
Il était une fois, dans le plus beau des royaumes,
où le soleil et la lune brillaient jour et nuit
dans le magnifique ciel d’azur, un garçon,
surnommé le petit Poucet, appelé ainsi sans
doute à cause de sa petite taille. Il faut dire
qu’il ne mangeait pas tous les jours, car ses parents étaient
très pauvres et n’avaient presque pas de quoi
le nourrir. Un hiver particulièrement rude, ils
n’eurent plus rien à lui donner à manger
et ils se convainquirent que la seule solution était
de l’abandonner dans la forêt. Ils le menèrent
donc en plein cœur d’un immense bois, où ils
le laissèrent en pensant l`y perdre à jamais.
Mais le pauvre enfant, qui n’était pas si
bête, eu tôt fait de comprendre la raison de
ce soudain départ en forêt et prit bien soin
de laisser des miettes de pain tout le long du chemin afin
de pouvoir rentrer chez lui.
Au moment où il s’apprêtait à reprendre
la route de sa maison, un coassement retentit et bondissant
d’un marécage, une grenouille apparut et se
dirigea droit vers lui. Le petit Poucet s’arrêta
donc, plutôt éberlué, afin de contempler
la petite bête qui sautillait autour de lui. Quelle
ne fut pas sa surprise en l’entendant demander, d’une
petite voix fluette assez inattendue chez une grenouille « Savez-vous
où je pourrais trouver une princesse? » Le
petit Poucet, qui n’en savait rien, mais qui était
très curieux, lui demanda la raison de cette question.
L’animal soupira, puis répondit « C’est
une longue histoire, mais si tu veux, je vais te la raconter. »
Et il se mit à lui expliquer comment, quand il était
plus jeune, une méchante
sorcière l’avait transformé en crapaud. « Depuis,
continua-t-il, je suis à la recherche d’une
princesse, car seul le baiser d’une jeune et belle
princesse a le pouvoir de me délivrer. Le problème,
c’est que la plupart des jeunes filles répugnent à poser
leurs jolies lèvres sur ma peau qu’elles croient
sale et gluante. » À peine avait-il finit
sa dernière phrase, qu’un énorme loup
sauvage, surgit d’on ne sait où, se dressa
devant eux en retroussant les babines, dévoilant
deux minces crocs effilés, avide de chair tendre.
Ce loup était non seulement très méchant,
mais surtout horriblement gourmand : il avait déjà prévu
la journée même de dévorer le Chaperon
rouge et les trois petits cochons. Craignant cependant
d’avoir encore un petit creux, il décida de
se lancer à la poursuite du petit Poucet et de son
compagnon qui venaient de prendre la fuite, complètement
paniqués. Ce dont ils ne se rendirent pas compte,
c’est qu’en s’enfuyant ainsi, ils s’éloignaient
du chemin de morceaux de pain que le petit Poucet avait
tracé. De plus, le loup courait beaucoup plus vite
qu’eux et eut vite fait de les rattraper.
Au moment où il allait leur sauter dessus, il trébucha
sur quelque chose de dur qui lui barrait la route et qui
se révélait être un grand cercueil
de verre.
Le loup tomba, et le cercueil roula sur
le côté avant
de se cogner contre un tronc d’arbre et de s’ouvrir.
Le corps d’une magnifique jeune fille apparut alors.
Elle avait les cheveux noirs comme l’ébène,
les lèvres rouges comme le sang et la peau pâle
comme la neige. Elle portait bien le nom de Blanche-Neige.
La malheureuse princesse était morte, tuée
par sa belle-mère qui, voulant s’en débarrasser,
lui avait offert une pomme empoisonnée. Quand elle
avait croqué dedans sans méfiance, un morceau
de la pomme était resté pris dans sa bouche,
elle était devenue d’une pâleur mortelle
et n’avait plus bougée. On l’avait cru
morte et transportée ici, dans ce cercueil.
Heureusement, le choc du cercueil heurtant
l’arbre
fit sortir le morceau du fruit resté coincé dans
sa gorge et Blanche-Neige entrouvrit les paupières, à la
surprise générale. Elle se redressa et regarda
avec étonnement ces inconnus. La grenouille chuchota
au petit Poucet « Crois-tu qu’elle voudrait
bien m’embrasser afin que je redevienne un beau prince? » Le
garçon, qui n’avait jamais pensé à ça,
répondit « Sans te vexer, il y a de bonnes
chances pour qu’elle refuse. Après tout, as-tu
déjà vu une princesse embrasser un crapaud? » Convaincue
de son refus, la grenouille, décidée à ne
pas le rester toute sa vie, sauta tout bonnement sur Blanche-Neige
et l’embrassa, au plus grand dégoût
de cette dernière. Il se passa alors une chose extraordinaire,
(car c’était la grenouille qui avait embrassé de
force la princesse et non point la princesse qui avait
donné un baiser à celle-ci, de son plein
gré, comme le voulait le sortilège) l’infortunée
Blanche-Neige se transforma en grenouille.
La pauvre se mit à coasser et à sautiller
désespérément. Quant à l’autre
grenouille qui avait tout d’abord été déçue
de ne point se voir transformer en prince, elle fut ravie
d’apercevoir la plus adorable des grenouilles à ses
côtés. Cette dernière ne cessait de
pousser des petits cris plaintifs et indignés, mais
voyant que personne ne s’en préoccupait, elle
suivit son compagnon qui l’entraîna dans les
marécages de la forêt.
