Lire c'est magique!
Écrire c'est féérique!
Et garder son coeur d'enfant; c'est s'émerveiller devant la beauté du moment présent.



Cette photo représente un voyage fantastique au pays du rêve et de l'imaginaire.
Jean-François et Alexandra espèrent qu'elle t'inspirera!

DE LA LECTURE À TE FAIRE RÊVER


L'odyssée fantasmagorique de Janie Jolly

Francine Blanchette


 
livre et jeux
pochette dirou

 


Concours : « Jeunes auteurs en verve » Écris-nous un conte ou une histoire !

CONCOURS JEUNESSE 2006-2007

Description de l'élève

Nom Caroline Boivin, 16
Ses motivations pour le concours Je veux être capable de montrer que je suis capable d'écrire et ce concours est pour moi un dépassement de soi.
Descriptions de l'élève J'adore lire. Je fais du théâtre, impro, cheerleader, danse ballet jazz, danse sociale et je fais du bénévolat dans un centre de personnes âgées souffrant d'Alzhermer et je suis au programme d'éducation internationnal. Je vis à 100%, j'adore m'impliquer et participer à toutes sortes de choses.

Le mystérieux manoir Dorion

Chapitre 1 En route vers le manoir

Si vous m’aviez interrogée, je vous aurais promptement répondu que notre monde est rempli d’injustices. Pour saturer les désagréables événements de ma sinistre journée, j’étais en chemin pour le manoir Dorion. Mais où sont mes convenances, commençons par le début. Je travaillais à ma figure, celle où je jonglais avec des couteaux non-aiguisés sur un ballon, quand Carlos Vaillant, le directeur du cirque entra dans ma tente. Comble de mal chance, cela me déconcentra provoquant un éboulement des plus pathétiques. Ne m’aillant déjà pas dans son cœur, M. Vaillant me conseilla fortement de devenir meilleur si je ne voulais pas retourner avec les clowns. Répondant d’un « Je comblerai vos attentes monsieur», je priai pour ne pas faire une grimace irritée. Enfin, cela n’était pas le pire. Suite à sa brève visite, je me précipitai voir mon vieil oncle, Albert, celui qui avait réussi à me faire engager dans le cirque, et je le trouvai dans ses pots de maquillages inerte. La vie l’avait quitté, mais il n’était plus bien jeune. Il souffrait de toux depuis des semaines. Au moins, il avait passé un vie comique, tout le monde ne peut pas en dire autant. Après son bref enterrement, M. Vaillant convoqua une assemblée générale où l’un de nous serait sélectionné pour un travail spécial. Naïve comme tous les autres, je croyais que cela rapporterait de quoi subsister pendant assez longtemps pour pouvoir jouir de quelques jours en vacance. Monsieur Carlos Vaillant nous expliqua que la prochaine représentation de «Carlos le magnifique» aurait lieu dans une petite ville à l’Est. Le maire de la ville voulant se faire réélire à la place de son populaire concurrent avait eu la brillante idée de faire venir le cirque pour avoir les votes de la populace. Le pauvre maire étant à cour d’argent, il décida de payer en donnant un de ses immenses manoirs à la sortie de la ville. Le manoir en question valait une petite fortune et seul un fou l’aurait échangé contre un spectacle de trois heures. Enfin, M. Vaillant ne s’avait pas plaint et il aménagerait la troupe dans sa nouvelle propriété pendant le temps que nous serions dans cette ville. Après, il l’a revendrait deux fois son prix. Mais, le manoir était abandonné depuis bientôt vingt ans et il fallait quelqu’un pour aller mettre de l’ordre. Une seule personne aurait une semaine, le temps que la troupe termine les dernières représentations dans la ville où nous étions, pour faire un grand ménage. Bien sûr les éléments importants du spectacle ne participèrent point à la courte paille qui déciderait de la pauvre âme condamnée à une semaine impitoyable dans la poussière. Le ciel ayant décidé de s’acharner sur moi, j’avais pris une calèche pour l’Est où un manoir sale et glacial m’attendait avec impatience pour lui redonner vie.

L’homme qui fouettait trop ses bêtes selon moi n’était guère des plus rassurants. Il lui manquait des dents et il riait hystériquement en accélérant à chaque ondulation de notre route. Il me déposa à un demi lieu de la ville de l’Est, dans un boisé où apparaissait un menaçant manoir. Le domaine était clôturé de fer pointu sur lequel d’immenses rosiers blancs dormaient. Les arbres nus ne pouvaient arrêter la progression devenant insupportable de la brise automnale de cette nuit glaciale. Plus loin, un immense rassemblement de tours en pierre, de portes, de baies vitrées aux rideaux blancs et à l’immense porte principale en fer m’accueillirent les bras ouverts. Pour ajouter au charme rustique de l’endroit, un petit cimetière pointait ses dernières sépultures près de la forêt impénétrable. Remerciant encore la chance qui pesait sur moi, je décidai de payer le fou, heureux propriétaire d’un cheval mal-traité, qui continuait de se moquer…de moi? C’est

l’impression que j’ai eue car, pendant un moment, j’ai cru déceler un brin d’ironie ou de pitié dans sa folie. Il y a de quoi vous donnez froid dans le dos. Même mon armure de sarcasmes commençait à me quitter remplacé par une froide insécurité. Tant pis, je n’allai pas passer la nuit dehors comme un brigand! J’enfonçai la clôture en arrachant quelques pauvres roses. Je franchis le chemin en terre qui menait à la porte. Je déverrouillai la porte avec une grosse clé que Carlos m’avait si gentiment offert et elle grinça affreusement sur mon passage. La lumière de la lune passait par les fenêtres, ce qui me permettait de distinguer la plupart des objets environnent. Le hall n’était qu’un grand et étroit couloir où des tableaux s’exhibaient fièrement. Ils devaient avoir appartenus aux anciens propriétaires. La plupart des personnes y figurant étaient vieilles et semblaient me fixer étrangement. Le dernier portrait à droite par contre faisait tâche. Un jeune homme triste regardait le sol. Je ne m’attardai trop longtemps dans cette pièce, car je dus l’avouer elle me mettait mal à l’aise. Continuant la visite avec les lambeaux de courage qui me restaient, je m’embarquai pour la gigantesque salle de bal contenant la plus grande baie vitrée que je n’ai jamais eu l’honneur de regarder et un lustre incroyable valant au moins plus qu’une vie entière de travail. Bon sens, j’en avais le souffle coupé. Les dalles poussiéreuses et pourtant encore luisantes me faisaient penser à un échiquier alternant le noir et le blanc. Sans parler du piano recouvert de tissu sur la petite scène en coin. Deux escaliers tournants menaient au deuxième étage où je trouvai une chambre et m’endormis le plus rapidement possible en essayant de ne pas imaginer de grotesques absurdités qui auraient l’audace d’essayer de m’effrayer. Comme cette ombre du jeune homme du tableau derrière la fenêtre…

Tout c’était passé si vite depuis hier qu’à mon réveil, je m’interrogeai sur le lieu où j’hébergeais. Ce que je pouvais être sotte parfois! J’en avais même oublié mes valises dans la calèche du vieillard. Par chance, il les a déposées contre la clôture, mais malheureusement mes vêtements sont trempés à cause d’un orage qu’il eut lieu durant mon sommeil! Quel bonheur! Je nage dans un océan de fausses pensées positives! Je n’avais donc pas le choix de mettre des habits humides, car j’étais arrivée avec mon costume de cirque et qu’il n’était pas question que j’aille la maladresse de le salire. Un tutu de cette qualité m’avait valu deux semaines de travail. D’ailleurs, je perdais un peu mon temps à constater les décas des intempéries sur ma maigre garde-robe. Je décidai donc, après un grand soupir, de mettre de vieilles loques humides et de commencer mon nettoyage. Je rêvai déjà à la fin de cette torture abrutissante qu’est le ramassage d’excréments de rats.

