Lire c'est magique!
Écrire c'est féérique!
Et garder son coeur d'enfant; c'est s'émerveiller devant la beauté du moment présent.



Cette photo représente un voyage fantastique au pays du rêve et de l'imaginaire.
Jean-François et Alexandra espèrent qu'elle t'inspirera!

DE LA LECTURE À TE FAIRE RÊVER


L'odyssée fantasmagorique de Janie Jolly

Francine Blanchette


 
livre et jeux
pochette dirou

 


Concours : « Jeunes auteurs en verve » Écris-nous un conte ou une histoire !

CONCOURS JEUNESSE 2006-2007

Description de l'élève

Nom Geneviève Chagnon, 15 ans
Ses motivations pour le concours Depuis que je suis toute petite, je vais aller à la bibliothèque emprunter des livres et je les lis un à la suite de l'autre pratiquement sans arrêt. Il y a de cela un peu plus d'un an, je me suis découvert une nouvelle passion : l'écriture. Je n'avais jamais eu la chance encore de participer à un concours pour les jeunes écrivains. Je crois que celui-ci est une expérience qui me sera enrichissante et je sais que j'ai la capacité de réussir !
Descriptions de l'élève J'aime la lecture (j'ai lu 35 livres l'an dernier... oui oui je les ai comptés) , la musique (francophone surtout),l'écriture. Ce que je n'aime pas c'est la pauvreté, la pollution,ceux qui critiquent ou maltraitent les gens pour un rien. Certains trouvent que je suis trop gentille mais je ne peux faire autrement, je suis née comme ça.Un des mes rêves serait de pouvoir un jour publier une de mes histoires et mon but dans la vie est de toujours garder le sourire et de trouver le bonheur que tout le monde s'arrache. Je crois bien que je suis sur la bonne voie. Je suis une fille très occupé: je fais du patinage artistique , du ballet , j'enseigne le patin à de jeunes enfants,je joue du violon de puis plusieurs années et je fais partie du gouvernement étudiant de mon école.

Au cœur de ma vie

Dans un coin de sa chambre, debout devant un lutrin, Héloïse fait jouer son violon sur un air rythmé. À sa fenêtre, un oiseau l’accompagne d’un sifflement joyeux. Cette mélodie fut interrompue par la voix de sa mère qui, du bas de l’escalier, l’appela pour qu’elle vienne prendre son déjeuner. «Je descends tout de suite Maman !, dit-elle en dévalant l’escalier.»

Il lui restait à peine 5 minutes pour manger. Elle attrapa une orange et un croissant au passage et sortit par la porte de derrière sans même dire un mot.

En mettant le pied dehors , le soleil d’automne l’aveugla. Un soleil éblouissant et réconfortant quand on le regarde . Autour d’elle, les couleurs s’entremêlaient, allant du vert jusqu’au rouge en passant par le orangé. Quel spectacle magnifique que de regarder la nature se préparer pour l’hiver.

Héloïse n’a pas le temps de rêver bien longtemps, car au coin de la rue l’attend Olivia Lambert , sa meilleure amie. Celle-ci commence à s’impatienter et Héloïse l’a bien vu alors elle presse le pas. Arrivée à ses côtés, elle se justifie de milles excuses jusqu’à ce qu’Olivia lui dise que si elle continuait son cirque, elles n’arriveraient pas à l’école avant le mois prochain .

Cette journée fut semblable aux précédentes : devoir de ci , devoir de ça , recherche à terminer , présentation orale à préparer et cela ne finit plus . Sur le chemin du retour , qu’elle faisait toujours en compagnie d’Olivia , Héloïse fit un compte rendu de la journée comme à son habitude : « Une seconde de plus et j’allais m’endormir en math. pas toi ?
- Oui, moi aussi. C’est hallucinant comme le prof parle pour rien dire. Quand ça fait trois fois qu’il explique le numéro 4 même si tout le monde a compris , c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
- C’est peut-être parce que lui, il n’avait pas compris , dit Héloïse en pouffant de rire. Avais-tu de la géo. aujourd’hui ?
- Non, heureusement. Je n’avais pas le goût mais pas du tout de me faire traiter comme une enfant de 3 ans aujourd’hui.
- Chanceuse !Moi j’ai dû endurer les réprimandes de Mr. Bourque juste avant de manger ce matin. Je peux te dire que ça donne mal au cœur. C’est pas parce qu’on n’est pas aussi passionné que lui par la géographie , qu’il est obligé de nous traiter comme des enfants. S’il adaptait son cours pour des élèves de 15 ans , peut-être qu’on serait plus motivé.
- Ça c’est certain, acquiesça Olivia. Bye bye , à demain Hélo.
- Ouais, à demain.

Les deux jeunes filles se quittèrent au coin de leurs rues respectives. En entrant chez elle , Héloïse laissa tomber son sac à dos sur le tapis, se dirigea vers la cuisine , se versa un grand verre de lait et par la suite , elle monta l’escalier aussi vite qu’elle l’avait descendu ce matin.

Ses parents n’étaient pas encore revenus de travailler , ce qui lui laissait un peu de temps pour perfectionner sa pièce. Elle ouvrit la porte de sa chambre, vit l’instrument sur son lit et cela lui redonna le sourire. Elle prit le violon et recommença la pièce là où elle l’avait laissée quelques heures plus tôt. Elle n’avait aucune seconde à perdre, chaque fois qu’elle avait un moment libre, elle devait pratiquer sa pièce, car deux semaines plus tard, elle donnait un concert à l’église du village .

Ce n’est pas que sa pièce n’était pas prête à être présentée , loin de là. C’est seulement que Héloïse est très perfectionniste ; lorsqu’il est question du violon et encore plus lors des concerts, elle stresse pour un rien. Donc, plus elle se prépare mentalement , plus elle est confiante .

Après une heure intensive, Héloïse prit une pause bien méritée. Ses doigts commençaient à être douloureux et son estomac lui, criait famine. Ses parents arrivèrent à 18 : 30. Sa mère mit sa fameuse lasagne extra-fromage au four et Héloïse dressa la table. Une quinzaine de minutes plus tard, toute la petite famille était assise autour de la table et complimentait Isabelle, la mère d’Héloïse, pour ses doigts de fée en matière de gastronomie.
- Pourquoi es-tu si silencieuse ma chérie ? dit Isabelle.
- Je chantais l’air de ma pièce dans ma tête.
- Tu ne trouves pas que cela prend beaucoup de place dans ta vie ces derniers temps. Il ne faudrait surtout pas que cela nuise à tes études.
- Tu t’inquiètes pour rien maman. Tout va très bien, assura Héloïse.
- Oui, sans doute, mais je crois quand même que tu devrais prendre une pause pour quelques temps.
- Ne recommence pas. On a eu cette discussion là au moins 20 fois et ça finit toujours pareil. J’aime jouer du violon , tu ne pourras jamais m’empêcher d’en jouer. Peux-tu comprendre ça? dit-elle en montant le ton.
- