Le mystérieux
manoir Dorion
Chapitre 1 En route vers le manoir
Si vous m’aviez interrogée, je vous aurais
promptement répondu que notre monde est rempli d’injustices.
Pour saturer les désagréables événements
de ma sinistre journée, j’étais en
chemin pour le manoir Dorion. Mais où sont mes convenances,
commençons par le début. Je travaillais à ma
figure, celle où je jonglais avec des couteaux non-aiguisés
sur un ballon, quand Carlos Vaillant, le directeur du cirque
entra dans ma tente. Comble de mal chance, cela me déconcentra
provoquant un éboulement des plus pathétiques.
Ne m’aillant déjà pas dans son cœur,
M. Vaillant me conseilla fortement de devenir meilleur
si je ne voulais pas retourner avec les clowns. Répondant
d’un « Je comblerai vos attentes monsieur»,
je priai pour ne pas faire une grimace irritée.
Enfin, cela n’était pas le pire. Suite à sa
brève visite, je me précipitai voir mon vieil
oncle, Albert, celui qui avait réussi à me
faire engager dans le cirque, et je le trouvai dans ses
pots de maquillages inerte. La vie l’avait quitté,
mais il n’était plus bien jeune. Il souffrait
de toux depuis des semaines. Au moins, il avait passé un
vie comique, tout le monde ne peut pas en dire autant.
Après son bref enterrement, M. Vaillant convoqua
une assemblée générale où l’un
de nous serait sélectionné pour un travail
spécial. Naïve comme tous les autres, je croyais
que cela rapporterait de quoi subsister pendant assez longtemps
pour pouvoir jouir de quelques jours en vacance. Monsieur
Carlos Vaillant nous expliqua que la prochaine représentation
de «Carlos le magnifique» aurait lieu dans
une petite ville à l’Est. Le maire de la ville
voulant se faire réélire à la place
de son populaire concurrent avait eu la brillante idée
de faire venir le cirque pour avoir les votes de la populace.
Le pauvre maire étant à cour d’argent,
il décida de payer en donnant un de ses immenses
manoirs à la sortie de la ville. Le manoir en question
valait une petite fortune et seul un fou l’aurait échangé contre
un spectacle de trois heures. Enfin, M. Vaillant ne s’avait
pas plaint et il aménagerait la troupe dans sa nouvelle
propriété pendant le temps que nous serions
dans cette ville. Après, il l’a revendrait
deux fois son prix. Mais, le manoir était abandonné depuis
bientôt vingt ans et il fallait quelqu’un pour
aller mettre de l’ordre. Une seule personne aurait
une semaine, le temps que la troupe termine les dernières
représentations dans la ville où nous étions,
pour faire un grand ménage. Bien sûr les éléments
importants du spectacle ne participèrent point à la
courte paille qui déciderait de la pauvre âme
condamnée à une semaine impitoyable dans
la poussière. Le ciel ayant décidé de
s’acharner sur moi, j’avais pris une calèche
pour l’Est où un manoir sale et glacial m’attendait
avec impatience pour lui redonner vie.
L’homme qui fouettait trop ses bêtes selon
moi n’était guère des plus rassurants.
Il lui manquait des dents et il riait hystériquement
en accélérant à chaque ondulation
de notre route. Il me déposa à un demi lieu
de la ville de l’Est, dans un boisé où apparaissait
un menaçant manoir. Le domaine était clôturé de
fer pointu sur lequel d’immenses rosiers blancs dormaient.
Les arbres nus ne pouvaient arrêter la progression
devenant insupportable de la brise automnale de cette nuit
glaciale. Plus loin, un immense rassemblement de tours
en pierre, de portes, de baies vitrées aux rideaux
blancs et à l’immense porte principale en
fer m’accueillirent les bras ouverts. Pour ajouter
au charme rustique de l’endroit, un petit cimetière
pointait ses dernières sépultures près
de la forêt impénétrable. Remerciant
encore la chance qui pesait sur moi, je décidai
de payer le fou, heureux propriétaire d’un
cheval mal-traité, qui continuait de se moquer…de
moi? C’est

l’impression que j’ai eue
car, pendant un moment, j’ai cru déceler un
brin d’ironie ou de pitié dans sa folie. Il
y a de quoi vous donnez froid dans le dos. Même mon
armure de sarcasmes commençait à me quitter
remplacé par une froide insécurité.
Tant pis, je n’allai pas passer la nuit dehors comme
un brigand! J’enfonçai la clôture en
arrachant quelques pauvres roses. Je franchis le chemin
en terre qui menait à la porte. Je déverrouillai
la porte avec une grosse clé que Carlos m’avait
si gentiment offert et elle grinça affreusement
sur mon passage. La lumière de la lune passait par
les fenêtres, ce qui me permettait de distinguer
la plupart des objets environnent. Le hall n’était
qu’un grand et étroit couloir où des
tableaux s’exhibaient fièrement. Ils devaient
avoir appartenus aux anciens propriétaires. La plupart
des personnes y figurant étaient vieilles et semblaient
me fixer étrangement. Le dernier portrait à droite
par contre faisait tâche. Un jeune homme triste regardait
le sol. Je ne m’attardai trop longtemps dans cette
pièce, car je dus l’avouer elle me mettait
mal à l’aise. Continuant la visite avec les
lambeaux de courage qui me restaient, je m’embarquai
pour la gigantesque salle de bal contenant la plus grande
baie vitrée que je n’ai jamais eu l’honneur
de regarder et un lustre incroyable valant au moins plus
qu’une vie entière de travail. Bon sens, j’en
avais le souffle coupé. Les dalles poussiéreuses
et pourtant encore luisantes me faisaient penser à un échiquier
alternant le noir et le blanc. Sans parler du piano recouvert
de tissu sur la petite scène en coin. Deux escaliers
tournants menaient au deuxième étage où je
trouvai une chambre et m’endormis le plus rapidement
possible en essayant de ne pas imaginer de grotesques absurdités
qui auraient l’audace d’essayer de m’effrayer.
Comme cette ombre du jeune homme du tableau derrière
la fenêtre…
Tout c’était passé si vite depuis
hier qu’à mon réveil, je m’interrogeai
sur le lieu où j’hébergeais. Ce que
je pouvais être sotte parfois! J’en avais même
oublié mes valises dans la calèche du vieillard.
Par chance, il les a déposées contre la clôture,
mais malheureusement mes vêtements sont trempés à cause
d’un orage qu’il eut lieu durant mon sommeil!
Quel bonheur! Je nage dans un océan de fausses pensées
positives! Je n’avais donc pas le choix de mettre
des habits humides, car j’étais arrivée
avec mon costume de cirque et qu’il n’était
pas question que j’aille la maladresse de le salire.
Un tutu de cette qualité m’avait valu deux
semaines de travail. D’ailleurs, je perdais un peu
mon temps à constater les décas des intempéries
sur ma maigre garde-robe. Je décidai donc, après
un grand soupir, de mettre de vieilles loques humides et
de commencer mon nettoyage. Je rêvai déjà à la
fin de cette torture abrutissante qu’est le ramassage
d’excréments de rats.
Après avoir aéré, je songeai à commencer
par le hall et la salle de bal. Les pièces du fond
sont moins portées aux regards, je pouvais donc
les négliger et ne faire que la surface des choses
si vous comprenez ce que je veux dire. Je me plaignais
beaucoup, mais c’est que je m’ennuyais ferme
toute seule pendant des heures dans ce manoir à laver
le plancher de la salle de bal. À chaque quatre
immenses dalles, il fallait changer l’eau de mon
sceau tellement que le plancher était crasseux.
Tout le matin, je frottai comme une bonne, esclave des
tâches ménagères désagréables.
Alors que je faisais un dernier voyage dans la cour du
manoir pour jeter l’eau sale avant une petite pause
bien méritée du midi, je crus entendre un
gémissement. Peut-être que des voyous du village
voisin faisaient du tapage du côté du cimetière.
Plus qu’intriguée, je m’élançai à la
recherche de ses bruits en voulant évidemment chasser
les intrus du domaine. Même si je n’étais
pas très croyante, le cirque m’avais rendue
superstitieuse et je m’engageai donc à éviter
les dégâts causés en des lieux saint,
comme ce cimetière. Je m’aventurai sur le
chemin en pierre du lieu de mort. Les pierres tombales
et tombeaux familiales auraient pu être mieux entretenus.
Les mauvaises herbes voulaient devenir maîtres de
chaque fissure. Je tournai à droite d’où venait
les reniflements bizarres. Derrière le tombeau familiale
qui m’obstruait la vue, ce cachait une immense statut
en marbre blanc de l’ange Gabriel les bras ouverts
vers les cieux. À ses pieds, se tenait un jeune
homme qui portait un chapeau de gentlemen habillé d’un
blanc qui contrastait avec ses cheveux mi-longs d’un
sombre couleur de nuit. J’étais trop civilisée
pour juger un homme sur la première apparence, mais
je dus avouer que celui-là n’était
pas laid du tout! Cependant, il semblait terriblement triste.
Ses yeux noirs laissaient s’échapper des larmes
blanches. Honteuse d’avoir voulu chasser quelqu’un
d’aussi désemparé, je décidai
de me cacher derrière le plus gros tombeau, celui
qui m’avais caché la vue, et de le laisser
tranquille.
-Inutile de vous cacher gente dame, je vous suis du regard
depuis votre sortie du manoir, dit le jeune homme.
-Pardonnez-moi, je ne voulais point déranger votre
quiétude en ce lieu saint, lui répondis-je
en sortant de ma subtile cachette.
-Ce n’est rien. Je ne devrais pas me morfondre ici
de toute façon. Je sais que le domaine est vendu
depuis peu et je supplie d’accepter ma demande qui
est celle-ci : laisser moi venir pleurer ma douce, je serai
si silencieux que vous en oublierez mon existence.
-Oui, venez si cela est votre désir. Mais, puis-je
demander qui était la douce qu’un jeune homme
aussi bien habillé que vous vient désoler
le décès?
-Ne vous en faites pas, ça ne m’importune
pas le moins du monde. La pierre en forme de signe, là-bas,
désigne l’emplacement où repose ma
fiancé, Isabelle.
Mon regard fit un tour circulaire pour
découvrir
cette fameuse pierre.
-J’en suis désolée,
Monsieur?, demandais-je.
-Jeremy Dorion.
-Je me nomme Michèle Latulipe.
-Enchanté Michèle.
-À moi de même. Au fait, dans une semaine,
le cirque, Carlos le magnifique, organisera un bal masqué pour
baptiser le manoir. Je sais que je suis déplacée
de vous demandez ça dans de telles circonstances,
mais me feriez vous le plaisir de m’accompagner?
-Cela pourrait me distraire, j’y
serai.
-Je dois retourner à mes occupations,
mais je compte sur vous vendredi?
-Je viendrai.
-Parfait.

L’allure froide de l’endroit semblait soudain
s’assoupir. Même le soleil tenta une apparition
derrière les épais nuages gris. En marchant
vers mon dîner, je ne pus m’empêcher
de regarder une dernière fois en arrière
le beau jeune homme à chapeau haute forme blanc
qui me faisait un signe de main en souriant. Je souris
aussi, mais je dus avoir l’air bête, car je
heurtai sur cette maudite tombe familiale qui me sonnai
quelques instants avant de me cacher ensuite la vue.
Je passai le reste de la semaine sur un
nuage en tuant le temps à m’imaginer danser dans ses bras.
Bien sûr, j’étais anxieuse que Jeremy
oublie son rendez-vous et me laisse seul à danser
avec Pablo, un trapéziste, jongleur, acrobate un
peu trop excentrique, trop excellent dans tous les domaines
et trop flexible. D’accord, je le jalousai un peu.
Cependant, mes espoirs me donnèrent de l’ardeur à ma
tâche et je réussis même à faire étinceler
la cave à vin et la dizaine de chambres d’amis.
Je me surpris moi-même à être à ce
point motivé. Vendredi, avant même le lever
du soleil, je m’imaginais déjà les
agréables moments de la soirée. Ma réflexion
passa aux autres acrobates qui s’étaient moqués
de moi quand j’avais été pigée
pour faire le ménage. Comment leurs visages seraient
surpris d’abord, pour ensuite fondre en jalousie.
Alors, je regarderais Jeremy, il se pencherait vers moi
pour me dire en souriant :«Ne tant fait pas pour
elles, ce soir, tu es la seule qui existe». Ce que
les heures passèrent lentement! Je me préparai
des heures d’avances. Mon oncle m’avait laissé comme
seul héritage la robe de mariage de sa femme. Elle
me serait utile ce soir. N’ayant pas de bijoux, je
décidai de me faire un chignon dans les cheveux
auquel j’ajoutai des roses blanches qui poussaient
sur la clôture de fer. Je mis mes chaussons de ballet
blanc, ma nouvelle paire. La robe était très
simple, c’est d’ailleurs ce qui faisait ça
beauté. De simples bretelles en dentelle pour retenir
un corset serré donnant sur superposition incroyable
de tissu blanc faisait office autant de jupe que de chapiteau.
Après m’avoir maquillé un peu trop,
j’étais clown et j’adorais le maquillage,
on cogna à la porte. Je me précipitai de
ma chambre, descendis les escaliers, traversai la salle
de bal, accourus dans le hall pour finalement ouvrir la
porte exténué d’avoir couru une si
grande distance.
Carlos et sa suite entrèrent en inspectant les
lieux, cherchant la moindre saleté pour m’en
faire reproche. Ce pauvre Carlos aurait de la misère
cette fois, je ne m’étais jamais autant donné pour
lui faire plaisir. Après un tour complet des lieux,
les talentueux membres du cirque s’installèrent
dans les chambres et commencèrent à préparer
leurs toilettes pour le bal. Carlos, lui, me fixa d’un
regard que je lui avais rarement vu.
-Bravo Michèle, je suis fier de vous, m’annonça-t-il.
Alors, plein de fierté, car les compliments de
Carlos sont si rares qu’ils valent encore plus que
si la reine m’avait dit que j’étais
douée, je sortis au balcon de la salle de bal guettant
l’arrivée de mon mystérieux cavalier.
-Bien le bonsoir, belle dame, me dit une voie dans mon
dos qui me fit sursauter.
C’était Jeremy, toujours habillé de
blanc avec son chapeau immaculé qui le rendait si élégant.
-Je remarque que je suis d’avance,
continua-t-il.
-Ça va commencer dans quelques minutes, vous êtes
juste ponctuel.
-Parfait, dans ce cas, voulez-vous m’accordez
cette danse?
-Les musiciens n’ont même pas accordé leurs
instruments!, répliquai-je en essayant de lui résister
un peu.
-Alors, d’où vient cet air? Un piano à queue
je crois?
Maintenant qu’il me le faisait remarquer, un air
mélancolique de piano se faisait entendre dans la
pièce voisine. Peut-être Jean testait-il son
nouvelle équipement.
-Dans ce cas, j’accepte, répondis-je.
Il entra dans la pièce par les portes que j’avais
laissées ouvertes et me fit la révérence.
J’entrai en refermant les portes et lui rendis son
salut. Je m’avançai pour lui prendre l’épaule
et lui pour me prendre la main, mais il garda une distance.
Je veux dire que nos mains n’étaient qu’à quelques
centimètres, mais qu’elles ne se touchaient
pas. Il s’éloigna quand je tentai de la toucher.
J’acceptai cette gêne avec déception.
Nous tournoyions, allongions les bras, faisions des figures
que seule la valse pouvait exprimer la grâce. Puis,
il me fit descendre sur son bras, ce que je fis en arquant
le dos. C’était étrange que le fait
de danser sans toucher, me donnait l’impression de… Je
ne savais pas comment l’exprimer, mais je ne sentais
que du bien être. C’était comme si ce
jeune homme me cachait un secret. C’était
comme un défi magique. Un défi que je réussirais à percer
seulement en touchant sa peau. Regardant autour de moi,
je vis d’autres danseurs dans leurs plus beaux autours
tournoyant. Le seul problème était que je
voyais leurs visages étrangement flous. Le piano
jouait plus fort. Je continuai d’arquer le dos. Cet
fois, je n’aurai pas le choix de m’accoter
contre son avant-bras sinon je tomberais. Ce qui arriva.
L’impact du sol en marbre contre le derrière
de mon crâne me fit perdre conscience quelques instants. À mon
réveil, Pablo, Carlos et une dizaine de connaissances
me regardaient inquiets.
-Ça va, elle se réveille, hurla Carlos à l’assemblée
autour de moi.
-Je t’ai vu tomber, me dit Pablo. C’était
bizarre. Tu as d’abord tombé au ralenti et
tu t’es effondré d’un coup!