Après avoir aéré, je songeai à commencer par le hall et la salle de bal. Les pièces du fond sont moins portées aux regards, je pouvais donc les négliger et ne faire que la surface des choses si vous comprenez ce que je veux dire. Je me plaignais beaucoup, mais c’est que je m’ennuyais ferme toute seule pendant des heures dans ce manoir à laver le plancher de la salle de bal. À chaque quatre immenses dalles, il fallait changer l’eau de mon sceau tellement que le plancher était crasseux. Tout le matin, je frottai comme une bonne, esclave des tâches ménagères désagréables. Alors que je faisais un dernier voyage dans la cour du manoir pour jeter l’eau sale avant une petite pause bien méritée du midi, je crus entendre un gémissement. Peut-être que des voyous du village voisin faisaient du tapage du côté du cimetière. Plus qu’intriguée, je m’élançai à la recherche de ses bruits en voulant évidemment chasser les intrus du domaine. Même si je n’étais pas très croyante, le cirque m’avais rendue superstitieuse et je m’engageai donc à éviter les dégâts causés en des lieux saint, comme ce cimetière. Je m’aventurai sur le chemin en pierre du lieu de mort. Les pierres tombales et tombeaux familiales auraient pu être mieux entretenus. Les mauvaises herbes voulaient devenir maîtres de chaque fissure. Je tournai à droite d’où venait les reniflements bizarres. Derrière le tombeau familiale qui m’obstruait la vue, ce cachait une immense statut en marbre blanc de l’ange Gabriel les bras ouverts vers les cieux. À ses pieds, se tenait un jeune homme qui portait un chapeau de gentlemen habillé d’un blanc qui contrastait avec ses cheveux mi-longs d’un sombre couleur de nuit. J’étais trop civilisée pour juger un homme sur la première apparence, mais je dus avouer que celui-là n’était pas laid du tout! Cependant, il semblait terriblement triste. Ses yeux noirs laissaient s’échapper des larmes blanches. Honteuse d’avoir voulu chasser quelqu’un d’aussi désemparé, je décidai de me cacher derrière le plus gros tombeau, celui qui m’avais caché la vue, et de le laisser tranquille.

-Inutile de vous cacher gente dame, je vous suis du regard depuis votre sortie du manoir, dit le jeune homme.

-Pardonnez-moi, je ne voulais point déranger votre quiétude en ce lieu saint, lui répondis-je en sortant de ma subtile cachette.

-Ce n’est rien. Je ne devrais pas me morfondre ici de toute façon. Je sais que le domaine est vendu depuis peu et je supplie d’accepter ma demande qui est celle-ci : laisser moi venir pleurer ma douce, je serai si silencieux que vous en oublierez mon existence.

-Oui, venez si cela est votre désir. Mais, puis-je demander qui était la douce qu’un jeune homme aussi bien habillé que vous vient désoler le décès?

-Ne vous en faites pas, ça ne m’importune pas le moins du monde. La pierre en forme de signe, là-bas, désigne l’emplacement où repose ma fiancé, Isabelle.

Mon regard fit un tour circulaire pour découvrir cette fameuse pierre.

-J’en suis désolée, Monsieur?, demandais-je.

-Jeremy Dorion.

-Je me nomme Michèle Latulipe.

-Enchanté Michèle.

-À moi de même. Au fait, dans une semaine, le cirque, Carlos le magnifique, organisera un bal masqué pour baptiser le manoir. Je sais que je suis déplacée de vous demandez ça dans de telles circonstances, mais me feriez vous le plaisir de m’accompagner?

-Cela pourrait me distraire, j’y serai.

-Je dois retourner à mes occupations, mais je compte sur vous vendredi?

-Je viendrai.

-Parfait.

L’allure froide de l’endroit semblait soudain s’assoupir. Même le soleil tenta une apparition derrière les épais nuages gris. En marchant vers mon dîner, je ne pus m’empêcher de regarder une dernière fois en arrière le beau jeune homme à chapeau haute forme blanc qui me faisait un signe de main en souriant. Je souris aussi, mais je dus avoir l’air bête, car je heurtai sur cette maudite tombe familiale qui me sonnai quelques instants avant de me cacher ensuite la vue.

Je passai le reste de la semaine sur un nuage en tuant le temps à m’imaginer danser dans ses bras. Bien sûr, j’étais anxieuse que Jeremy oublie son rendez-vous et me laisse seul à danser avec Pablo, un trapéziste, jongleur, acrobate un peu trop excentrique, trop excellent dans tous les domaines et trop flexible. D’accord, je le jalousai un peu. Cependant, mes espoirs me donnèrent de l’ardeur à ma tâche et je réussis même à faire étinceler la cave à vin et la dizaine de chambres d’amis. Je me surpris moi-même à être à ce point motivé. Vendredi, avant même le lever du soleil, je m’imaginais déjà les agréables moments de la soirée. Ma réflexion passa aux autres acrobates qui s’étaient moqués de moi quand j’avais été pigée pour faire le ménage. Comment leurs visages seraient surpris d’abord, pour ensuite fondre en jalousie. Alors, je regarderais Jeremy, il se pencherait vers moi pour me dire en souriant :«Ne tant fait pas pour elles, ce soir, tu es la seule qui existe». Ce que les heures passèrent lentement! Je me préparai des heures d’avances. Mon oncle m’avait laissé comme seul héritage la robe de mariage de sa femme. Elle me serait utile ce soir. N’ayant pas de bijoux, je décidai de me faire un chignon dans les cheveux auquel j’ajoutai des roses blanches qui poussaient sur la clôture de fer. Je mis mes chaussons de ballet blanc, ma nouvelle paire. La robe était très simple, c’est d’ailleurs ce qui faisait ça beauté. De simples bretelles en dentelle pour retenir un corset serré donnant sur superposition incroyable de tissu blanc faisait office autant de jupe que de chapiteau. Après m’avoir maquillé un peu trop, j’étais clown et j’adorais le maquillage, on cogna à la porte. Je me précipitai de ma chambre, descendis les escaliers, traversai la salle de bal, accourus dans le hall pour finalement ouvrir la porte exténué d’avoir couru une si grande distance.

Carlos et sa suite entrèrent en inspectant les lieux, cherchant la moindre saleté pour m’en faire reproche. Ce pauvre Carlos aurait de la misère cette fois, je ne m’étais jamais autant donné pour lui faire plaisir. Après un tour complet des lieux, les talentueux membres du cirque s’installèrent dans les chambres et commencèrent à préparer leurs toilettes pour le bal. Carlos, lui, me fixa d’un regard que je lui avais rarement vu.

-Bravo Michèle, je suis fier de vous, m’annonça-t-il.

Alors, plein de fierté, car les compliments de Carlos sont si rares qu’ils valent encore plus que si la reine m’avait dit que j’étais douée, je sortis au balcon de la salle de bal guettant l’arrivée de mon mystérieux cavalier.

-Bien le bonsoir, belle dame, me dit une voie dans mon dos qui me fit sursauter.

C’était Jeremy, toujours habillé de blanc avec son chapeau immaculé qui le rendait si élégant.

-Je remarque que je suis d’avance, continua-t-il.

-Ça va commencer dans quelques minutes, vous êtes juste ponctuel.

-Parfait, dans ce cas, voulez-vous m’accordez cette danse?

-Les musiciens n’ont même pas accordé leurs instruments!, répliquai-je en essayant de lui résister un peu.

-Alors, d’où vient cet air? Un piano à queue je crois?

Maintenant qu’il me le faisait remarquer, un air mélancolique de piano se faisait entendre dans la pièce voisine. Peut-être Jean testait-il son nouvelle équipement.

-Dans ce cas, j’accepte, répondis-je.

Il entra dans la pièce par les portes que j’avais laissées ouvertes et me fit la révérence. J’entrai en refermant les portes et lui rendis son salut. Je m’avançai pour lui prendre l’épaule et lui pour me prendre la main, mais il garda une distance. Je veux dire que nos mains n’étaient qu’à quelques centimètres, mais qu’elles ne se touchaient pas. Il s’éloigna quand je tentai de la toucher. J’acceptai cette gêne avec déception. Nous tournoyions, allongions les bras, faisions des figures que seule la valse pouvait exprimer la grâce. Puis, il me fit descendre sur son bras, ce que je fis en arquant le dos. C’était étrange que le fait de danser sans toucher, me donnait l’impression de… Je ne savais pas comment l’exprimer, mais je ne sentais que du bien être. C’était comme si ce jeune homme me cachait un secret. C’était comme un défi magique. Un défi que je réussirais à percer seulement en touchant sa peau. Regardant autour de moi, je vis d’autres danseurs dans leurs plus beaux autours tournoyant. Le seul problème était que je voyais leurs visages étrangement flous. Le piano jouait plus fort. Je continuai d’arquer le dos. Cet fois, je n’aurai pas le choix de m’accoter contre son avant-bras sinon je tomberais. Ce qui arriva. L’impact du sol en marbre contre le derrière de mon crâne me fit perdre conscience quelques instants. À mon réveil, Pablo, Carlos et une dizaine de connaissances me regardaient inquiets.

