Lire c'est magique!
Écrire c'est féérique!
Et garder son coeur d'enfant; c'est s'émerveiller devant la beauté du moment présent.



Cette photo représente un voyage fantastique au pays du rêve et de l'imaginaire.
Jean-François et Alexandra espèrent qu'elle t'inspirera!

DE LA LECTURE À TE FAIRE RÊVER


L'odyssée fantasmagorique de Janie Jolly

Francine Blanchette


 
livre et jeux
pochette dirou

 


Concours : « Jeunes auteurs en verve » Écris-nous un conte ou une histoire !

CONCOURS JEUNESSE 2006-2007

Description de l'élève

Nom Joémie Michaud, 17
Ses motivations pour le concours Depuis mon plus jeune âge, l'écriture représente pour moi une force, même une passion! Quoi de mieux pour faire ressentir au monde extérieur ses émotions, ses sentiments...? Seulement, il n'y a pas que cela; je crois que chacun de nous a sa propre histoire... À moi de vous raconter la mienne!
Descriptions de l'élève J'ai toujours étée très active, très impliquée. Je fonce dans tout ce que j'entreprends avec toute l'énergie que je possède. Je commence tout juste des études en publicité, mais je suis aussi attirée vers d'autres domaines aussi créatifs... J'aspire à ce que mon travail soit reconnu et apprécié, je veux toucher les gens en les transportant au coeur même de mon imagination!
Praline

Praline Slowe a 15 ans. Ses cheveux, longs et droits, sont noirs. Ses yeux bleus sont immenses, surtout en comparaison avec sa petite bouche en cœur. Elle a des airs de poupée. Mais Praline est tout sauf une poupée. Pourtant, elle est gentille, souriante et polie. Ses parents l’ont bien éduquée. Elle vit dans un beau quartier, fréquente une belle école. Praline possède tout, ou presque, ce qu’elle désire. La jolie jeune fille est sage, sage, sage… Comme une image….

En vérité… Oui, Praline Slowe a vraiment 15 ans. Ses cheveux, longs et droits, sont noirs… Mais elle aimerait les couper courts. Ses yeux bleus sont immenses, surtout en comparaison avec sa petite bouche en cœur, qu’elle aimerait peindre de toutes les couleurs. Elle a des airs de poupée, mais seulement aux yeux des autres. Praline est tout sauf une poupée. Pourtant, oui, elle est gentille, souriante et polie, car c’est bien vrai, ses parents l’ont bien éduquée. Elle vit dans un très beau quartier, elle fréquente une belle école. Mais elle se sent prise au piège au milieu de tous ces gens parfaits. Praline possède tout, ou presque, ce qu’elle désire… Sauf peut-être ce qu’elle veut le plus : la liberté d’être différente. La jeune fille était sage, sage, sage… Comme une image… Jusqu’à cet instant précis de juin. Qui est-t-elle donc?

L’histoire commence juste ici, après ce point. Notre héroïne se nomme Praline, comme la saveur de crème glacée au goût si crémeux, si doux. Elle est née le 7 avril 1992, un mardi. Sa mère s’appelle France et son père Marcel. Ils travaillent pour le gouvernement, ce sont des fonctionnaires. Tous les deux. De bons citoyens, responsables et bien comme il faut. Praline est enfant unique, mais elle aurait voulu avoir cent frères et sœurs.

Praline Slowe est en fait spéciale. Elle rêve d’être actrice et chanteuse à la fois. Elle veut changer le monde en trouvant un remède-miracle à toutes les maladies. Praline veut être dessinatrice de mode, politicienne, architecte et faire le tour du monde 3 fois. Elle veut s’endormir en Chine, traverser l’océan dans ses rêves et se réveiller sur une plage de Hawaii. Praline veut être musicienne, astronaute et championne de soccer. Elle veut tout, tout, tout ce que les autres croient impossible. Elle veut réussir, aller au bout de ses rêves. Praline veut être une étoile qui brille tellement fort dans le ciel que les gens ne regardent qu’elle.

Ses parents auraient pourtant dû s’en douter, au moment de sa naissance, quand, plutôt que de s’époumoner, elle étudia d’abord le monde autour quelques instants. Ils auraient dû le savoir aussi, quand ils lui attribuèrent un nom aussi peu commun que Praline. Praline Slowe. Cela sonnait tout de même pas si mal, non? P.S, ses initiales… Comme si avec elle rien ne se terminait jamais. Comme pour exprimer qu’il y aurait toujours quelque chose à rajouter, un petit commentaire final, une dernière anecdote qui au fond ne sera jamais la dernière. Un court mot pour terminer sur une note douce, une ultime pensée sucrée…

La belle Praline a faim de la vie. Elle veut goûter toutes les saveurs que le monde a à offrir. Mais pour ça, elle devra quitter ses parents. Elle devra leur dire, leur écrire plutôt. Laisser les mots couler, probablement des larmes aussi, elle l’ignore, car elle sera déjà loin? Elle devra leur raconter ses rêves, ses ambitions. Leur expliquer combien elle les aime, mais qu’elle se doit de partir, loin… Pas de raisons pour son départ, pas de cris, pas de déchirures. Pas maintenant. Plus tard, lorsqu’elle trouvera le courage de revenir… Peut-être… Praline a le cœur brisé aujourd’hui. C’est la raison même de cette histoire. La jeune fille a trouvé de nouvelles réponses à ses questions. Qui elle est, et surtout pourquoi?

Le 4 octobre 2006

Cher papa, chère maman,
Je vous écris aujourd’hui pour vous annoncer que je suis partie. Ni plus ni moins. Je ne vous dis pas ou, car je dois faire mon chemin et je ne veux pas que vous essayiez de m’en empêcher. Mais ne vous inquiétez pas, je sais ce que je fais, vous savez que vous pouvez avoir confiance en moi. Vous m’avez toujours donné tout ce que vous pouviez et même parfois plus. Je ne vous reprocherai jamais rien. Seulement, cette fois-ci, juste cette fois, vous devez me laisser voler de mes propres ailes. J’ai compris bien des choses récemment. Vous pensez peut-être que le monde extérieur est trop dangereux pour moi, que je suis trop jeune pour comprendre la nature de vos inquiétudes. Mais détrompez-vous, je comprends à présent. Vous ne le faisiez pas que pour vous. Jamais je n’ai été celle que vous croyiez, ni d’ailleurs celle que je croyais moi-même. J’ai tenté de m’en persuader, mais je suis différente. Différente de vous, de ceux qui m’entourent. Je vous expliquerai tout, un jour, quand je reviendrai. Je penserai à vous, mais je ne crois pas vous écrire ni vous appeler. N’envoyez personne à ma recherche, je vous en prie… Je suis seule dans ma quête… Car il en est mieux ainsi.

Praline.
P.S Je vous aime…

Quand ils trouvèrent la lettre, déposée sur le lit de leur enfant, Praline les avait déjà quittés depuis longtemps. France et Marcel se turent. Ils se regardèrent, les yeux embués de larmes, puis s’enlacèrent longuement. Finalement, main dans la main, ils sortirent, toujours silencieux, et refermèrent la porte sur le royaume de leur petite fille chérie, mettant du même coup un baume sur leur chagrin, presque délivrance de leur secret près d’être dévoilé. Ils savaient ou elle était. Ils n’enverraient personne. Praline avait raison, elle était différente. Il fallait bien qu’elle se découvre, un jour ou l’autre. Ils avaient encore le temps de l’arrêter, de la ramener, mais ils étaient conscients que ce serait mettre une croix sur cette enfant, cadeau du ciel, qui leur était si précieuse. Non, ils devaient attendre, la laisser découvrir puis revenir sur ses traces. Le destin prédisait déjà que Praline devrait, un jour, aller à New-York.

Assise, silencieuse, Praline soupire. Son premier voyage seule. Déjà, elle n’est plus la même. Dans l’autobus qui l’emmène à New-York, elle se remémore toutes sortes de souvenirs depuis son enfance. Elle se revoit, toute petite, apprendre à faire du vélo, puis sa mère désinfectant son genou ensanglanté. Praline saisit au passage des instants passés de bonheur, des voyages, des rencontres. Sa première journée d’école, son au revoir de la main. Déjà, elle sentait l’appel de la liberté. Praline, belle Praline, qui se surprend à verser une larme. Larme d’espoir, pour elle qui se cherche, comédienne encore anonyme dans le théâtre de la Vie. Elle qui fait présentement ses premiers pas vers le rai de lumière, priant pour être, cette fois, Star de la bonne pièce. Auditionne-t-elle pour son véritable rôle, à cet instant précis? Est-elle en route pour la bonne audition? Mais surtout, sa performance sera-t-elle retenue? Ce qu’elle est devenue, ce qui constitue Praline Slowe aujourd’hui suffira-t-il à retenir l’attention de son public-cible? Praline pourra-t-elle, simplement, faire tourner la tête de celle pour qui elle s’est lancée dans cette épopée?

Megh-Ann. Sa tante Meghie. L’artiste, le mouton noir de sa famille maternelle. Grande et mince, sa peau est claire et ses cheveux couleur de jais. Avec sa coupe à la garçonne et ses multitudes de vêtements superposés, il est évident qu’elle vit dans un autre monde : le sien. Meghie n’a de cesse de penser à elle. Quant à Meghie, la seule famille qui lui reste est sa sœur France, à qui elle ne parle plus depuis la naissance de Praline. D’ailleurs, les détails de cette histoire ont toujours été flous. De toute son existence, Praline ne se rappelle pas avoir rencontré son unique tante maternelle. Simplement quelques photographies, et encore, plus ou moins récentes. Elle vit dans un petit appartement, à New-York. Elle peint, sculpte et dessine sans cesse. Il semble même à Praline avoir déjà entendu qu’elle montait parfois sur les planches, au théâtre. Étonnement, du moins jusqu’à ce jour, même si elles étaient en froid, France ne parlait jamais de sa cadette avec méchanceté ou mépris. En vérité, elle ne l’évoquait que rarement, mais à chaque fois c’était avec un sourire pensif.

Par la fenêtre, Praline observe le paysage, les gens, les villes et les voitures. Toutefois, rien ne l’atteint. Dans son esprit, un vide s’est créé, un néant, jusqu’à ce qu’elle arrive à destination. Si souvent elle a entendu de New York que tout n’était qu’une immense explosion de couleurs, d’odeurs, de sons et de vie, que Praline veut être certaine de ne rien manquer de son véritable voyage. Elle se demande si Megh-Ann sera aussi belle en vrai qu’en photographie. La reconnaîtra-t-elle? Quand l’a-t-elle vue pour la dernière fois? Auront-elles, toutes les deux, des centaines de choses en commun, des ressemblances autant physiques que psychologiques? Acceptera-t-elle que Praline sache?

Inconsciemment, Praline ouvre son sac à main, sort une plume, un carnet, et commence à écrire à sa tante qui ne voudra peut-être même pas d’elle. Elle lui écrit son périple, ses découvertes, qui elle est, ce qu’elle désire devenir, pourquoi elle est là…. Au fil des pages, Praline pleure, rit puis s’émerveille de ce qu’elle réussit à dire, ou plutôt à écrire. Lentement, son cœur dicte ses mains, prenant la relève de sa conscience. Lorsqu’elle a enfin terminé, Praline referme calmement sa plume, son carnet et les range là ou elle les avait pris. Puis, elle s’endort, la tête pleine d’images, appuyée sur la fenêtre, tentant de se persuader qu’un jour, très bientôt, elle pourra remettre ses écrits dans les mains de Meghie.

Les heures passent, le ciel s’assombrit. Praline se réveille en sursaut alors que le jour est déjà levé. Elle s’étire, cherche son sac à tâtons. Tout à coup, la réalité rappelle ses pensées encore endormies : son sac à main a disparu. Des larmes embuent ses yeux, Praline ne voit plus rien, en fait, son imagination bloque sa vue. Praline voit l’autre, cette personne qui lui a dérobé ce qu’elle possède de plus précieux : son carnet, son porte-feuille, des photos, des lettres, des papiers, des bijoux… Ses souvenirs les plus chers, et même certains objets autour desquels gravitent des mystères pas encore résolus. Paniquée, Praline tourne la tête de tous côtés, cherchant désespérément son sac du regard. Ses instincts la poussent à se lever, à presque courir dans l’allée. Elle va d’abord vers l’arrière, scrutant les passagers qui dorment encore pour la plupart. Un couple dans la quarantaine. Deux enfants. Quelques vieilles dames. Un homme voyageant seul. Une mère et son bébé. Un groupe de femmes portant leur badge du « Cercle des fermières ». En quelques secondes, avec le goût amer de la déception dans la bouche, Praline se sent comme si elle s’était rendue trop rapidement jusqu’au chauffeur. Une envie de réinspection s’empare d’elle. Le conducteur semble réaliser l’air désemparé de sa passagère, car il lui demande si elle a besoin d’aide. Perdue dans ses pensées, Praline marmonne quelques mots incompréhensibles, puis elle retourne s’asseoir à sa place. Elle pleure, recroquevillée, jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’aucun arrêt n’a encore été fait. Son sac est toujours dans l’autobus, c’est certain. Soulevée d’une nouvelle confiance, à la fois furieuse et déterminée, Praline se relève et regarde avec mépris chaque passager, quand tout à coup, une voix flutée l’interpelle. Une voix qu’elle connaît. Une vieille dame, assise dans le banc de devant, lui parle entre les dossiers. « Je vais t’aider. Qu’est ce qui se passe? ». Après réflexion, Praline explique sa situation, la vieille dame la fixant tout au long du récit, ses petits yeux gris-verts apparemment toujours perçants derrière ses lunettes soutenues par le bout de son petit nez. Pas le temps pour les explications. Par tout de suite du moins. Gentiment, la vieille dame lui prend la main une fois l’histoire terminée. « Ne t’inquiète pas, nous allons le retrouver.

« Est-ce ceci que vous cherchez? . Un jeune homme, probablement âgé de quelques années de plus que Praline, tient son sac à la main. Heureuse à en mourir, Praline se retient pour ne pas lui arracher des mains, ou même pour l’embrasser. Elle le remercie poliment. Peut-être même trop. Praline reprend son sac, sourit à la gentille grand-mère qui se rassoit. Les yeux remplis de larmes, autant d’avoir cru perdus les plus grands trésors de sa vie, soulagée de leur réapparition, que frustrée de n’avoir su les retrouver seule, surtout dans un autobus! Un endroit fermé, quelle cruche fait-elle! Comment réussira-t-elle à s’y retrouver dans une ville immense comme New-York si elle perd des parties d’elle-même en cours de route?! Se maudissant, Praline ne sent pas ses pommettes rougir, tandis que la colère qu’elle ressentait se transforme en soupirs. Il était beau, si beau, son sauveur. Il lui a rendu ses souvenirs les plus précieux. Praline ferme ses yeux, quelques secondes. Clic! Dans sa tête, Praline prend une photo de cet instant, de cet inconnu, de ce beau jeune homme. « Je peux m’asseoir? » . Quatre mots. Le souffle coupé. Praline hoche de la tête, un air délibérément indifférent peint sur son beau visage. C’est Lui. L’inconnu. Nul autre. Praline vient d’apprendre qu’elle ne doit jamais perdre un instant de sa vie, car tout peut disparaître en quelques secondes… Maintenant, elle n’est plus ce qu’elle était. Elle n’a plus à être timide. Elle peut être qui elle veut, alors vaut mieux être elle-même. Main tendue. « Je m’appelle Praline… Merci encore, je ne le dirai jamais assez ». Beau, grand, brun… Et toujours debout… « Oh, oui, oui, tu peux t’asseoir! Désolée », fait-elle, confuse. Et il le fait. Vraiment, il s’assoit à ses côtés. « Moi c’est Philippe… Et ça me fait plaisir. J’ai vu que tu ne l’apercevais pas, juste là », dit-il en pointant nonchalamment le dessous d’un siège non loin, « et je me suis dit qu’une aussi jolie fille ne devrait pas être triste… Écoute, mon arrêt est dans deux petites minutes… Mais si jamais tu t’ennuie à New-York, au fait je ne sais même pas ce que tu vas y faire ou combien de temps tu y seras, mais tu peux appeler, peu importe le jour ou l’heure..À bientôt, Praline! ». Et il disparut. Avec l’arrêt et le soleil levant. Avec un soupir. En laissant un papier. Praline l’ouvrit. En effet, un numéro de téléphone, puis dessous, Philippe , pura vida… Praline avait déjà entendu cela auparavant. Signe d’au revoir du côté du Costa Rica, sorte d’hymne à la vie, souhait à quelqu’un que l’on aime de vivre une vie pure, limpide. Un vœu de bonheur jusqu’à la prochaine rencontre. L’arrêt de Praline approche aussi à grands pas. Son cœur bat si vite. Elle se rappelle la vieille dame, prend son sac et le reste de ses affaires, va la rejoindre. « Bonjour grand-maman » Celle-ci sourit tellement que ses yeux en plissent, presque rieurs… Au fait va t-elle rire, ou pleurer?