Les danseurs… Jeremy…. Où étaient-ils
passés? Pourquoi eus-je tombée? Ma maladresse
ordinaire m’avait fait commettre un faux pas? Dans
ce cas, pourquoi un gentilhomme comme Jeremy m’aurait-il
abandonné dans cet état sur le plancher?
La musique…
-Jean, demandai-je, aurais-tu essayé un
morceau sur le piano il y a quelques instants?
-Non, me répondit-il, mais si tu le désires
je peux jouer pour toi.
-Non, cela n’est point nécessaire. Je dois
juste prendre un peu d’air et j’irai mieux.
La poussière ne m’a pas aidée ses derniers
temps. Pardonnez-moi.
Je traversai la foule autour de moi pour
retourner au balcon. En chemin, Carlos m’attrapa
la main.
-Tu es sûre que tout va bien?, s’inquiéta-t-il.

-Oui, amusez-vous. J’ai mal dormi ses derniers jours,
c’est tout.
-D’accord, mais ne force pas trop.
-Je vous le promets.
De retour sur le balcon, je pris de grandes
respirations en me convaincant que Jeremy n’était pas encore
arrivé et que j’avais rêvé de
toutes pièces la valse précédente.
Je m’avais seulement évanouie sur le plancher
de la salle de bal, ce qui m’avait fait rêver à ce
que je rêvais tous les jours depuis une semaine.
Mais, cela paraissait tellement vrai…
-Je vous demande pardon pour tout à l’heure,
me dit une voie dans mon dos qui me fit sursauter.
C’était Jeremy qui apparaissait de façon
suspecte dans mon dos pour la deuxième fois.
-Comment êtes-vous arrivé ici?, demandai-je
me questionnant sur ma santé mentale.
-Vous avez laissé la porte ouverte. Je vous demande
pardon de vous avoir effrayé également. Je
me sens honteux et idiot depuis tout à l’heure.
Je suis intrigué et perturbé depuis que vous êtes
tombée, parce que je ne peux m’expliquer comment
cela est arrivé.
-Il y avait des gens qui dansaient, n’est-ce
pas? Qui jouait au piano?
-Je les ai vu aussi et je croyais qu’ils étaient
avec vous.
Mais, une chose m’inquiétait. Comment ai-je
pu tomber alors qu’il me tenait dans ses bras?
-Pardonnez cette indélicatesse,
mais je dois absolument mettre quelque chose au clair,
si vous me le permettez
pouvez-vous me prendre la main, demandai-je.
-Oui, bien sûr.
Il s’avança et leva sa main vers la mienne.
Il s’arrêta encore une fois avant de me toucher.
Je poussai donc ma main vers lui, elle la traversa. Je
restai, tout comme lui, ébahie. Mon cavalier ne
comprenait pas lui non plus pourquoi ma main avait réussi à traverser
la sienne. Puis, une grande détresse s’empara
de moi, réalisant soudain que Jeremy n’était
pas matériel. J’allai crier d’un moment à l’autre
et ma respiration me parut anormalement accélérée.
-Calmez-vous je vous en prie! Je ne comprends pas plus
que vous.
-Vous êtes un fantôme, un esprit
malfaisant qui hante sa demeure!
-Calmez-vous, vous dis-je. Quel date sommes-nous dites-moi?
Il semblait pourtant autant sinon plus
paniqué que
moi. Il trouvait tout de même le temps de réfléchir
pour trouver une explication rationnelle.
-Nous sommes vendredi le 13 octobre, réussis-je à articuler
en gardant une distance calculée de deux mètres
entre lui et moi.
-Non, je veux dire l’année.
-Nous sommes en l’an de grâce
1853.
-Je crois que je suis effectivement mort,
ma dame, je pensais qu’hier était l’an de grâce
1823.
Il s’accota contre la clôture qu’il ne
traversa pas. Peut-être flottait-il simplement dans
les airs. Il semblait perdu dans ses pensés. Je
restai figée sur place à le fixer.
-J’ignore la cause de ma mort. Je… j’aillai
me marier avec une jolie fille de noble. Est-elle morte?
Isabelle doit m’attendre depuis longtemps! Je… il
est trop tard n’est-ce pas?
-J’ai le malheur de vous annoncez son décès.
Vous le saviez. Vous la pleuriez au cimetière. Il
y a une semaine, quand je vous ai rencontré. Vous
ne vous en souvenez pas?
-Je crains avoir la mémoire bien
courte.
-Mais, comment saviez vous pour le bal, si vous oubliez?
-Je me rappelais seulement de notre conversation.
Votre invitation. Oui, nous avions parlé d’Isabelle! Ça
me revient!
-Vous ignorez comment vous êtes morts, donc si vous
le découvrez, votre âme sera-t-elle en paix?
Le seul désir qui me permettait de garder mon sang
froid et éviter de sombrer dans la folie était
de le faire disparaître à jamais! Même
si pour cela, il fallait aider Jeremy à dénouer
son passé! Carlos n’aurait aucun vent des
présents événements et aucune histoire
de fantôme ne souillerait le prix du manoir qu’il
vendrait. Je me débarrasserais de lui avant que
quelqu’un d’autre ne soit l’acteur d’une
scène paranormale.
-En paix? Je ne serais en paix qu’en me vengeant
du monstre qui a assassiné Isabelle!, ragea-t-il.
-Elle fut la pauvre victime d’un
meurtre?, demandai-je.
-J’en suis intimement persuadé.
-Dans ce cas, je vous aiderais à résoudre
ce mystère et après, monsieur Dorion, vous
me ferez le plaisir de vous rendre au royaume des morts?
-Si nous réussissons, je ferais ce que je peux
pour accomplir votre volonté.
-Soit!
Chapitre 2 : la sorcière, la forêt
et le bureau
Premièrement, il nous fallait des indices pour
incriminer notre mystérieux assassin. Nous étions
Samedi matin et pourtant, il faisait aussi sombre qu’une
nuit bien éclairée par les étoiles.
Jeremy, dont j’étais la seule à pouvoir
capter la présence ne m’avait plus quittée
prétextant avoir des pertes de mémoire dès
qu’il s’éloignait de moi. Sa présence
me mettait mal à l’aise, mais je préférai
qu’il soit près de moi, ainsi je pouvais épier
chacun de ses gestes et m’assurer de ses bonnes intentions.
Je n’avais aucune confiance en lui et il m’effrayait
même parfois. Après réfections, je
décidai d’aller aux archives du village, une
antique bibliothèque, qui compilait tous les événements
du crime le plus affreux jusqu’aux chauves-souris
coincées dans un poulailler.
En traversant le hall pour me rendre à la sortie,
j’aperçus encore une fois les inquiétants
tableaux. Je compris alors pourquoi celui de Jeremy était
le seul jeune et pourquoi ces visages me nouaient l’estomac.
C’était parce que les modèles avaient été peints
après leur mort! J’avalai ma salive avec difficulté.
Je continuai ma route sans pour autant faire de commentaires,
il aurait été imprudent que quelqu’un
me trouve en train de parler à personne. Ils auraient
tous douté de ma santé mentale. Je suivis
le chemin de terre, traversai la grille de roses blanches
et pris le chemin principal en direction de quelconque
information pour résoudre mon énigme. Une
brume épaisse m’empêchait de voir à plus
de trois mètre et les arbres ne semblaient guère
commodes avec leurs branches nues et tordues. J’entendis
même des loups au loin ainsi que des bruits étranges
qui me faisaient sursauter. Jeremy me rit au visage en
me disant que la mort l’avait soulagé de la
peur car ,après tout, la mort était notre
plus grande peur, non? Mais bon, quelques miles plus tard,
nous atteignîmes le village de l’Est. Il n’y
avait aucun passant et pourtant nous étions le matin.
Le marché devrait grouiller de femmes qui papotaient
et d’enfant transportant de l’eau. Mais partout
que du vide, même les maisons semblaient abandonnées à cause
de leurs aspects moisis et difformes. Je n’étais
pas la pour juger leurs façons de vivre, c’est
pourquoi je me mis immédiatement à la recherche
de la bibliothèque qui n’était point
plus imposante qu’une cabane à jardinier que
seul une pancarte indicative différenciait des autres.