-Ça va, elle se réveille, hurla Carlos à l’assemblée autour de moi.

-Je t’ai vu tomber, me dit Pablo. C’était bizarre. Tu as d’abord tombé au ralenti et tu t’es effondré d’un coup!

Les danseurs… Jeremy…. Où étaient-ils passés? Pourquoi eus-je tombée? Ma maladresse ordinaire m’avait fait commettre un faux pas? Dans ce cas, pourquoi un gentilhomme comme Jeremy m’aurait-il abandonné dans cet état sur le plancher? La musique…

-Jean, demandai-je, aurais-tu essayé un morceau sur le piano il y a quelques instants?

-Non, me répondit-il, mais si tu le désires je peux jouer pour toi.

-Non, cela n’est point nécessaire. Je dois juste prendre un peu d’air et j’irai mieux. La poussière ne m’a pas aidée ses derniers temps. Pardonnez-moi.

Je traversai la foule autour de moi pour retourner au balcon. En chemin, Carlos m’attrapa la main.

-Tu es sûre que tout va bien?, s’inquiéta-t-il.

-Oui, amusez-vous. J’ai mal dormi ses derniers jours, c’est tout.

-D’accord, mais ne force pas trop.

-Je vous le promets.

De retour sur le balcon, je pris de grandes respirations en me convaincant que Jeremy n’était pas encore arrivé et que j’avais rêvé de toutes pièces la valse précédente. Je m’avais seulement évanouie sur le plancher de la salle de bal, ce qui m’avait fait rêver à ce que je rêvais tous les jours depuis une semaine. Mais, cela paraissait tellement vrai…

-Je vous demande pardon pour tout à l’heure, me dit une voie dans mon dos qui me fit sursauter.

C’était Jeremy qui apparaissait de façon suspecte dans mon dos pour la deuxième fois.

-Comment êtes-vous arrivé ici?, demandai-je me questionnant sur ma santé mentale.

-Vous avez laissé la porte ouverte. Je vous demande pardon de vous avoir effrayé également. Je me sens honteux et idiot depuis tout à l’heure. Je suis intrigué et perturbé depuis que vous êtes tombée, parce que je ne peux m’expliquer comment cela est arrivé.

-Il y avait des gens qui dansaient, n’est-ce pas? Qui jouait au piano?

-Je les ai vu aussi et je croyais qu’ils étaient avec vous.

Mais, une chose m’inquiétait. Comment ai-je pu tomber alors qu’il me tenait dans ses bras?

-Pardonnez cette indélicatesse, mais je dois absolument mettre quelque chose au clair, si vous me le permettez pouvez-vous me prendre la main, demandai-je.

-Oui, bien sûr.

Il s’avança et leva sa main vers la mienne. Il s’arrêta encore une fois avant de me toucher. Je poussai donc ma main vers lui, elle la traversa. Je restai, tout comme lui, ébahie. Mon cavalier ne comprenait pas lui non plus pourquoi ma main avait réussi à traverser la sienne. Puis, une grande détresse s’empara de moi, réalisant soudain que Jeremy n’était pas matériel. J’allai crier d’un moment à l’autre et ma respiration me parut anormalement accélérée.

-Calmez-vous je vous en prie! Je ne comprends pas plus que vous.

-Vous êtes un fantôme, un esprit malfaisant qui hante sa demeure!

-Calmez-vous, vous dis-je. Quel date sommes-nous dites-moi?

Il semblait pourtant autant sinon plus paniqué que moi. Il trouvait tout de même le temps de réfléchir pour trouver une explication rationnelle.
-Nous sommes vendredi le 13 octobre, réussis-je à articuler en gardant une distance calculée de deux mètres entre lui et moi.

-Non, je veux dire l’année.

-Nous sommes en l’an de grâce 1853.

-Je crois que je suis effectivement mort, ma dame, je pensais qu’hier était l’an de grâce 1823.
Il s’accota contre la clôture qu’il ne traversa pas. Peut-être flottait-il simplement dans les airs. Il semblait perdu dans ses pensés. Je restai figée sur place à le fixer.

-J’ignore la cause de ma mort. Je… j’aillai me marier avec une jolie fille de noble. Est-elle morte? Isabelle doit m’attendre depuis longtemps! Je… il est trop tard n’est-ce pas?

-J’ai le malheur de vous annoncez son décès. Vous le saviez. Vous la pleuriez au cimetière. Il y a une semaine, quand je vous ai rencontré. Vous ne vous en souvenez pas?

-Je crains avoir la mémoire bien courte.

-Mais, comment saviez vous pour le bal, si vous oubliez?

-Je me rappelais seulement de notre conversation. Votre invitation. Oui, nous avions parlé d’Isabelle! Ça me revient!

-Vous ignorez comment vous êtes morts, donc si vous le découvrez, votre âme sera-t-elle en paix?

Le seul désir qui me permettait de garder mon sang froid et éviter de sombrer dans la folie était de le faire disparaître à jamais! Même si pour cela, il fallait aider Jeremy à dénouer son passé! Carlos n’aurait aucun vent des présents événements et aucune histoire de fantôme ne souillerait le prix du manoir qu’il vendrait. Je me débarrasserais de lui avant que quelqu’un d’autre ne soit l’acteur d’une scène paranormale.

-En paix? Je ne serais en paix qu’en me vengeant du monstre qui a assassiné Isabelle!, ragea-t-il.

-Elle fut la pauvre victime d’un meurtre?, demandai-je.

-J’en suis intimement persuadé.

-Dans ce cas, je vous aiderais à résoudre ce mystère et après, monsieur Dorion, vous me ferez le plaisir de vous rendre au royaume des morts?

-Si nous réussissons, je ferais ce que je peux pour accomplir votre volonté.

-Soit!

Chapitre 2 : la sorcière, la forêt et le bureau

Premièrement, il nous fallait des indices pour incriminer notre mystérieux assassin. Nous étions Samedi matin et pourtant, il faisait aussi sombre qu’une nuit bien éclairée par les étoiles. Jeremy, dont j’étais la seule à pouvoir capter la présence ne m’avait plus quittée prétextant avoir des pertes de mémoire dès qu’il s’éloignait de moi. Sa présence me mettait mal à l’aise, mais je préférai qu’il soit près de moi, ainsi je pouvais épier chacun de ses gestes et m’assurer de ses bonnes intentions. Je n’avais aucune confiance en lui et il m’effrayait même parfois. Après réfections, je décidai d’aller aux archives du village, une antique bibliothèque, qui compilait tous les événements du crime le plus affreux jusqu’aux chauves-souris coincées dans un poulailler.

En traversant le hall pour me rendre à la sortie, j’aperçus encore une fois les inquiétants tableaux. Je compris alors pourquoi celui de Jeremy était le seul jeune et pourquoi ces visages me nouaient l’estomac. C’était parce que les modèles avaient été peints après leur mort! J’avalai ma salive avec difficulté. Je continuai ma route sans pour autant faire de commentaires, il aurait été imprudent que quelqu’un me trouve en train de parler à personne. Ils auraient tous douté de ma santé mentale. Je suivis le chemin de terre, traversai la grille de roses blanches et pris le chemin principal en direction de quelconque information pour résoudre mon énigme. Une brume épaisse m’empêchait de voir à plus de trois mètre et les arbres ne semblaient guère commodes avec leurs branches nues et tordues. J’entendis même des loups au loin ainsi que des bruits étranges qui me faisaient sursauter. Jeremy me rit au visage en me disant que la mort l’avait soulagé de la peur car ,après tout, la mort était notre plus grande peur, non? Mais bon, quelques miles plus tard, nous atteignîmes le village de l’Est. Il n’y avait aucun passant et pourtant nous étions le matin. Le marché devrait grouiller de femmes qui papotaient et d’enfant transportant de l’eau. Mais partout que du vide, même les maisons semblaient abandonnées à cause de leurs aspects moisis et difformes. Je n’étais pas la pour juger leurs façons de vivre, c’est pourquoi je me mis immédiatement à la recherche de la bibliothèque qui n’était point plus imposante qu’une cabane à jardinier que seul une pancarte indicative différenciait des autres.