« Praline, mon ange. Pardonne-moi de t’avoir suivie… Et d’avoir pris tout le trajet avant d’avoir le courage de te parler. Je l’ai toujours su, tu sais, durant toutes ces années. Quel lourd secret à garder, surtout vis-à-vis de toi. Tout cet intérêt que tu portais à son égard, toutes ces ressemblances entre vous deux, alors que nous vous avions éloignées, que nous vous gardions si loin l’une de l’autre. Je crois qu’après tout ce temps, tu as pris la bonne décision, peu importe ce qui se passera une fois là-bas. Laisse-moi t’accompagner, je t’en prie, au moins encore un peu, que je sente sa présence. Jure-moi de lui dire que je l’aime! Ma fille me manque, au moins autant qu’elle t’aura manqué ces 15 dernières années lorsque tu la connaîtras. Elle n’a rien oublié, j’en suis certaine. Je respecterai ta décision si tu me dis que tu dois faire cela seule, mais je devrai tout de même la voir bientôt. Tu ne voudras plus partir, une fois avec elle. Ta mère a signé cela pour toi ». Elle lui tendit les papiers. Les papiers de sa liberté. Cruels. Praline pleure, sa mère lui refusera donc maintenant son amour? Parce qu’elle sait? Quelle stupide quête, elle qui ne voulait qu’apprendre la vie. Sa vie. La nouvelle Praline Slowe, la véritable.

Une demie-heure passe. Praline voit les lumières de New-York se rapprocher. Le soleil est maintenant levé. Enfin, l’autobus s’immobilise. C’est son arrêt. Où plutôt, son arrivée. La belle Praline embrasse sa grand-mère et se lève. Celle-ci comprend, bien que nerveuse à l’idée de laisser sa petite fille unique affronter seule cette immense jungle qu’est la ville… Mais elle n’a de choix. Elle doit la laisser aller. Bientôt, très bientôt, elles se retrouveront. Jamais elle ne laissera aller Praline comme elle a pu le faire avec Megh-Ann. Elle aura survécut une première fois, mais cette seconde rupture l’achèverait, elle en était persuadée. Doucement, Praline marche jusqu’à la porte, puis descend. Hum mm, première bouffée de cette ville qui ne dort jamais. Au-delà du smog et de l’odeur de ces milliers de gens entassés, Praline sent quelque chose de beaucoup plus fort de rapprocher : le pouvoir de choisir ce qui est le mieux pour elle-même.
Par où aller? Seule, elle n’ose déposer ses sacs ne serait-ce qu’un instant. Sa carte à la main, Praline s’oriente rapidement, s’en étonne même. Malgré le bruit assourdissant de la circulation, des New-yorkais pendus à leurs téléphones mobiles, de la ville semble-t-il, qui elle-même ne dort jamais et qui paraît, au coin de certaines avenues, souffler d’épuisement, voire même s’abandonner à une certaine paresse, Praline avance à petits pas. Elle croise, recroise, puis emprunte pour une troisième fois les mêmes avenues. Découragée, elle découvre qu’elle tourne en rond depuis des heures. Elle lève la main, fébrile, puis s’entasse à l’arrière après y avoir d’abord déposé ses sacs. Praline donne l’adresse au chauffeur : 90 east, 57th avenue. Comment n’y a t’elle pas pensé plus tôt?! Praline avait toujours eu le don de se compliquer les choses, comme si le résultat final, ayant demandé des efforts surhumains, en auraient du coup plus valu la peine.. Les minutes passèrent, le chauffeur injuriant à peu près tous les autres conducteurs dans un rayon de 10 mètres, se faufilant tant bien que mal entre les milliers d’autres taxis identiques au sien. Puis, finalement, celui-ci s’immobilisa et tendit la main à Praline. Le voyage était terminé. Sa destination finale, c’était ici ; cette porte marron portant le numéro 90 de la 57ème avenue est. Payant sa course, Praline descendit ensuite rapidement, emportant avec elle ses affaires. Pas à pas, elle avança vers l’escalier étroit, monta une à une les marches. Plus de cent fois sans doutes pendant le trajet, elle s’était visualisée une fois parvenue à ce point. Cependant, pas une fois son cœur n’avait prévu vibrer aussi fort d’émotions accumulées. Une fois sur le balcon, Praline prit une grande respiration et sonna, ses grand yeux déjà remplis de larmes. Elle entendit le carillon résonner jusqu’ à l’autre bout du loft, puis de petits pas feutrés se diriger vers elle. Praline fut tentée de se sauver, recula presque d’un pas… Lorsque la porte s’ouvrit.