C’est alors que le petit Poucet se rappela de l’existence
du loup et se retourna pour découvrir qu’il
n’y était plus. En effet, le loup en les poursuivant
la grenouille et lui, s’était retrouvé dans
un coin de la forêt qu’il ne connaissait pas
et voulant arriver à temps pour manger le petit
Chaperon rouge, décida de partir sans les avoir
croqués.
Le petit Poucet, quant à lui, se retrouvait maintenant
seul et était complètement perdu. Il continua
donc à s’enfoncer dans les bois à la
recherche de son petit chemin de morceaux de pain, ou de
quelqu’un pouvant lui indiquer la direction à prendre
pour sortir de là.
Pendant ce temps, le loup, à son grand plaisir,
rencontra deux enfants qui avaient l’air bien tendres.
C’était une fillette et un jeune garçon
nommés Hansel et Gretel, qui venaient justement
eux aussi de se faire abandonner par leurs parents. Ils
eurent beau crier et pleurer beaucoup, le méchant
loup n’eut pas de pitié et les dévora
en moins de deux.
Il continua son chemin, un peu lourd, et
arriva à une
charmante maisonnette de pain d’épice et de
sucre dont il mangea la moitié pour dessert. Enfin,
repu, il s’endormit devant la porte de cette délicieuse
maison, pensant pouvoir manger l’autre moitié quand
il se réveillerait et qu’il aurait faim. Ce
que la mauvaise bête ignorait, c’est que cette
drôle de maisonnette était habitée
par une ogresse très cruelle. Celle-ci avait fait
construire sa cabane en sucrerie dans le seul but d’attirer
des enfants, pour ensuite les manger. Or, cela faisait
très longtemps qu’elle avait dégusté de
la chair tendre et elle était très affamée.
En découvrant un loup dormant à sa porte,
elle fut enchantée à l’idée
de pouvoir s’en faire un festin. Ravie, elle le tua,
le fit cuire et le dévora. Malheureusement pour
elle, le loup (qu’elle mangea en entier), fut beaucoup
plus qu’elle ne pouvait avaler, aussi mourut elle
d’une indigestion par la suite.
Et le petit Poucet? Pendant tout ce temps,
le jeune garçon
n’avait toujours pas retrouvé son chemin,
mais il s’était fait une amie. C’était
une ravissante enfant entièrement vêtue de
rouge, que les gens du coin surnommaient le petit Chaperon
rouge. Le petit Poucet l’avait croisée, ils
s’étaient mis à parler et avaient continué à marcher
ensemble. La jeune fille s’en allait voir sa grand-mère
qui était malade pour lui porter une galette et
un petit pot de beurre. Elle lui avait parlé de
sa crainte de rencontrer un loup et il avait décidé de
faire le chemin avec elle afin de l’en protéger
(bien qu’il eu tout aussi peur du loup qu’elle).
Bientôt, ils arrivèrent chez sa grand-mère,
qu’ils trouvèrent allongée dans son
grand lit et qui semblait effectivement très malade.
Le petit Chaperon rouge lui présenta son nouvel
ami et lui donna sa galette et son petit pot de beurre. À ce
moment, arriva un homme imposant, un ami de la grand-mère
qui était chasseur. Il venait lui aussi la visiter,
la sachant souffrante. Il lui offrit trois porcelets qu’il
avait croisés en route et tués, car ils avaient
l’air très dodus et bien bons. La grand-mère
offrit à tous de rester à dîner et
c’est ainsi que furent mangés les trois petits
cochons. Tout le monde s’en régala et il n’en
demeura pas un seul morceau.
Non loin de là, dans la même forêt,
un charmant prince trottait sur sa fidèle
monture, suivi de sa garde personnelle.
Ce prince était
destiné à épouser Blanche-Neige, mais
quand il passa devant son cercueil, il était évidemment
vide et il continua son chemin sans s’arrêter.
Il arriva près du château d’un puissant
seigneur et découvrit une jeune fille en larmes
penchée au bord d’un puits. Elle lui expliqua
comment, en jouant avec une balle en or, son jouet préféré,
elle l’avait laissé échapper dans le
puits. En moins de deux, le prince s’agrippa à la
corde descendant tout le long du puits et quelques instants
plus tard, il remontait et ramenait une jolie boule dorée.
La princesse le remercia chaudement, il resta avec elle
pour parler et quelques mois plus tard ils étaient
mariés.
Quant au petit Poucet, il ne retrouva jamais
le chemin le ramenant chez lui, mais il n’en fut pas malheureux,
car quand il fut plus grand, il épousa le petit
Chaperon rouge et vécu à ses côtés,
heureux. Il ne revit jamais ses méchants parents
qui avaient osé l’abandonner et il apprit
plus tard qu’ils étaient depuis longtemps
morts de faim et de froid. Quant à la grand-mère
du Chaperon rouge, elle guérit peu de temps après.
Et les deux grenouilles? Elles sont parfaitement
heureuses ensemble et Blanche-Neige ne regrette pas du
tout d’avoir été transformée
en grenouille. Elles vivent dans les marais avec d’autres
grenouilles dont elles sont le roi et la reine et elles
ont eu beaucoup de petits.
Et c’est ainsi que Blanche-Neige s’est transformée
en grenouille, que les trois petits cochons ont subi le
destin de tous les cochons, celui d’être mangé,
que le loup, après avoir englouti Hansel et Gretel,
s’est à son tour fait dévorer par une
ogresse et que le petit Poucet et le Chaperon rouge sont
devenu mari et femme dans ce beau royaume paisible.
Fin
Mikaële Lemieux
#1004