Je cognai à la porte. Un objet de verre se cassa à l’intérieur suivi d’un juron très déplacé pour une femme, car la voie était celle d’une jeune demoiselle. Elle ouvrit finalement à la porte. Elle avait les cheveux tellement mêlés qu’on aurait pu faire croire à des enfants que dix araignées faisaient un concours de tissage de toiles dans sa chevelure. Ses yeux étaient irrités et très noirs. Elle portait une vieille robe grise et des souliers pointus. Mais, je crois que ce qui m’avait le plus frappé, c’était sa terrible blancheur. Je voyais presque toutes les veines de son corps et ses os, car la jeune femme n’était plus maigre, mais squelettique.

-Que puis-je faire pour vous, me demanda-t-elle pleine d’une assurance qui jurait avec son physique faible.

-Je me nomme Michèle Latulipe et je voudrais des informations sur le meurtre d’Isabelle…

-Thomas, m’aida Jeremy.

-Isabelle Thomas.

Les yeux de mon interlocutrices s’agrandirent à la mention de ce nom. Elle regarda à gauche et à droite de sa porte comme si elle craignait qu’on l’espionne et nous invita à entrer. Je voulais dire m’invita à entrer, car Jeremy n’est malheureusement visible que pour moi. À l’intérieur, on aurait plutôt dit un repaire de guérisseuse ou de sorcières qu’une bibliothèque. Enfin, c’était ici que l’écriteau m’avait conduit, alors je supposai être au bon endroit. Des pots contenants des substances douteuses côtoyaient des vieux grimoires, des parchemins anciens et des chats. Les chats prenaient la majorité de l’espace tant ils étaient nombreux. Il fallut en contrarier un pour que je puisse m’asseoir. La pièce était dans un état épouvantable, la poussière régnait et les chats comme des plumeaux étaient la seule manière pour la déplacer.

Je regardai mon hôte avec curiosité. Elle cherchait un livre dans une vieille étagère à moitié détruite en marmonnant des propos incompréhensibles. Puis, elle cria quand elle trouva l’objet de sa recherche, ce qui nous fit sursauter tous les deux. Je regardai Jeremy, lui qui s’était flatté de ne plus avoir peur de rien.

-Ce n’était pas de la peur, me répondit-il en levant les sourcils, c’était de la solidarité à votre égard.

Je ne pus m’empêcher un petit sourire.

-Soyez prudente, m’avertit-il, cette femme me donne une mauvaise impression. Elle est sans doute une sorcière.

D’accord, je devais me mettre sur mes gardes au cas où elle se jetterait sur mon cou avec ses griffes pointues pour me déchiqueter et placer mes organes dans ses pots sur les étagères, rassurant…

-Désolé de vous avoir fait attendre. J’ai le résumé du 23 octobre 1823, m’avertit-elle.

-C’était la journée que je croyais être hier, ajouta Jeremy.

-Pouvez-vous m’en faire la lecture?, demandai-je poliment.

-Bien sûr. 23 octobre 1823, la mère de Jeremy Dorion, Vanessa Dorion, a découvert dans le bureau de son fils les cadavres de sa fiancé, Isabelle Thomas et de sa bonne, Christine. Les deux corps n’avaient reçus aucune marque de coup, c’est pourquoi on pensa qu’il s’agissait d’un poison. De plus, les deux femmes avaient des coupes cassées près de leurs corps. Le jeune Jeremy Dorion a été découvert dans la cave à vin avec les mêmes symptômes que les deux autres. C’est la mère qui a découvert d’abord la fiancé et sa bonne. Puis deux heures plus tard, le frère benjamin, Vincent, descendit à la cave et trouva le corps gisant de son aîné. Étant le dernier de la famille, il obtint seul l’héritage à la mort de ses parents. Malheureusement pour lui, la fortune familiale fut volée par des bandits bohémiens. C’est pourquoi ils ont vendu leur propriété. Je crois que le frère est toujours vivant, il vivrait en ermite dans la forêt d’après les rumeurs. Le 24 octobre, ce fut la mise en bière des jeunes femmes et étrangement le corps de Jeremy fut installé dans le tombeau familiale directement. Aucun n’embaumeur n’eut droit de le toucher. Personne ne le veilla.

Elle se tut. Peut-être attendait-elle un questionnement de ma part? Jeremy, de son côté, fronçait les sourcils scandalisés par le manque de respect de sa famille envers lui.

-Pourquoi n’ont-ils pas veillé Jeremy comme les autres?, demandai-je.

-Ah, voilà une question des plus pertinentes à laquelle j’ai moi-même longtemps cherché la réponse! ricana la sorcière. Une femme nommée Mégane passa au manoir ce jour là. Elle dit à tout le monde que l’auteur du crime était Jeremy lui-même. C’est pourquoi l’accusé n’eut pas droit à une cérémonie et il paraît même que le prêtre l’aurait banni. Jeremy ne reposera jamais en paix pour les souffrances qu’il a fait subir à sa propre fiancé. Cependant, l’histoire ne dit pas tout très chère.

-C’est faux!, cria Jeremy. J’aurais préféré être envoyé directement au enfer que de tuer aussi lâchement la personne qui donne un sens à ma vie!

-Vous me laissez confuse, mademoiselle. Ce pourrait-il que Jeremy soit innocent?

Elle me regarda en levant un sourcil et sourit très légèrement, mais je puis tout de même voir à quel point ses dents étaient aiguisées.

-Peut-être l’a-t-on incriminé trop rapidement car, après tout, qui était cette Mégane? Que faisait son frère pour aller à la cave à vin le matin? La bonne, la mère et même la fiancé elle-même sont tous de potentiel suspect. Je ne serais dire, cela reste le mystère du manoir Dorion. Qu’importe maintenant, ils sont presque tous morts, laissons les reposer en paix et qu’ils gardent leurs secrets. Croyez-moi, il vaut mieux ne pas s’enfoncer dans cette histoire. Elle peut nous rendre malade. De plus, vous ne devriez pas voyager seule sur les chemins, c’est dangereux pour une dame comme vous.

-Je n’ai rien de valeur sur moi et mes habits de démontre guère de richesses. Je ne crains pas les brigands.

-Dans cette forêt, ce n’est pas l’or que l’on désire le plus, c’est la viande. Il y a d’étranges créatures dans ces bois. Des mythes croyez-vous? Dites-moi, croyez-vous aux histoires de loups géants?

Je hochai la tête négativement en commençant à songer qu’il serait urgent de demander congé.

-Aux gobelins? Vampire? Sorcière? Morts-vivants? Fantômes?

-Fantômes?, me surpris-je à répéter.

Elle me sourit de satisfaction. J’avais l’impression qu’elle comprenait que j’avais un problème de revenant juste parce que j’avais répondu à sa question.

-Faites attention sur le chemin du retour, mademoiselle Latulipe.

À la sortie de la bibliothèque, j’eus une mauvaise intuition, comme s’il allait arriver un malheur ou je ne savais trop. Même les beaux yeux sombres et éternellement tristes de Jeremy ne purent retirer cette paranoïa angoissante dont la sorcière m’avait si agréablement fait cadeau. Le chemin du retour risquait d’être des plus désagréables. Sans parler des mots rassurants de Jeremy à mon égard :

-Il est vrai que si j’étais un prédateur, j’aimerais bien vous attaquez. Ne le prenez pas mal, mais les tueurs ont une tendance à agresser les jolies filles plus souvent que les hommes laids.

Oui… enfin, sa présence immatériel me rassurait tout de même.
Les arbres tordus m’empêchaient de penser à quoi de ce soit. Je les surveillai et au moindre mouvement, je partirais à courir. Jeremy, dont la mort l’avait déjà aspiré dans ses profondeurs essaya de reconstituer les faits.