Je cognai à la porte. Un objet de verre se cassa à l’intérieur
suivi d’un juron très déplacé pour
une femme, car la voie était celle d’une jeune
demoiselle. Elle ouvrit finalement à la porte. Elle
avait les cheveux tellement mêlés qu’on
aurait pu faire croire à des enfants que dix araignées
faisaient un concours de tissage de toiles dans sa chevelure.
Ses yeux étaient irrités et très noirs.
Elle portait une vieille robe grise et des souliers pointus.
Mais, je crois que ce qui m’avait le plus frappé,
c’était sa terrible blancheur. Je voyais presque
toutes les veines de son corps et ses os, car la jeune
femme n’était plus maigre, mais squelettique.
-Que puis-je faire pour vous, me demanda-t-elle
pleine d’une assurance qui jurait avec son physique
faible.
-Je me nomme Michèle Latulipe et je voudrais des
informations sur le meurtre d’Isabelle…
-Thomas, m’aida Jeremy.
-Isabelle Thomas.
Les yeux de mon interlocutrices s’agrandirent à la
mention de ce nom. Elle regarda à gauche et à droite
de sa porte comme si elle craignait qu’on l’espionne
et nous invita à entrer. Je voulais dire m’invita à entrer,
car Jeremy n’est malheureusement visible que pour
moi. À l’intérieur, on aurait plutôt
dit un repaire de guérisseuse ou de sorcières
qu’une bibliothèque. Enfin, c’était
ici que l’écriteau m’avait conduit,
alors je supposai être au bon endroit. Des pots contenants
des substances douteuses côtoyaient des vieux grimoires,
des parchemins anciens et des chats. Les chats prenaient
la majorité de l’espace tant ils étaient
nombreux. Il fallut en contrarier un pour que je puisse
m’asseoir. La pièce était dans un état épouvantable,
la poussière régnait et les chats comme des
plumeaux étaient la seule manière pour la
déplacer.
Je regardai mon hôte avec curiosité. Elle
cherchait un livre dans une vieille étagère à moitié détruite
en marmonnant des propos incompréhensibles. Puis,
elle cria quand elle trouva l’objet de sa recherche,
ce qui nous fit sursauter tous les deux. Je regardai Jeremy,
lui qui s’était flatté de ne plus avoir
peur de rien.
-Ce n’était pas de la peur, me répondit-il
en levant les sourcils, c’était de la solidarité à votre égard.
Je ne pus m’empêcher un petit
sourire.
-Soyez prudente, m’avertit-il, cette femme me donne
une mauvaise impression. Elle est sans doute une sorcière.
D’accord, je devais me mettre sur mes gardes au
cas où elle se jetterait sur mon cou avec ses griffes
pointues pour me déchiqueter et placer mes organes
dans ses pots sur les étagères, rassurant…
-Désolé de vous avoir fait attendre. J’ai
le résumé du 23 octobre 1823, m’avertit-elle.
-C’était la journée que je croyais être
hier, ajouta Jeremy.
-Pouvez-vous m’en faire la lecture?,
demandai-je poliment.
-Bien sûr. 23 octobre 1823, la mère de Jeremy
Dorion, Vanessa Dorion, a découvert dans le bureau
de son fils les cadavres de sa fiancé, Isabelle
Thomas et de sa bonne, Christine. Les deux corps n’avaient
reçus aucune marque de coup, c’est pourquoi
on pensa qu’il s’agissait d’un poison.
De plus, les deux femmes avaient des coupes cassées
près de leurs corps. Le jeune Jeremy Dorion a été découvert
dans la cave à vin avec les mêmes symptômes
que les deux autres. C’est la mère qui a découvert
d’abord la fiancé et sa bonne. Puis deux heures
plus tard, le frère benjamin, Vincent, descendit à la
cave et trouva le corps gisant de son aîné. Étant
le dernier de la famille, il obtint seul l’héritage à la
mort de ses parents. Malheureusement pour lui, la fortune
familiale fut volée par des bandits bohémiens.
C’est pourquoi ils ont vendu leur propriété.
Je crois que le frère est toujours vivant, il vivrait
en ermite dans la forêt d’après les
rumeurs. Le 24 octobre, ce fut la mise en bière
des jeunes femmes et étrangement le corps de Jeremy
fut installé dans le tombeau familiale directement.
Aucun n’embaumeur n’eut droit de le toucher.
Personne ne le veilla.
Elle se tut. Peut-être attendait-elle un questionnement
de ma part? Jeremy, de son côté, fronçait
les sourcils scandalisés par le manque de respect
de sa famille envers lui.
-Pourquoi n’ont-ils pas veillé Jeremy
comme les autres?, demandai-je.
-Ah, voilà une question des plus pertinentes à laquelle
j’ai moi-même longtemps cherché la réponse!
ricana la sorcière. Une femme nommée Mégane
passa au manoir ce jour là. Elle dit à tout
le monde que l’auteur du crime était Jeremy
lui-même. C’est pourquoi l’accusé n’eut
pas droit à une cérémonie et il paraît
même que le prêtre l’aurait banni. Jeremy
ne reposera jamais en paix pour les souffrances qu’il
a fait subir à sa propre fiancé. Cependant,
l’histoire ne dit pas tout très chère.
-C’est faux!, cria Jeremy. J’aurais préféré être
envoyé directement au enfer que de tuer aussi lâchement
la personne qui donne un sens à ma vie!
-Vous me laissez confuse, mademoiselle. Ce pourrait-il
que Jeremy soit innocent?
Elle me regarda en levant un sourcil et
sourit très
légèrement, mais je puis tout de même
voir à quel point ses dents étaient aiguisées.
-Peut-être l’a-t-on incriminé trop
rapidement car, après tout, qui était cette
Mégane? Que faisait son frère pour aller à la
cave à vin le matin? La bonne, la mère et
même la fiancé elle-même sont tous de
potentiel suspect. Je ne serais dire, cela reste le mystère
du manoir Dorion. Qu’importe maintenant, ils sont
presque tous morts, laissons les reposer en paix et qu’ils
gardent leurs secrets. Croyez-moi, il vaut mieux ne pas
s’enfoncer dans cette histoire. Elle peut nous rendre
malade. De plus, vous ne devriez pas voyager seule sur
les chemins, c’est dangereux pour une dame comme
vous.
-Je n’ai rien de valeur sur moi et mes habits de
démontre guère de richesses. Je ne crains
pas les brigands.
-Dans cette forêt, ce n’est pas l’or
que l’on désire le plus, c’est la viande.
Il y a d’étranges créatures dans ces
bois. Des mythes croyez-vous? Dites-moi, croyez-vous aux
histoires de loups géants?
Je hochai la tête négativement en commençant à songer
qu’il serait urgent de demander congé.
-Aux gobelins? Vampire? Sorcière? Morts-vivants?
Fantômes?
-Fantômes?, me surpris-je à répéter.
Elle me sourit de satisfaction. J’avais l’impression
qu’elle comprenait que j’avais un problème
de revenant juste parce que j’avais répondu à sa
question.
-Faites attention sur le chemin du retour, mademoiselle
Latulipe.
À la sortie de la bibliothèque, j’eus
une mauvaise intuition, comme s’il allait arriver
un malheur ou je ne savais trop. Même les beaux yeux
sombres et éternellement tristes de Jeremy ne purent
retirer cette paranoïa angoissante dont la sorcière
m’avait si agréablement fait cadeau. Le chemin
du retour risquait d’être des plus désagréables.
Sans parler des mots rassurants de Jeremy à mon égard
:
-Il est vrai que si j’étais un prédateur,
j’aimerais bien vous attaquez. Ne le prenez pas mal,
mais les tueurs ont une tendance à agresser les
jolies filles plus souvent que les hommes laids.
Oui… enfin, sa présence immatériel
me rassurait tout de même.
Les arbres tordus m’empêchaient de penser à quoi
de ce soit. Je les surveillai et au moindre mouvement,
je partirais à courir. Jeremy, dont la mort l’avait
déjà aspiré dans ses profondeurs essaya
de reconstituer les faits.
-C’était peut-être ma mère qui
avait empoisonné un tonneau de vin, commença-t-il.
Elle était défavorable à ce que j’épouse
Isabelle trouvant qu’elle n’était pas
une femme de ma condition. J’aurais par mégarde
bu moi aussi ce vin. Ou peut-être mon frère
nous a tous tués pour hériter seul des richesses
ancestrales. Ou la bonne aurait pu nous tuer parce que
nous ne payions pas assez bien?
-Pourquoi diable ce serait-elle tué par
la suite?, lui demandai-je.