Identique copie d’elle-même, en un peu plus artiste toutefois, sa tante Megh-Ann se tenait là, devant elle, en chair et en os. Un moment d’émotion s’établit, l’une l’autre se regardant, le regard perdu, s’étudiant doucement comme tentant de reconquérir tant d’années perdues. Elle l’avait bien reconnue. Elle savait qui elle était. La ressemblance était même trop frappante, trop évidente pour que l’on put nier les faits. Car tels ils étaient. Lien de sang, inébranlable. Lien que ni les années, les mensonges, les trahisons ou les plus âpres secrets ne pourraient effacer. Le lien le plus sacré. Maternité. Une mère. Son enfant. Séparées par une jeunesse trop frivole, une envie de liberté. Une famille, dans les années soixante-dix, craignant que la grossesse et le statut monoparental de sa plus jeune fille ne nuise à sa réputation. Peur de la société, des jugements. Adoption par une sœur de sa nièce, naissante. Lourd secret caché. Années de pleurs, de craintes. Jusqu’à cet instant, moment intense ayant commencé son ascension il y a déjà des dizaines d’heures, alors que Praline avait trouvé. Les papiers d’adoption. SES papiers d’adoption. Sa tante et sa mère remplissaient donc leurs rôles inversement, la cadette ayant renoncé à ses droits de mère en même temps qu’ à sa famille.

« Je t’aime », furent les seuls mots prononcés ce jour-là. Puis au fil des jours, elles se dévoilèrent, peu à peu. Le temps passa en un éclair et déjà, cela faisait un mois que la belle Praline vivait aux côtés de Megh-Ann. Ensemble, elles rirent, passèrent des journées à se donner corps et âme à l’art, à courir les rues agitées de New York et à se trouver des points en commun. Praline se voyait au travers de Megh-Ann, comme si on avait placé en face d’elle une glace, reflet de la part d’elle-même cachée depuis fort longtemps.

Puis un beau matin, elle sut. Elle était venue chercher ce qu’on lui avait dérobé, puis elle l’avait trouvé. Elle avait rencontré sa tante, sa génitrice. Praline avait réussi à s’expliquer ses manies, ses traits de caractère jusque-là incompréhensibles. Mais surtout, et au-delà de tout, plus profondément encore, lui manquaient ses parents. Praline avait apprit que sa véritable existence ne se résumait pas à quelque document officiel. Une mère, elle l’avait compris ici, à ces milliers de kilomètres de chez elle, n’était pas nécessairement celle qui l’avait portée à l’intérieur d’elle-même pendant neuf mois. Une mère, SA mère, était la femme qui l’avait aidée, supportée, éduquée, nourrie, consolée, aimée, cajolée et encouragée durant sa vie entière. En Megh-Ann elle avait trouvé une amie, en plus des réponses à quelques-unes unes de ses questions les plus existentielles. Quant à ses parents, elle était certaine qu’ils l’accueilleraient à bras ouverts. Elle retrouverait à leurs côtés son équilibre, ses racines véritables; les liens du cœur. C’était le moment de rentrer à la maison.

Praline Slowe aura bientôt 16 ans. Ses cheveux de jais lui arrivent maintenant juste sous la nuque. Ses yeux bleu sont immenses, surtout en comparaison avec sa petite bouche en cœur. Praline a toujours ses airs de poupée, mais elle a maintenant également ce petit sourire en coin, espiègle, et cette petite touche unique, artistique, dans sa manière de se vêtir. Ses parents l’ont vraiment bien éduquée. Elle vit dans un magnifique quartier, fréquente une belle école. Praline possède vraiment tout ce qu’elle désire. Elle connaît ses origines, ses aspirations les plus primordiales et surtout, surtout, elle est heureuse au milieu des gens qu’elle aime. Véritablement, la trouvaille de ces papiers aura non seulement changé sa perception de la vie, mais l’aura également conduite à une épopée durant laquelle elle aura eu la chance de rencontrer New York, sa tante et Philippe… Avec qui elle compte bien reprendre contact d’ailleurs. Praline aura aussi réappris à connaître ses parents et sa grand-mère.. Sans oublier elle-même. C’était le destin. Ni plus ni moins. Incontrôlable. Irréversible. Fantastique…

Joémie Michaud, 17 ans
? de participante : 2015


PARRAINAGE D'UNE FONDATION
Tous les fonds recueillis par la vente des oeuvres des deux gagnants serviront à aider un organisme à but non lucratif, spécialisé dans le décrochage scolaire, dans les milieux défavorisés .


Maintenant...
Inspire profondément!
Relève ta tête!
Prend ton courage à deux mains!
Et relève ce défi!

T' ES CAPABLE!


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