-C’était peut-être ma mère qui avait empoisonné un tonneau de vin, commença-t-il. Elle était défavorable à ce que j’épouse Isabelle trouvant qu’elle n’était pas une femme de ma condition. J’aurais par mégarde bu moi aussi ce vin. Ou peut-être mon frère nous a tous tués pour hériter seul des richesses ancestrales. Ou la bonne aurait pu nous tuer parce que nous ne payions pas assez bien?

-Pourquoi diable ce serait-elle tué par la suite?, lui demandai-je.

-Je l’ignore autant que l’identité de cette Mégane.

Bref, en marchant sur le chemin en terre vers le manoir, je ne cessai de sursauter à chaque craquement de feuilles dans les bois. Ce n’était pas qu’une impression! J’étais réellement suivie. Je n’osai trop répondre à M. Dorion, car je ne voulais pas attirer l’attention de ses créatures venues des fins fonds de ces bois maudits! Je marchai plus vite. Jeremy ne me serait d’aucun secours en cas d’attaque surprise. Puis, les ombres partirent. Pourquoi? Je n’allais pas tarder à le découvrir…

Une bande constituée d’une demi douzaine de bohémiens sauta des arbres et m’encercla. Ils avaient tous des longs cheveux noirs, un teint foncé, des vêtements colorés et des anneaux en or pendant à leurs oreilles. Celui qui avait un chapeau à plume ce rapprocha de moi et éclata de rire. Je les regardai tous avec un air de défi pour leur prouver ma fierté même si, à l’intérieur, j’était tout simplement morte de trouille. Quand le chef ce mit à parler, je pus apercevoir ses deux dents en or.

-Tiens, tiens… Que fait une si belle jeune demoiselle au cheveux, au teint et aux yeux foncés comme les nôtres dans cette forêt tordue par les maléfices?

-Je ne me suis pas maquillée ce matin, autrement, mon teint serait beaucoup plus blanc et je reviens du village où j’ai rencontré une sorcière étrange et quel que peu effrayante.

-Ah! Elle t’a peut-être prédit l’avenir cette sorcière?

-Non, le passé.
-Dommage!, me répondit-il avec un sourire pervers. Elle aurait pu t’avertir de ne pas passer par ici!

Sur ce, il s’élança sur moi et m’embrassa. Je le giflai. J’avais peur. J’ignorai complètement jusqu’où ces hommes pouvaient aller et ils étaient loin d’être des gentlemen. C’est de leur faute si les bohémiens ont si mauvaise réputation. Je suis bohémienne moi-même, comme ma mère, et j’étais décente. L’esprit Dorion assistait à la scène impuissant. La situation aurait pu dégénérer si la créature qui me suivait depuis mon entrer dans les bois ne s’était pas interposée. Sortie de nulle part, elle attaqua l’homme le plus près de la végétation et lui griffa profondément le bras. L’homme cria. Je n’avais vu qu’une ombre tellement la créature avait agi avec rapidité. Les bohémiens crièrent, jurèrent et accusèrent une malédiction avant de détaler en courant vers l’intérieur de la forêt. Ne sachant pas si l’arrivé improviste de mon sauveur était une bonne ou une mauvais nouvelle, je restai figée sur place en sentant mon cœur dans ma poitrine. Ce monstre venait-il de me sauver la vie ou voulait-il me garder pour lui tout seul? L’ombre se tint immobile dans les bois, toujours en gardant cette distance respectueuse entre elle et moi. Jeremy encore un peu en état de choc, car il avait eu très peur pour moi, n’avait pas remarqué cette ombre auparavant et décida d’aller jeter un coup d’œil par lui-même. Le monstre ne sentit aucunement son approche. Jeremy traversa un arbre et cria de stupeur avant de venir en courant ou flottant, je ne sais trop, à ma rencontre.

-Un loup-garou!, cria-t-il. Je l’ai vu reprendre force humaine! Il a passé de loup géant à homme et cette homme, même avec une trentaine d’année de plus, je suis près à parier que c’est mon frère, Vincent.

Mon protecteur était Vincent, le frère de mon bel esprit, Jeremy? Si c’était le cas, je devais absolument l’interroger sur la mort de son frère et Isabelle. Je tentai donc le tout pour le tout en l’invitant à venir causer avec moi. Il n’y aurait que deux alternatives, la mort ou une discussion des plus enrichissantes.

-Vincent, je vous dois la vie. Voudrez-vous marcher en ma compagnie jusqu’au manoir? J’ai quelques difficultés à m’orienter avec cette brume et je ne voudrais pas m’égarer.

Un homme habillé de haillons crasseux ressemblant à Jeremy avec ses cheveux noirs, son teint blanc et ses yeux noirs vint à ma rencontre tout surpris.

-Comment savez-vous mon nom?

-Q’importe, je me dois de vous demandez si vous savez qui a tué votre frère Jeremy.

Encore plus intrigué, le loup-garou me dévisagea quelques secondes avant de répondre.

-Ce n’était pas moi. Je ne dis pas que j’ai jamais tué accidentellement. Seulement, si cela avait été de mon fait, ça aurait été un véritable carnage, alors que là, il n’y avait rien. Pourquoi demandez-vous cela? Ça fait si longtemps qu’il est mort…

Cette dernière phrase sonna faux. Vincent l’avait dit comme s’il n’y croyait pas vraiment. Était-il déjà un monstre quand son frère était mort?
-Demandez lui comment il est devenu un monstre, me demanda Jeremy, ce que je fis.

Bien qu’intrigué par ma rafale de questions, Vincent resta poli et répondit honnêtement.

-C’était une semaine avant sa mort. Une jolie fille au nom de Mégane est venu au manoir et ma mère trouvait qu’elle était un bon parti pour moi. Bien sûr, je venais de la rencontrer et mon frère était trop occupé dans ses préparatifs de mariage pour la remarquer. Elle marchait souvent seule dans cette forêt comme vous. Un soir, elle s’est fait attaquer par une bande de loups féroces. N’écoutant que mon cœur, j’ai foncé dans la bataille et j’ai pu la sauver. Malheureusement, cela m’a coûté mon humanité. Mais méfiez-vous, madame. Je vous conseille d’arrêter immédiatement ce que vous faites et de retourner à vos affaires. Je serais contrarié s’il vous arrivait malheur. Croyez-moi, certain secret doive rester endormi. Je continuerai à vous escorter quand vous sortirez, car vous êtes jolie et il serait dommage de gâcher un aussi beau visage.

-Merci, vous êtes bien aimable.

-Même maudit, il reste un irréparable pauvre séducteur, commenta Jeremy en souriant légèrement. Mademoiselle Latulipe, je ne crois pas que mon frère mente. Nous pouvons donc effacer son nom de la liste des suspects.

-Je suis d’accord avec vous.

Nous rentrâmes dans le manoir. Peut-être la vue du bureau où Isabelle est morte ramènerait quelques souvenirs à ce pauvre et infiniment charmant Jeremy? Mais cela faisait une semaine que je vivais sous ce toit et je n’avais jamais visité une pièce ressemblant à un bureau.

-C’est une pièce dissimulée, me répondit Jeremy. Vous avez raison, cela pourrait peut-être m’aider.

-Vous lisez dans mes pensées maintenant?, lui chuchotai-je pour ne pas attirer l’attention des autres pensionnaires qui marchaient un peu partout dans le manoir pour passer le temps.

-Oui, depuis le début.

Je rougis de manière extrême à ce moment et Jeremy éclata de rire. Cela faisait une semaine que je me faisais des idées et que je l’admirais en pensées avant ,bien sûr, de découvrir qu’il était mort, cela va de soi.

-Ne vous en faites pas. Je ne suis pas timide et que vous me trouviez beau n’affecte aucunement l’opinion que j’ai de vous.

-Où est le bureau?

-Nous pourrons y accéder par la chambre des maîtres, votre chambre si je me souviens bien.