-Je l’ignore autant que l’identité de
cette Mégane.
Bref, en marchant sur le chemin en terre
vers le manoir, je ne cessai de sursauter à chaque craquement de
feuilles dans les bois. Ce n’était pas qu’une
impression! J’étais réellement suivie.
Je n’osai trop répondre à M. Dorion,
car je ne voulais pas attirer l’attention de ses
créatures venues des fins fonds de ces bois maudits!
Je marchai plus vite. Jeremy ne me serait d’aucun
secours en cas d’attaque surprise. Puis, les ombres
partirent. Pourquoi? Je n’allais pas tarder à le
découvrir…
Une bande constituée d’une demi douzaine
de bohémiens sauta des arbres et m’encercla.
Ils avaient tous des longs cheveux noirs, un teint foncé,
des vêtements colorés et des anneaux en or
pendant à leurs oreilles. Celui qui avait un chapeau à plume
ce rapprocha de moi et éclata de rire. Je les regardai
tous avec un air de défi pour leur prouver ma fierté même
si, à l’intérieur, j’était
tout simplement morte de trouille. Quand le chef ce mit à parler,
je pus apercevoir ses deux dents en or.
-Tiens, tiens… Que fait une si belle jeune demoiselle
au cheveux, au teint et aux yeux foncés comme les
nôtres dans cette forêt tordue par les maléfices?
-Je ne me suis pas maquillée ce matin, autrement,
mon teint serait beaucoup plus blanc et je reviens du village
où j’ai rencontré une sorcière étrange
et quel que peu effrayante.
-Ah! Elle t’a peut-être prédit l’avenir
cette sorcière?
-Non, le passé.
-Dommage!, me répondit-il avec un sourire pervers.
Elle aurait pu t’avertir de ne pas passer par ici!
Sur ce, il s’élança sur moi et m’embrassa.
Je le giflai. J’avais peur. J’ignorai complètement
jusqu’où ces hommes pouvaient aller et ils étaient
loin d’être des gentlemen. C’est de leur
faute si les bohémiens ont si mauvaise réputation.
Je suis bohémienne moi-même, comme ma mère,
et j’étais décente. L’esprit
Dorion assistait à la scène impuissant. La
situation aurait pu dégénérer si la
créature qui me suivait depuis mon entrer dans les
bois ne s’était pas interposée. Sortie
de nulle part, elle attaqua l’homme le plus près
de la végétation et lui griffa profondément
le bras. L’homme cria. Je n’avais vu qu’une
ombre tellement la créature avait agi avec rapidité.
Les bohémiens crièrent, jurèrent et
accusèrent une malédiction avant de détaler
en courant vers l’intérieur de la forêt.
Ne sachant pas si l’arrivé improviste de mon
sauveur était une bonne ou une mauvais nouvelle,
je restai figée sur place en sentant mon cœur
dans ma poitrine. Ce monstre venait-il de me sauver la
vie ou voulait-il me garder pour lui tout seul? L’ombre
se tint immobile dans les bois, toujours en gardant cette
distance respectueuse entre elle et moi. Jeremy encore
un peu en état de choc, car il avait eu très
peur pour moi, n’avait pas remarqué cette
ombre auparavant et décida d’aller jeter un
coup d’œil par lui-même. Le monstre ne
sentit aucunement son approche. Jeremy traversa un arbre
et cria de stupeur avant de venir en courant ou flottant,
je ne sais trop, à ma rencontre.
-Un loup-garou!, cria-t-il. Je l’ai vu reprendre
force humaine! Il a passé de loup géant à homme
et cette homme, même avec une trentaine d’année
de plus, je suis près à parier que c’est
mon frère, Vincent.
Mon protecteur était Vincent, le frère de
mon bel esprit, Jeremy? Si c’était le cas,
je devais absolument l’interroger sur la mort de
son frère et Isabelle. Je tentai donc le tout pour
le tout en l’invitant à venir causer avec
moi. Il n’y aurait que deux alternatives, la mort
ou une discussion des plus enrichissantes.
-Vincent, je vous dois la vie. Voudrez-vous
marcher en ma compagnie jusqu’au manoir? J’ai quelques
difficultés à m’orienter avec cette
brume et je ne voudrais pas m’égarer.
Un homme habillé de haillons crasseux ressemblant à Jeremy
avec ses cheveux noirs, son teint blanc et ses yeux noirs
vint à ma rencontre tout surpris.
-Comment savez-vous mon nom?
-Q’importe, je me dois de vous demandez si vous
savez qui a tué votre frère Jeremy.
Encore plus intrigué, le loup-garou me dévisagea
quelques secondes avant de répondre.
-Ce n’était pas moi. Je ne dis pas que j’ai
jamais tué accidentellement. Seulement, si cela
avait été de mon fait, ça aurait été un
véritable carnage, alors que là, il n’y
avait rien. Pourquoi demandez-vous cela? Ça fait
si longtemps qu’il est mort…
Cette dernière phrase sonna faux. Vincent l’avait
dit comme s’il n’y croyait pas vraiment. Était-il
déjà un monstre quand son frère était
mort?
-Demandez lui comment il est devenu un monstre, me demanda
Jeremy, ce que je fis.
Bien qu’intrigué par ma rafale de questions,
Vincent resta poli et répondit honnêtement.
-C’était une semaine avant sa mort. Une jolie
fille au nom de Mégane est venu au manoir et ma
mère trouvait qu’elle était un bon
parti pour moi. Bien sûr, je venais de la rencontrer
et mon frère était trop occupé dans
ses préparatifs de mariage pour la remarquer. Elle
marchait souvent seule dans cette forêt comme vous.
Un soir, elle s’est fait attaquer par une bande de
loups féroces. N’écoutant que mon cœur,
j’ai foncé dans la bataille et j’ai
pu la sauver. Malheureusement, cela m’a coûté mon
humanité. Mais méfiez-vous, madame. Je vous
conseille d’arrêter immédiatement ce
que vous faites et de retourner à vos affaires.
Je serais contrarié s’il vous arrivait malheur.
Croyez-moi, certain secret doive rester endormi. Je continuerai à vous
escorter quand vous sortirez, car vous êtes jolie
et il serait dommage de gâcher un aussi beau visage.
-Merci, vous êtes bien aimable.
-Même maudit, il reste un irréparable pauvre
séducteur, commenta Jeremy en souriant légèrement.
Mademoiselle Latulipe, je ne crois pas que mon frère
mente. Nous pouvons donc effacer son nom de la liste des
suspects.
-Je suis d’accord avec vous.
Nous rentrâmes dans le manoir. Peut-être la
vue du bureau où Isabelle est morte ramènerait
quelques souvenirs à ce pauvre et infiniment charmant
Jeremy? Mais cela faisait une semaine que je vivais sous
ce toit et je n’avais jamais visité une pièce
ressemblant à un bureau.
-C’est une pièce dissimulée, me répondit
Jeremy. Vous avez raison, cela pourrait peut-être
m’aider.
-Vous lisez dans mes pensées maintenant?, lui chuchotai-je
pour ne pas attirer l’attention des autres pensionnaires
qui marchaient un peu partout dans le manoir pour passer
le temps.
-Oui, depuis le début.
Je rougis de manière extrême à ce
moment et Jeremy éclata de rire. Cela faisait une
semaine que je me faisais des idées et que je l’admirais
en pensées avant ,bien sûr, de découvrir
qu’il était mort, cela va de soi.
-Ne vous en faites pas. Je ne suis pas
timide et que vous me trouviez beau n’affecte aucunement l’opinion
que j’ai de vous.
-Où est le bureau?
-Nous pourrons y accéder par la chambre des maîtres,
votre chambre si je me souviens bien.
Parfait, j’irais mettre ma tenue de scène
au passage. Ce soir, il y aurait un spectacle pour le village
et il serait inutile de me préparer à la
dernière minute. J’avertis Jeremy de ne pas
passer à travers la porte pendant que je me changeai.
Il sourit. Après avoir verrouillé la porte,
j’enfilai mon tutu noir, mes collants noirs, mes
chaussons blancs neufs, mon corset noir, celui avec la
cordelette blanche assortis à la blouse moulante
blanche. Je maquillai mon visage devant le vieux miroir
entièrement de blanc pour ensuite me noircir les
yeux, ajouter du rouge sur mes lèvres et dessiner
des ronds sur mes joues. Mes cheveux n’étant
pas très longs, il ne me gênait pas pendant
mes mouvements, c’est pourquoi, je les laissai comme ça.
