
hanté, mais je n’avais aucune idée
de quand les esprits allaient revenir. Selon l’expression
de Camille, j’avais jugé que je devais aller
voir le club. J’ai donc pris ma formule magique
de dernier recours écrite pour ce genre de situation.
Je m’habillais à toute vitesse pour aller
dehors.
Le vent de la nuit fouettait mes joues
rougies par le froid. Ma petite sœur Camille avait peur, car elle
savait bien que c’était elle que les esprits
voulaient. On croyait les avoir vaincus, mais la petite
cicatrice de ma sœur était rouge, ce qui
témoignait de la présence du club des éléments.
Ces esprits redoutables volaient les âmes pour
avoir le plus de pouvoirs magiques possible, pour ensuite
régner sur le monde magique. Moi, ils auraient
bien voulu avoir ma force, mais j’avais trop de
puissance pour eux. Mon bouclier les empêchait
de me toucher et ma maîtrise des pouvoirs du vent était
très forte. Je voyais aussi dans l’avenir,
ce qui me prévenait de leurs attaques à l’avance.
Enfin rendue à la forêt, tout était
calme et silencieux. Je jetai un coup d’œil
dans le futur pour constater qu’ils arrivaient
par derrière. Je me tournai et fis signe à Camille
de faire de même. Je récitai ma formule
trois fois avec intensité avant qu’un membre
du club n’enlève ma sœur. La formule
ne fit aucun effet et on pouvait voir une dizaine d’ombres
se dessiner sur les troncs d’arbre de la forêt
dense. Ma petite sœur, ne voulant pas en voir davantage,
tira nerveusement sur ma manche. Nous sommes parties
en courant jusqu'au chalet, en sécurité.
À l’aube, après cette nuit agitée,
je fus réveillée par ma petite sœur
qui passa dans le couloir du chalet devant ma chambre.
Elle avait le regard éteint et ne répondait
pas aux questions que je lui posais. Poussée par
la curiosité, je la suivis jusque dehors. Une
brume épaisse recouvrait la petite campagne où nous
nous trouvions. Camille se dirigea rapidement vers la
forêt où nous avions vu le club la veille.
Le brouillard était si épais que je ne
voyais que deux mètres devant moi. Dans la forêt,
ce n’était guère mieux. Camille arrêta
de marcher après seulement quelques pas dans le
bois. On pouvait lire dans ses yeux sa grande confusion.
De mon côté, j’étais complètement
captivée par la brume. Quand j’entendis
ma sœur crier, je me retournai pour constater quelle
n’était plus là. Sur le choc du moment,
je me mis à hurler son nom et à courir
pour la retrouver. Je trébuchai sur un tronc d’arbre
et m’écroula en sanglots.
Je m’étais crue invincible et ma sœur
en avait payé le prix. Une fois mes idées
remises en ordre et mes larmes essuyées, je me
leva et commença à réfléchir
calmement. Je retournai au chalet avec une idée
derrière la tête. Je passai toute la journée à concocter
une potion sans savoir exactement ce que je faisais. Échec
après échec, je ne me décourageais
pas et, à la fin de la journée, je réussis.
Je vérifiai le résultat de la potion avec
un test maison et tout était positif ! N’en
croyant pas mes yeux, je refis et refis le test qui me
montrait si ma potion pouvait détruire un démon.
Je courus jusqu'au grenier pour aller chercher des fioles
pour contenir la potion.
Notre chalet, de l’intérieur comme de l’extérieur était
vert. Nos parents n’étaient pas très
originaux pour les couleurs. Nous aurions pu les changer
mais, en l’honneur de nos parents décédés,
nous avions pris la décision de garder ce coloris.
Une fois rendue au grenier, je pris deux
petites fioles pour ensuite repartir en courant. Maintenant,
tout était
clair pour moi. Je versai mon mélange dans les
contenants et partis vers la forêt. Le brouillard
recouvrait toujours le terrain et devenait de plus en
plus dense. Avec la nuit qui tombait, on n’y voyait
rien. J’étais épuisée, mais
la seule idée de sauver ma sœur me motivait à avancer.
Rendue à proximité du bois, je désactivai
mon bouclier et pris ma potion qui avait coulée
au fond de ma poche de manteau. Il en restait tout de
même une petite goûte dans une des deux fioles.
Je l’ingurgitai rapidement pour minimaliser le
plus possible son horrible goût. Je sentais les
esprits approcher, attirés par leur soif de pouvoir.
Sans mon bouclier, ils pouvaient me prendre l’âme
comme une vulgaire mortelle. Je sentais aussi ma sœur
avec eux. Ils l’avaient sûrement gardée
comme otage. Un bref coup d’œil dans le futur
me dit qu’ils arrivaient dans quelques secondes.
Donc, je m’étalai de tout mon long par terre
et je fermai les yeux en espérant qu’ils
allaient croire que je m’étais évanouie. À partir
de là, les secondes devinrent des minutes. J’avais
si peur que mon plan échoue ! Les esprits arrivaient.
Je pouvais, en entrouvrant les yeux, voir leurs corps
vaporeux et incolores à quelques mètres
de moi. Je voyais aussi ma sœur parmi eux et ma
seule envie était d’aller la secourir. Le
plus grand des esprits, qui semblait être leur
chef, s’approcha d’une façon hésitante
vers moi. Il me frappa doucement avec le flan de son
grand pied. Voyant que je ne réagissais pas, il
prononça quelques mots incompréhensibles
pour ensuite placer ses deux mains au dessus de ma tête.
Je savais bien que ce rituel était utilisé pour
enlever l’âme et c’est pour ça
que mon cœur battait la chamade. Le grand esprit
poussa un hurlement et je perdis conscience.
Quand je me réveillai, il n’y avait plus
d’esprits, seulement Camille et moi. Elle me regardait
en souriant, assise sur une souche.
- Brillant ! dit-elle. Je voulus placer un mot, mais
elle reprit vite la parole.
- Quand il a voulu avoir ton âme, ils ont tous
explosés. Je suppose que tu as fait une potion.
Je me levai et dis :
- C’est à peu près ça, oui.
C’est en parlant de nos mésaventures une
après l’autre que nous sommes reparties
au chalet, où d’autres aventures nous attendaient.
Ève-Line Bérubé #1048