Parfait, j’irais mettre ma tenue de scène au passage. Ce soir, il y aurait un spectacle pour le village et il serait inutile de me préparer à la dernière minute. J’avertis Jeremy de ne pas passer à travers la porte pendant que je me changeai. Il sourit. Après avoir verrouillé la porte, j’enfilai mon tutu noir, mes collants noirs, mes chaussons blancs neufs, mon corset noir, celui avec la cordelette blanche assortis à la blouse moulante blanche. Je maquillai mon visage devant le vieux miroir entièrement de blanc pour ensuite me noircir les yeux, ajouter du rouge sur mes lèvres et dessiner des ronds sur mes joues. Mes cheveux n’étant pas très longs, il ne me gênait pas pendant mes mouvements, c’est pourquoi, je les laissai comme ça. J’allai avertir Jeremy de rentrer quand je le vis derrière moi, ce qui me fit sursauter. Il avait osé me regarder et je devais lui dire que j’étais très contrarié.

-Je ne suis là que depuis que vous noircissez encore plus vos yeux d’encre belle enchanteresse, me répondit-il avant que je ne le sermonne. Le bureau se cache derrière ce meuble qui vous dévisagez depuis tout à l’heure.

Donc, je déplaçai le meuble miroir sur le côté et découvris une petite porte sans poignée dissimulée. J’agrippai le report et forçai pour l’ouvrir. Elle était vraiment coincée, mais avec persévérance et les encouragements de Jeremy, je réussis à la débloquer. Un escalier montait en colimaçon dans une tour. Je montai avec précaution les marches de marbres noirs jusqu’à l’étage supérieur où m’attendait une porte verte pale en boiserie sculptée. Derrière, se tenait un immense bureau, dont les vitraux multicolores illuminaient tel un chef d’œuvre sorti d’un pays arabe. D’immenses tissus verts, oranges et rouges entièrement brodés de dessins compliqués couvraient les murs. Le bureau était en marbre blanc. Des divans et une petite table à thé prenaient leur place dans un petit coin avec leurs étranges petites cousins. De fausses orchidées embellissaient les quatre coins. Cet pièce se détachait vraiment des autres par sa décoration et sa chaleur. J’avais l’impression de rentrer dans un sanctuaire quand mes pieds chaussés se posèrent sur le sol en mosaïque. Comment d’affreux meurtres avaient-ils pu être commis dans ce lieu encore plus saint qu’une église?

-Je l’ignore, me répondit Jeremy en examinant les lieux avec nostalgie. Isabelle venait souvent me rejoindre ici.

Il rit en se remémorant des souvenirs heureux avec sa tendre fiancé.

-Elle montait toujours le plus discrètement possible et elle se dissimulait dans la pièce profitant de ma distraction pour m’embrasser quand je mis attendais le moins. Elle était si belle. Elle chantait des chansons pour me faire oublier mes problèmes et elle souriait. Son sourire était si doux qu’il aurait pu faire fondre le cœur d’un vieux prêtre. Il rit. Oui, elle ne voulait pas que je monte ce jour là. Elle ne voulait pas que je vois sa robe avant le mariage.

Je remarquai alors que les vêtements de monsieur Dorion était blanc, car c’était son habit de mariage! Même après la mort, le couple n’avait pas pu se rendre ensemble à l’église puisque Jeremy n’a pas reçu les derniers sacrements et l’honneur d’être accueilli par Dieu. C’était une bien triste histoire.

-Elle était trop heureuse pour mourir!, cria Jeremy laissant exploser sa rage. Je lui avais promis de la marier et de la rendre heureuse jusqu’à la fin de sa vie! Pourquoi?

Il pleura quelques larmes avant de se ressaisir. Il reprit sa posture fier et me dit calmement :

-Partons, nous devons trouver le meurtrier et le punir.

J’acquiesçai. De toute façon, je ne voulais pas rendre encore plus malheureuse une âme en peine.

Chapitre 3 Le cocasse, la bonne aventure et la tombe

Je descendais les escaliers de la salle de bal quand Pablo, le trapéziste dont le manque de charme était dissimulé sous un épais maquillage blanc qui le rendait acceptable, m’invita à répéter avec lui. L’équipe avait déjà installé les filets dans la salle de bal, car c’est dans cette immense salle que le cirque donnerait sa représentation. Voulant rester poli, j’acceptai, remettant à plus tard mon enquête. Jeremy me foudroya du regard en me maudissant et menaçant de me hanter toute ma vie. Tant pis, il attendra.

Je montai précautionneusement sur un ballon. Pablo fit de même. Nous, nous faisions face. Il avait des balles dans les mains et commença à jongler pour ensuite m’envoyer les balles pour que nous jonglâmes ensemble.

-Tu as fait des progrès, me félicita-t-il.

-Oui, je veux impressionner Carlos au spectacle.

-Tu es la seule qui fait autant d’effort pour lui plaire et il semble ne pas le remarquer, c’est étrange.

-Non, il est juste beaucoup plus exigent avec moi.

-Pourquoi?

Je souris, je n’allais pas lui dévoiler toutes mes cartes du premier coup.

-Je l’ignore.

-Michèle, sa fait longtemps que nous cohabitons ensemble, je me demandais si…

Il devint soudainement rouge. Jeremy a côté de moi m’empêchais grandement de garder ma concentration! Il avait une idée fixe et voulait retrouver ses souvenirs en visitant le cimetière. Soudain, j’eus une intuition, comme celle que j’avais eu à la mort de mes parents et celle de mon oncle. Une intuition de danger contre ma personne où une proche de moi à cet instant. Pablo allait-t-il connaître une mort prématurée? Je devais m’en assurer. Je lui ordonnai sèchement d’arrêter de jongler, je sautai de mon ballon et fonçai chercher mon jeu de tarot avant de revenir à lui.

-Que vous prend-il, demanda Pablo et Jeremy étrangement synchronisés.

-J’ai une mauvaise intuition…

J’avais déjà expliqué à Pablo que mes prémonitions n’étaient jamais de bonne augure et il me regarda d’un air grave comprenant qu’il était le seul en ma présence pendant ma vision et que seul lui pouvait être l’objet du malheur. Je brassai les cartes. Évidemment, comme je m’y attendais, je tirai la mort. Je restai figé. La carte était coupée en deux.

-Cette personne va mourir à moitié, répondit Jeremy en essayant d’assimiler le fait que je possède quelques dons de clairvoyance qui m’aidait justement à capter sa présence.

Je quittai Pablo en lui interdisant de sortir du manoir. C’était mon seul ami, je ne voulais pas qu’il meure pour rien au monde. Je pouvais paraître étrange parfois, mais les personnes que je déteste le plus sont souvent celles que j’aime le plus. En marchant au côté de Jeremy dans le cimetière, je lui expliquai comment j’avais autrefois découvert ce pouvoir et que le résultat fut la tragique mort de mes parents dans des circonstances mystérieuses. Nous n’avions jamais découvert ni le meurtrier ni sont motif. Nous arrivâmes ainsi devant le tombeau familiale de la famille Dorion et je forçai la grosse chaise qui bloquait l’entrée avec une pèle que j’avais apportée à cet effet. Je laissai Jeremy entrer seul, car l’idée d’être entouré de morts ne m’attirait absolument pas. Mais, étant immatériel, Jeremy ne pouvait soulever le couverte de son propre cercueil de marbre blanc. Quel cercueil d’ailleurs, le plus beau du tombeau, étrange qu’il fut remis au délaissé de la famille. J’entrai donc dans la tombe. Heureusement, le marbre des cercueils étaient solide et aucun ossement ne dépassait les limites à mon grand soulagement. Je n’avais aucune envi d’ouvrir celui de Jeremy.

-Monsieur Dorion, commençai-je, cela fait trente ans que vous êtes mort. Je crains se que nous pouvons découvrir en ouvrant cette pierre, car vous ne serez pas squelette, mais momie. Aucun air ou insecte n’a pu pénétrer cet œuvre d’art, donc vous serez comme un corps sec.

J’essayai de le convaincre, mais il insista tellement que je n’eus d’autre choix que d’obéir pour le salut de ma santé mentale. On ne pouvait débattre avec un spectre quand on voulait qu’il disparaisse et qu’il le savait pertinemment. Enfin, je fermai les yeux, pris une grande bouffée d’air et poussai le couvercle de toutes mes forces. Il était mince, mais tout de même très difficile à déplacer. Je m’éloignai en gardant le yeux fermés et tournai de dos en entendant que Jeremy finisse son inspection et que je replace le tout.