J’allai avertir Jeremy de rentrer quand je le vis
derrière moi, ce qui me fit sursauter. Il avait
osé me regarder et je devais lui dire que j’étais
très contrarié.
-Je ne suis là que depuis que vous noircissez encore
plus vos yeux d’encre belle enchanteresse, me répondit-il
avant que je ne le sermonne. Le bureau se cache derrière
ce meuble qui vous dévisagez depuis tout à l’heure.
Donc, je déplaçai le meuble miroir sur le
côté et découvris une petite porte
sans poignée dissimulée. J’agrippai
le report et forçai pour l’ouvrir. Elle était
vraiment coincée, mais avec persévérance
et les encouragements de Jeremy, je réussis à la
débloquer. Un escalier montait en colimaçon
dans une tour. Je montai avec précaution les marches
de marbres noirs jusqu’à l’étage
supérieur où m’attendait une porte
verte pale en boiserie sculptée. Derrière,
se tenait un immense bureau, dont les vitraux multicolores
illuminaient tel un chef d’œuvre sorti d’un
pays arabe. D’immenses tissus verts, oranges et rouges
entièrement brodés de dessins compliqués
couvraient les murs. Le bureau était en marbre blanc.
Des divans et une petite table à thé prenaient
leur place dans un petit coin avec leurs étranges
petites cousins. De fausses orchidées embellissaient
les quatre coins. Cet pièce se détachait
vraiment des autres par sa décoration et sa chaleur.
J’avais l’impression de rentrer dans un sanctuaire
quand mes pieds chaussés se posèrent sur
le sol en mosaïque. Comment d’affreux meurtres
avaient-ils pu être commis dans ce lieu encore plus
saint qu’une église?
-Je l’ignore, me répondit
Jeremy en examinant les lieux avec nostalgie. Isabelle
venait souvent me rejoindre
ici.
Il rit en se remémorant des souvenirs heureux avec
sa tendre fiancé.
-Elle montait toujours le plus discrètement possible
et elle se dissimulait dans la pièce profitant de
ma distraction pour m’embrasser quand je mis attendais
le moins. Elle était si belle. Elle chantait des
chansons pour me faire oublier mes problèmes et
elle souriait. Son sourire était si doux qu’il
aurait pu faire fondre le cœur d’un vieux prêtre.
Il rit. Oui, elle ne voulait pas que je monte ce jour là.
Elle ne voulait pas que je vois sa robe avant le mariage.
Je remarquai alors que les vêtements de monsieur
Dorion était blanc, car c’était son
habit de mariage! Même après la mort, le couple
n’avait pas pu se rendre ensemble à l’église
puisque Jeremy n’a pas reçu les derniers sacrements
et l’honneur d’être accueilli par Dieu.
C’était une bien triste histoire.
-Elle était trop heureuse pour mourir!, cria Jeremy
laissant exploser sa rage. Je lui avais promis de la marier
et de la rendre heureuse jusqu’à la fin de
sa vie! Pourquoi?
Il pleura quelques larmes avant de se ressaisir. Il reprit
sa posture fier et me dit calmement :
-Partons, nous devons trouver le meurtrier et le punir.
J’acquiesçai. De toute façon, je ne
voulais pas rendre encore plus malheureuse une âme
en peine.
Chapitre 3 Le cocasse, la bonne aventure et la tombe
Je descendais les escaliers de la salle
de bal quand Pablo, le trapéziste dont le manque de charme était
dissimulé sous un épais maquillage blanc
qui le rendait acceptable, m’invita à répéter
avec lui. L’équipe avait déjà installé les
filets dans la salle de bal, car c’est dans cette
immense salle que le cirque donnerait sa représentation.
Voulant rester poli, j’acceptai, remettant à plus
tard mon enquête. Jeremy me foudroya du regard en
me maudissant et menaçant de me hanter toute ma
vie. Tant pis, il attendra.
Je montai précautionneusement sur un ballon. Pablo
fit de même. Nous, nous faisions face. Il avait des
balles dans les mains et commença à jongler
pour ensuite m’envoyer les balles pour que nous jonglâmes
ensemble.
-Tu as fait des progrès, me félicita-t-il.
-Oui, je veux impressionner Carlos au spectacle.
-Tu es la seule qui fait autant d’effort pour lui
plaire et il semble ne pas le remarquer, c’est étrange.
-Non, il est juste beaucoup plus exigent avec moi.
-Pourquoi?
Je souris, je n’allais pas lui dévoiler
toutes mes cartes du premier coup.
-Je l’ignore.
-Michèle, sa fait longtemps que
nous cohabitons ensemble, je me demandais si…
Il devint soudainement rouge. Jeremy a
côté de
moi m’empêchais grandement de garder ma concentration!
Il avait une idée fixe et voulait retrouver ses
souvenirs en visitant le cimetière. Soudain, j’eus
une intuition, comme celle que j’avais eu à la
mort de mes parents et celle de mon oncle. Une intuition
de danger contre ma personne où une proche de moi à cet
instant. Pablo allait-t-il connaître une mort prématurée?
Je devais m’en assurer. Je lui ordonnai sèchement
d’arrêter de jongler, je sautai de mon ballon
et fonçai chercher mon jeu de tarot avant de revenir à lui.
-Que vous prend-il, demanda Pablo et Jeremy étrangement
synchronisés.
-J’ai une mauvaise intuition…
J’avais déjà expliqué à Pablo
que mes prémonitions n’étaient jamais
de bonne augure et il me regarda d’un air grave comprenant
qu’il était le seul en ma présence
pendant ma vision et que seul lui pouvait être l’objet
du malheur. Je brassai les cartes. Évidemment, comme
je m’y attendais, je tirai la mort. Je restai figé.
La carte était coupée en deux.
-Cette personne va mourir à moitié, répondit
Jeremy en essayant d’assimiler le fait que je possède
quelques dons de clairvoyance qui m’aidait justement à capter
sa présence.
Je quittai Pablo en lui interdisant de
sortir du manoir. C’était mon seul ami, je ne voulais pas qu’il
meure pour rien au monde. Je pouvais paraître étrange
parfois, mais les personnes que je déteste le plus
sont souvent celles que j’aime le plus. En marchant
au côté de Jeremy dans le cimetière,
je lui expliquai comment j’avais autrefois découvert
ce pouvoir et que le résultat fut la tragique mort
de mes parents dans des circonstances mystérieuses.
Nous n’avions jamais découvert ni le meurtrier
ni sont motif. Nous arrivâmes ainsi devant le tombeau
familiale de la famille Dorion et je forçai la grosse
chaise qui bloquait l’entrée avec une pèle
que j’avais apportée à cet effet. Je
laissai Jeremy entrer seul, car l’idée d’être
entouré de morts ne m’attirait absolument
pas. Mais, étant immatériel, Jeremy ne pouvait
soulever le couverte de son propre cercueil de marbre blanc.
Quel cercueil d’ailleurs, le plus beau du tombeau, étrange
qu’il fut remis au délaissé de la famille.
J’entrai donc dans la tombe. Heureusement, le marbre
des cercueils étaient solide et aucun ossement ne
dépassait les limites à mon grand soulagement.
Je n’avais aucune envi d’ouvrir celui de Jeremy.
-Monsieur Dorion, commençai-je, cela fait trente
ans que vous êtes mort. Je crains se que nous pouvons
découvrir en ouvrant cette pierre, car vous ne serez
pas squelette, mais momie. Aucun air ou insecte n’a
pu pénétrer cet œuvre d’art, donc
vous serez comme un corps sec.
J’essayai de le convaincre, mais il insista tellement
que je n’eus d’autre choix que d’obéir
pour le salut de ma santé mentale. On ne pouvait
débattre avec un spectre quand on voulait qu’il
disparaisse et qu’il le savait pertinemment. Enfin,
je fermai les yeux, pris une grande bouffée d’air
et poussai le couvercle de toutes mes forces. Il était
mince, mais tout de même très difficile à déplacer.
Je m’éloignai en gardant le yeux fermés
et tournai de dos en entendant que Jeremy finisse son inspection
et que je replace le tout.
-Je ne comprends pas, dit la voie intriguée
de Jeremy.
-Quoi donc?
-Comment cela est-il possible?