-Je ne comprends pas, dit la voie intriguée de Jeremy.

-Quoi donc?

-Comment cela est-il possible?

Ma curiosité ayant toujours vaincu mes peurs, je conclus que j’allais jeter un coup d’œil par moi-même. Je me retournai lentement en craignant le pire et vis d’abord un Jeremy Dorion habillé de blanc avec un chapeau haute forme accoté sur la tombe d’un deuxième Jeremy en parfait état habillé de noir, les bras croisés sur la poitrine. Je m’avançai aussi confuse que le spectre et à mon grand étonnement, je me surpris à vérifier s’il avait un pou. Il semblait simplement être dans un profond sommeil. Non, aucun pou et glacial comme la mort. Son décès avait bel et bien eu lieu, mais pourquoi son corps n’avait-il pas décomposé? D’accord, il semblait un peu plus sec, mais pas tant que ça. Pas assez pour trente ans!

-Vous êtes bien mort, mais…

-Oui, j’ai compris. Je lis vos pensés vous semblez l’oublier. Peut-être qu’une sorcière m’a maudit pour empêcher mon corps et mon âme de reposer en paix?

-La sorcière du village?

-Non, peut-être bien ma propre mère, répondit-il avec ironie.

Chapitre 4 La mère, le dîné et révélations

J’avais déjà visité la chambre de la mère Dorion, cependant je n’avais pas découvert toutes ses cachettes secrètes. Une morceau du plancher en acajou se soulevait ici, un tableau cachait une petite trappe là, un coffre en fer doré se tenait sous le lit et je ne parle pas encore des tiroirs à double fond et des herbes et craies écrasés sous les bougies du lustre! Un attirail de sorcière accomplie comprenant des craies, des herbes, des bougies, des bocaux étranges, des cœurs de rats séchés, des queues de lézards, des graines de citrouilles, un chaudron, un chapeau et des souliers pointus, des substances indescriptibles et un vieux grimoire se dressait fièrement devant nous avec arrogance. Il nous défiait de résoudre leurs mystères puisque Madame Dorion n’était plus des nôtres. Enfin, Jeremy ne faisait plus vraiment parti du «nous» puisqu’il avait lui aussi trépassé. Je ne pensais qu’à des idioties et je réalisai avec honte que Monsieur Dorion lisait mes pensées! Il me sourit à cette dernière pensée.

-C’est étrange. Quand vous pensez à moi, vous m’appelez par mon prénom, alors que quand vous réalisez que j’entends vos pensées, vous m’appelez monsieur Dorion en pensées.

-Vous n’avez qu’à ne pas épier mes divagations, rétorquai-je avec irritation. Dites moi vos conclusions de tout ceci au lieu de palabres inutiles.

-Très bien. Ma mère fut une sorcière, commença-t-il. Je m’en doutais un peu mais ,jusqu’à aujourd’hui, je n’avais jamais eu de preuves formelles. Elle s’enfermait dans cette pièce et récitait d’étranges paroles. Ma foi, je pensais qu’elle devenait folle. Elle chantait des incantations. Mais, je ne savais pas qu’elle avait été aussi loin dans sa folie. À mon souvenir, elle avait encore de la difficulté à parler latin quand je suis mort.

Il me vint une illumination! Peut-être que Vanessa Dorion avait commencé la sorcellerie à cause de la malédiction de Vincent. Elle espérait le guérir grâce à d’occultes ensorcellements! Elle aurait débuté quelques temps avant la mort de Jeremy et aurait continué jusqu’à sa mort pour sauver Vincent qui n’était toujours pas près de sortir de sa monstruosité.

Jeremy me regarda avec étonnement.

-Vous avez sans doute raison, ce serait parfaitement logique.


Avec tout ça, j’avais oublié de me reposer quelques instants pour me restaurer et mon estomac me le rappela violemment. Je trouvai une miche de pain au cuisine et m’assis dans la grande salle avec Jeremy pour le déguster. Pablo vint s’asseoir à mes côtés. Il semblait soucieux, chose tout à fait normale quand une voyante vous avait annoncé votre mort! Cela m’inquiétait aussi. Pablo ne devait quitter les lieux.

-Ce dont je voulais m’entretenir avec vous tout à l’heure était de la plus haute importance. Puisque je vais sûrement mourir en m’endormant ce soir, j’ai pris de nouvelles résolutions pour la journée qu’il me reste. Michèle, voulez-vous…

Il hésita.

-Faire le numéro de jonglerie avec moi, finit-il déçu de lui même.

-Oui, certainement, avec joie. Je vous donne ma parole, vous ne passerez pas dans l’autre monde au crépuscule. Je trouverai ce qui trouble les esprits des lieux et les malédictions nous laisserons en paix. D’ailleurs, tu es né sous une bonne étoile, Pablo.

-Oui, mais si je meures tout de même. Pourrais-je au moins savoir qu’elle lien il y a entre toi et Carlos? Pourquoi est-il plus exigent avec toi alors que tu t’améliores de jours en jours? Ça ne fait que trois semaines que tu es acrobates, c’est une évolution incroyable!

-D’accord, je vais te le dire. Mais, ne le dis à personne, car cela ruinerait son honneur ainsi que celui de ma mère et de mon… père, dis-je avec hésitation. Carlos aimait ma mère. Je suis son enfant n’as-tu pas remarquer que je lui ressemble beaucoup plus qu’au mari de ma mère. Voilà, c’est tout.

-C’est incroyable tu veux dire! Est-ce qu’il le sait?

-Sûrement, mais il ne ignore que ma mère m’a révélé son secret.

Chapitre 5 L’enlèvement de la descendance

Il devait être trois heure de l’après-midi quand je terminai mon piètre et fugace repas. Pablo essayait de dire quelque chose d’important, cependant il n’y parvenait jamais et détournait sans habileté la conversation. Je secouai mes épais cheveux noirs et frissonnai. Déjà, le soleil disparaissait doucement dehors et la nuit amenait avec elle sa brise glaciale de novembre. J’allais poursuivre mon expédition avec Jeremy qui naturellement ne se plaignait pas de la température. Pourquoi diable personne n’allumait de feu? Enfin, je montai chercher mon vieux manteau qui fut jadis noir et qui paraissait sur moi plus ou moins dans les teintes de gris moyen. Un homme en haillon entra dans la salle de bal. Les artistes, les bohèmes qui rencontraient son chemin lui laissaient le passage avec un mélange étrange de crainte, de curiosité, de dégoût et de respect. Cet homme, rongé par son mal n’était nul autre que Vincent. Je restai plantée telle une courge dans l’escalier luxueux. Il me fixa avec une infini tristesse. Un cercle de curieux se forma progressivement autour de lui et de l’escalier. Puis, en pleurant, il commença un discours des plus terrifiants :

-Madame, je vous avais prévenu de ne pas vous aventurez en terrain défendu. Vous ne méritez pas ce qui va vous arrivez. J’en suis affreusement désolé. Je n’y peux rien, on m’y oblige. Une jeunesse telle que la votre devrait s’épanouir avec les fleurs des quarante prochains printemps. En fait, j’ignore ce qui va arriver, mais j’ai reçu des ordres. Désolé pour mes maladresses, cependant il est dans mon obligation de vous amenez avec moi.

-Vous ne me tuerez pas?

Il se tut et détourna le regard. Il espérait sans doute ne pas avoir à me tuer. C’était étrange, puisqu’il n’y a que quelques heures à peine, il voulait me protéger parce que j’étais jolie. Au moins, je réalisai avec un petit soulagement que ce n’était pas Pablo qui n’allait pas connaître les joies matinales de ce réveiller le lendemain, c’était moi. Je regardai Pablo et lui souris tristement avant d’être importé sur une épaule de cette bête costaude. Il cria mon nom, mais mon kidnappeur sortit trop rapidement du manoir pour qu’il essaya quoi que ce soit contre lui. Finalement, c’était Vincent le tueur. Il avait tué Isabelle, la bonne et Jeremy! D’ailleurs, ce dernier flottait derrière nous avec la même rapidité que Vincent.

-Je ne sais pas s’il m’a tué, madame, commenta-t-il après avoir lu mes précédentes pensées, cependant il affirme agir sous les ordres de quelque d’autre. Qui cela peut-il bien être?

Il y avait la mère Dorion qui aurait pu trouver un sort pour prolonger sa vie et contrôler la créature qu’était devenu son fils, ou Vincent hallucinait-il lui même cette autre personne, ou encore la fameuse Mégane dont je n’avais pas encore appris grand chose. Le père Dorion, lui, où était-il le soir du meurtre?

-Mon père est mort bien avant que mon cœur n’appartienne à Isabelle, m’éclaira Jeremy qui continuait de suivre son frère.

D’ailleurs, Vincent fonça dans la forêt avec une agilité et une vitesse déconcertantes. Ses pieds déchaussés devinrent des griffes et ses jambes multiplièrent les poils. Bien qu’il fut encore très tôt, le ciel avait déjà sombré dans la noirceur et la lune pleine éclairait le passage. D’après les livres que j’avais lu quelques années plus tôt, il existait trois stades à un loup-garou. Le premier semblait humain, le deuxième permettait une transformation partielle ou animale qui signifiait une métamorphose en loup normal à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit. La troisième changeait l’homme en monstre géant bouffeur de cœur, incontrôlable tueur de la nuit. Peut-être est-ce parce qu’il n’était que trois heure, mais le loup-garou se contrôlait complètement et ne montrait aucune envi d’arrêter son chemin pour dévorer les organes de ma cache thoracique. Après une quinzaine de minutes de cette course effrénée, nous arrivâmes à une cabane de chasseur délabrée dont je soupçonnai être la demeure de l’auteur de ma prochaine séquestration. Nous entrâmes dans l’unique pièce remplie de pièges en métal, d’un lit déchiqueté dans le coin et d’une table prenant le quart de l’espace. Vincent se concentra et redevint lui-même à bout de quelques efforts et soupira de douleur, ce qui me donnai froid dans le dos. Puis, après être redevenu complètement lui-même, il regarda ses pieds lamentablement. La peur commença a me gagner. Qu’adviendrait-il de moi? Bon sang, j’allai mourir avant d’avoir connu l’amour, avant d’avoir gagné le cœur de milliers de spectateurs des quatre coins du monde et avant d’avoir dit à Carlos qu’il comptait beaucoup pour moi puisque je savais qu’il était mon vrai père. Je regardai Jeremy qui lui n’avait pas pu assister à son mariage et je trouvai la vie encore plus injuste!

-Je ne suis qu’un lâche, dit Vincent. J’avais l’ordre de vous amener à mon maître, mais je ne l’ai pas fait. Elle vous aurait tué! C’est ce qu’elle fait souvent avec les jeunes personnes que je lui amène. Je ne désire pas votre mort, car j’ai l’impression que vous comprendrez bientôt et pourrez accomplir ce qu’il m’est impossible de faire. Je suis un homme d’honneur. Je vous ai promis la protection dans le bois et je vous l’offre toujours. Par contre, ma maîtresse souhaitera votre mort, c’est pourquoi je vous conseille de fuir loin d’ici. Partez loin de cette région et revenez terminer votre mission quand vous aurez suffisamment profité de la vie. Au revoir, mademoiselle je vous suggère de suivre mon conseil.

Sur ce, il sortit et se fit absorber par les ténèbres. Mon cœur battait la chamade. Je regardai Jeremy dont le regard insistait à fuir rapidement. Je m’élançai à mon tour pour me fondre dans les ombres nocturnes. Une personne normale aurait habituellement éprouvé de la difficulté à circuler dans cette forêt obscure, cependant je n’étais pas une jeune fille normale. Je voyais presque aussi bien qu’en plein jour. C’était étrange puisque des nuits noirs je ne voyais rien et d’autres je marchais aisément, je supposai que cela avait un rapport avec mon état d’esprit. Je courus désespérément en essayant de trouver la route dans ce labyrinthe de branches et de grosses racines quand je trébuchai et tombai contre des pieds pointus. C’était la sorcière de la bibliothèque qui ramassait des feuilles de chênes et des glands par hasard pendant une nuit ou plutôt tard dans l’après-midi éclairé par la pleine lune. Elle m’aida à me remettre sur mes pieds.

-Faites attention ma chère, dit-elle étrangement avec une intonation presque sensuelle, la forêt est en colère la nuit. Elle rêve de sang frais. Toutes ses créatures vous regarde avec envi!

Elle se mit à rire de façon effrayante et je dois avouer que j’eus peur, mais rassemblant ce qui me restait de bon sens et de dignité, je demandai :

-Pouvez-vous me dire où se situe la route?

-Je vous y conduis sinon vous n’y arriverez jamais. Suivez-moi.

Elle se promenait avec une démarche plus fluide et féline qu’à mon souvenir. De plus, ses cheveux emmêlés étaient tout bonnement devenus aussi lisses et soigneusement peignés que ceux d’une princesse égyptienne. À croire qu’elle avait passé le reste de sa matinée à se battre avec et qu’elle avait remporté une victoire écrasante contre sa chevelure. Elle semblait plus vivante, moins squelettique, aussi blanche par contre ce qui était normale pour une sorcière qui ne sortait que la nuit. Mon guide était très belle, anormalement attirante. Je me dis que cela devait être une illusion optique. Nous marchâmes dans les bois et je mémorisai le chemin au cas où je devrais retourner à la cabane.

-Vous savez ces renseignements que vous m’aviez demandé ce matin. Si cela vous intéresse, j’ai retrouvé le journal de Vincent et j’ai appris des faits évidents sur sa culpabilité dans le meurtre d’Isabelle.

-Quoi donc?, demandais-je avec synchronisme en même temps que Jeremy.

-Figurez-vous donc que Vincent était amoureux d’Isabelle et qu’il envisageait de tuer son frère pour la conquérir! Il aurait mis du poison dans son vin pour empêcher son mariage! Voilà, l’énigme est résolue! Ne m’en remercier pas surtout, je n’ai pas chercher pendant trois heure pour rien.

-Pardonnez-moi, je vous remercie pour ses éclaircissements, mais pourquoi aurait-il tué la femme qu’il aimait et la bonne par la même occasion?

-Sûrement un accident, répliqua-t-elle.

-Vous avez peut-être raison.

Elle me reconduisit jusqu’au manoir, car il faisait subitement beaucoup trop noir et cela dû au fait que ma peur s’était légèrement estompée avec la compagnie quelque peu rassurante de la sorcière. Avec mes yeux redevenus normaux à l’instant où ma panique avait cessé, le chemin me paraissait beaucoup trop dangereux, donc aucun départ n’aurait lieu ce soir. De plus, le spectacle allait commencer dans deux heures et déjà, quelques voitures et charrettes tirées par des chevaux arrivaient au porte du manoir Dorion. Les nobles et paysans se hâtaient inutilement pour profiter des meilleurs sièges du spectacle. Je rentrai et avisai tout le monde que je me portai bien. Ils m’interrogèrent, mais je me tus en affirmant que c’était quelqu’un qui m’avait fait une blague de mauvais goût dont je ne mentionnerais pas le nom. Pablo pleura presque à ma vue tellement il avait craint que la faucheuse soit venue me récupérer trop tôt. Je dis à tous que j’aillai remettre de l’ordre dans ma toilette et je montai dans ma chambre avec Jeremy. Quand j’arrivai, Jeremy se mis à ma grande surprise à crier de douleur, chose tout à fait anormal quand vous êtes mort. Je le regardai souffrir pendant quelques minutes jusqu’à ce qu’il se calma. Il me fixa ensuite avec un immense étonnement.

-Que vous arrive-t-il?, l’interrogeais-je.

-Je l’ignore, réussit-il à articuler. C’est comme si j’étouffais alors que je ne respire même pas et que tout à coup je me sentis étirer et transpercer partout dans mon être.

-De la sorcellerie? Du vaudou?

Il ne répondit pas perdu dans ses pensées. Je regardai mon miroir et constata des dégâts d’une aventure pédestre sur mon maquillage. Je me maquillai de blanc par dessus mon maquillage. Je pris le rouge à lèvre et m’en peignis les lèvres en dévisageant