Ma curiosité ayant toujours vaincu mes peurs, je
conclus que j’allais jeter un coup d’œil
par moi-même. Je me retournai lentement en craignant
le pire et vis d’abord un Jeremy Dorion habillé de
blanc avec un chapeau haute forme accoté sur la
tombe d’un deuxième Jeremy en parfait état
habillé de noir, les bras croisés sur la
poitrine. Je m’avançai aussi confuse que le
spectre et à mon grand étonnement, je me
surpris à vérifier s’il avait un pou.
Il semblait simplement être dans un profond sommeil.
Non, aucun pou et glacial comme la mort. Son décès
avait bel et bien eu lieu, mais pourquoi son corps n’avait-il
pas décomposé? D’accord, il semblait
un peu plus sec, mais pas tant que ça. Pas assez
pour trente ans!
-Vous êtes bien mort, mais…
-Oui, j’ai compris. Je lis vos pensés vous
semblez l’oublier. Peut-être qu’une sorcière
m’a maudit pour empêcher mon corps et mon âme
de reposer en paix?
-La sorcière du village?
-Non, peut-être bien ma propre mère, répondit-il
avec ironie.
Chapitre 4 La mère, le dîné et révélations
J’avais déjà visité la chambre
de la mère Dorion, cependant je n’avais pas
découvert toutes ses cachettes secrètes.
Une morceau du plancher en acajou se soulevait ici, un
tableau cachait une petite trappe là, un coffre
en fer doré se tenait sous le lit et je ne parle
pas encore des tiroirs à double fond et des herbes
et craies écrasés sous les bougies du lustre!
Un attirail de sorcière accomplie comprenant des
craies, des herbes, des bougies, des bocaux étranges,
des cœurs de rats séchés, des queues
de lézards, des graines de citrouilles, un chaudron,
un chapeau et des souliers pointus, des substances indescriptibles
et un vieux grimoire se dressait fièrement devant
nous avec arrogance. Il nous défiait de résoudre
leurs mystères puisque Madame Dorion n’était
plus des nôtres. Enfin, Jeremy ne faisait plus vraiment
parti du «nous» puisqu’il avait lui aussi
trépassé. Je ne pensais qu’à des
idioties et je réalisai avec honte que Monsieur
Dorion lisait mes pensées! Il me sourit à cette
dernière pensée.
-C’est étrange. Quand vous pensez à moi,
vous m’appelez par mon prénom, alors que quand
vous réalisez que j’entends vos pensées,
vous m’appelez monsieur Dorion en pensées.
-Vous n’avez qu’à ne pas épier
mes divagations, rétorquai-je avec irritation. Dites
moi vos conclusions de tout ceci au lieu de palabres inutiles.
-Très bien. Ma mère fut une sorcière,
commença-t-il. Je m’en doutais un peu mais
,jusqu’à aujourd’hui, je n’avais
jamais eu de preuves formelles. Elle s’enfermait
dans cette pièce et récitait d’étranges
paroles. Ma foi, je pensais qu’elle devenait folle.
Elle chantait des incantations. Mais, je ne savais pas
qu’elle avait été aussi loin dans sa
folie. À mon souvenir, elle avait encore de la difficulté à parler
latin quand je suis mort.
Il me vint une illumination! Peut-être que Vanessa
Dorion avait commencé la sorcellerie à cause
de la malédiction de Vincent. Elle espérait
le guérir grâce à d’occultes
ensorcellements! Elle aurait débuté quelques
temps avant la mort de Jeremy et aurait continué jusqu’à sa
mort pour sauver Vincent qui n’était toujours
pas près de sortir de sa monstruosité.
Jeremy me regarda avec étonnement.
-Vous avez sans doute raison, ce serait parfaitement logique.
Avec tout ça, j’avais oublié de me
reposer quelques instants pour me restaurer et mon estomac
me le rappela violemment. Je trouvai une miche de pain
au cuisine et m’assis dans la grande salle avec Jeremy
pour le déguster. Pablo vint s’asseoir à mes
côtés. Il semblait soucieux, chose tout à fait
normale quand une voyante vous avait annoncé votre
mort! Cela m’inquiétait aussi. Pablo ne devait
quitter les lieux.
-Ce dont je voulais m’entretenir avec vous tout à l’heure était
de la plus haute importance. Puisque je vais sûrement
mourir en m’endormant ce soir, j’ai pris de
nouvelles résolutions pour la journée qu’il
me reste. Michèle, voulez-vous…
Il hésita.
-Faire le numéro de jonglerie avec moi, finit-il
déçu de lui même.
-Oui, certainement, avec joie. Je vous
donne ma parole, vous ne passerez pas dans l’autre monde au crépuscule.
Je trouverai ce qui trouble les esprits des lieux et les
malédictions nous laisserons en paix. D’ailleurs,
tu es né sous une bonne étoile, Pablo.
-Oui, mais si je meures tout de même. Pourrais-je
au moins savoir qu’elle lien il y a entre toi et
Carlos? Pourquoi est-il plus exigent avec toi alors que
tu t’améliores de jours en jours? Ça
ne fait que trois semaines que tu es acrobates, c’est
une évolution incroyable!
-D’accord, je vais te le dire. Mais, ne le dis à personne,
car cela ruinerait son honneur ainsi que celui de ma mère
et de mon… père, dis-je avec hésitation.
Carlos aimait ma mère. Je suis son enfant n’as-tu
pas remarquer que je lui ressemble beaucoup plus qu’au
mari de ma mère. Voilà, c’est tout.
-C’est incroyable tu veux dire! Est-ce qu’il
le sait?
-Sûrement, mais il ne ignore que ma mère
m’a révélé son secret.
Chapitre 5 L’enlèvement
de la descendance
Il devait être trois heure de l’après-midi
quand je terminai mon piètre et fugace repas. Pablo
essayait de dire quelque chose d’important, cependant
il n’y parvenait jamais et détournait sans
habileté la conversation. Je secouai mes épais
cheveux noirs et frissonnai. Déjà, le soleil
disparaissait doucement dehors et la nuit amenait avec
elle sa brise glaciale de novembre. J’allais poursuivre
mon expédition avec Jeremy qui naturellement ne
se plaignait pas de la température. Pourquoi diable
personne n’allumait de feu? Enfin, je montai chercher
mon vieux manteau qui fut jadis noir et qui paraissait
sur moi plus ou moins dans les teintes de gris moyen. Un
homme en haillon entra dans la salle de bal. Les artistes,
les bohèmes qui rencontraient son chemin lui laissaient
le passage avec un mélange étrange de crainte,
de curiosité, de dégoût et de respect.
Cet homme, rongé par son mal n’était
nul autre que Vincent. Je restai plantée telle une
courge dans l’escalier luxueux. Il me fixa avec une
infini tristesse. Un cercle de curieux se forma progressivement
autour de lui et de l’escalier. Puis, en pleurant,
il commença un discours des plus terrifiants :
-Madame, je vous avais prévenu de ne pas vous aventurez
en terrain défendu. Vous ne méritez pas ce
qui va vous arrivez. J’en suis affreusement désolé.
Je n’y peux rien, on m’y oblige. Une jeunesse
telle que la votre devrait s’épanouir avec
les fleurs des quarante prochains printemps. En fait, j’ignore
ce qui va arriver, mais j’ai reçu des ordres.
Désolé pour mes maladresses, cependant il
est dans mon obligation de vous amenez avec moi.
-Vous ne me tuerez pas?
Il se tut et détourna le regard. Il espérait
sans doute ne pas avoir à me tuer. C’était étrange,
puisqu’il n’y a que quelques heures à peine,
il voulait me protéger parce que j’étais
jolie. Au moins, je réalisai avec un petit soulagement
que ce n’était pas Pablo qui n’allait
pas connaître les joies matinales de ce réveiller
le lendemain, c’était moi. Je regardai Pablo
et lui souris tristement avant d’être importé sur
une épaule de cette bête costaude. Il cria
mon nom, mais mon kidnappeur sortit trop rapidement du
manoir pour qu’il essaya quoi que ce soit contre
lui. Finalement, c’était Vincent le tueur.
Il avait tué Isabelle, la bonne et Jeremy! D’ailleurs,
ce dernier flottait derrière nous avec la même
rapidité que Vincent.
-Je ne sais pas s’il m’a tué, madame,
commenta-t-il après avoir lu mes précédentes
pensées, cependant il affirme agir sous les ordres
de quelque d’autre. Qui cela peut-il bien être?
Il y avait la mère Dorion qui aurait pu trouver
un sort pour prolonger sa vie et contrôler la créature
qu’était devenu son fils, ou Vincent hallucinait-il
lui même cette autre personne, ou encore la fameuse
Mégane dont je n’avais pas encore appris grand
chose. Le père Dorion, lui, où était-il
le soir du meurtre?
-Mon père est mort bien avant que mon cœur
n’appartienne à Isabelle, m’éclaira
Jeremy qui continuait de suivre son frère.
D’ailleurs, Vincent fonça dans la forêt
avec une agilité et une vitesse déconcertantes.
Ses pieds déchaussés devinrent des griffes
et ses jambes multiplièrent les poils. Bien qu’il
fut encore très tôt, le ciel avait déjà sombré dans
la noirceur et la lune pleine éclairait le passage.
D’après les livres que j’avais lu quelques
années plus tôt, il existait trois stades à un
loup-garou. Le premier semblait humain, le deuxième
permettait une transformation partielle ou animale qui
signifiait une métamorphose en loup normal à n’importe
quel moment de la journée ou de la nuit. La troisième
changeait l’homme en monstre géant bouffeur
de cœur, incontrôlable tueur de la nuit. Peut-être
est-ce parce qu’il n’était que trois
heure, mais le loup-garou se contrôlait complètement
et ne montrait aucune envi d’arrêter son chemin
pour dévorer les organes de ma cache thoracique.
Après une quinzaine de minutes de cette course effrénée,
nous arrivâmes à une cabane de chasseur délabrée
dont je soupçonnai être la demeure de l’auteur
de ma prochaine séquestration. Nous entrâmes
dans l’unique pièce remplie de pièges
en métal, d’un lit déchiqueté dans
le coin et d’une table prenant le quart de l’espace.
Vincent se concentra et redevint lui-même à bout
de quelques efforts et soupira de douleur, ce qui me donnai
froid dans le dos. Puis, après être redevenu
complètement lui-même, il regarda ses pieds
lamentablement. La peur commença a me gagner. Qu’adviendrait-il
de moi? Bon sang, j’allai mourir avant d’avoir
connu l’amour, avant d’avoir gagné le
cœur de milliers de spectateurs des quatre coins du
monde et avant d’avoir dit à Carlos qu’il
comptait beaucoup pour moi puisque je savais qu’il était
mon vrai père. Je regardai Jeremy qui lui n’avait
pas pu assister à son mariage et je trouvai la vie
encore plus injuste!
-Je ne suis qu’un lâche, dit Vincent. J’avais
l’ordre de vous amener à mon maître,
mais je ne l’ai pas fait. Elle vous aurait tué!
C’est ce qu’elle fait souvent avec les jeunes
personnes que je lui amène. Je ne désire
pas votre mort, car j’ai l’impression que vous
comprendrez bientôt et pourrez accomplir ce qu’il
m’est impossible de faire. Je suis un homme d’honneur.
Je vous ai promis la protection dans le bois et je vous
l’offre toujours. Par contre, ma maîtresse
souhaitera votre mort, c’est pourquoi je vous conseille
de fuir loin d’ici. Partez loin de cette région
et revenez terminer votre mission quand vous aurez suffisamment
profité de la vie. Au revoir, mademoiselle je vous
suggère de suivre mon conseil.
Sur ce, il sortit et se fit absorber par
les ténèbres.
Mon cœur battait la chamade. Je regardai Jeremy dont
le regard insistait à fuir rapidement. Je m’élançai à mon
tour pour me fondre dans les ombres nocturnes. Une personne
normale aurait habituellement éprouvé de
la difficulté à circuler dans cette forêt
obscure, cependant je n’étais pas une jeune
fille normale. Je voyais presque aussi bien qu’en
plein jour. C’était étrange puisque
des nuits noirs je ne voyais rien et d’autres je
marchais aisément, je supposai que cela avait un
rapport avec mon état d’esprit. Je courus
désespérément en essayant de trouver
la route dans ce labyrinthe de branches et de grosses racines
quand je trébuchai et tombai contre des pieds pointus.
C’était la sorcière de la bibliothèque
qui ramassait des feuilles de chênes et des glands
par hasard pendant une nuit ou plutôt tard dans l’après-midi éclairé par
la pleine lune. Elle m’aida à me remettre
sur mes pieds.
-Faites attention ma chère, dit-elle étrangement
avec une intonation presque sensuelle, la forêt est
en colère la nuit. Elle rêve de sang frais.
Toutes ses créatures vous regarde avec envi!
Elle se mit à rire de façon effrayante et
je dois avouer que j’eus peur, mais rassemblant ce
qui me restait de bon sens et de dignité, je demandai
:
-Pouvez-vous me dire où se situe
la route?
-Je vous y conduis sinon vous n’y
arriverez jamais. Suivez-moi.
Elle se promenait avec une démarche plus fluide
et féline qu’à mon souvenir. De plus,
ses cheveux emmêlés étaient tout bonnement
devenus aussi lisses et soigneusement peignés que
ceux d’une princesse égyptienne. À croire
qu’elle avait passé le reste de sa matinée à se
battre avec et qu’elle avait remporté une
victoire écrasante contre sa chevelure. Elle semblait
plus vivante, moins squelettique, aussi blanche par contre
ce qui était normale pour une sorcière qui
ne sortait que la nuit. Mon guide était très
belle, anormalement attirante. Je me dis que cela devait être
une illusion optique. Nous marchâmes dans les bois
et je mémorisai le chemin au cas où je devrais
retourner à la cabane.
-Vous savez ces renseignements que vous
m’aviez
demandé ce matin. Si cela vous intéresse,
j’ai retrouvé le journal de Vincent et j’ai
appris des faits évidents sur sa culpabilité dans
le meurtre d’Isabelle.
-Quoi donc?, demandais-je avec synchronisme
en même
temps que Jeremy.
-Figurez-vous donc que Vincent était amoureux d’Isabelle
et qu’il envisageait de tuer son frère pour
la conquérir! Il aurait mis du poison dans son vin
pour empêcher son mariage! Voilà, l’énigme
est résolue! Ne m’en remercier pas surtout,
je n’ai pas chercher pendant trois heure pour rien.
-Pardonnez-moi, je vous remercie pour ses éclaircissements,
mais pourquoi aurait-il tué la femme qu’il
aimait et la bonne par la même occasion?
-Sûrement un accident, répliqua-t-elle.
-Vous avez peut-être raison.
Elle me reconduisit jusqu’au manoir, car il faisait
subitement beaucoup trop noir et cela dû au fait
que ma peur s’était légèrement
estompée avec la compagnie quelque peu rassurante
de la sorcière. Avec mes yeux redevenus normaux à l’instant
où ma panique avait cessé, le chemin me paraissait
beaucoup trop dangereux, donc aucun départ n’aurait
lieu ce soir. De plus, le spectacle allait commencer dans
deux heures et déjà, quelques voitures et
charrettes tirées par des chevaux arrivaient au
porte du manoir Dorion. Les nobles et paysans se hâtaient
inutilement pour profiter des meilleurs sièges du
spectacle. Je rentrai et avisai tout le monde que je me
portai bien. Ils m’interrogèrent, mais je
me tus en affirmant que c’était quelqu’un
qui m’avait fait une blague de mauvais goût
dont je ne mentionnerais pas le nom. Pablo pleura presque à ma
vue tellement il avait craint que la faucheuse soit venue
me récupérer trop tôt. Je dis à tous
que j’aillai remettre de l’ordre dans ma toilette
et je montai dans ma chambre avec Jeremy. Quand j’arrivai,
Jeremy se mis à ma grande surprise à crier
de douleur, chose tout à fait anormal quand vous êtes
mort. Je le regardai souffrir pendant quelques minutes
jusqu’à ce qu’il se calma. Il me fixa
ensuite avec un immense étonnement.
-Que vous arrive-t-il?, l’interrogeais-je.
-Je l’ignore, réussit-il à articuler.
C’est comme si j’étouffais alors que
je ne respire même pas et que tout à coup
je me sentis étirer et transpercer partout dans
mon être.
-De la sorcellerie? Du vaudou?
Il ne répondit pas perdu dans ses pensées.
Je regardai mon miroir et constata des dégâts
d’une aventure pédestre sur mon maquillage.
Je me maquillai de blanc par dessus mon maquillage. Je
pris le rouge à lèvre et m’en peignis
les lèvres en dévisageant |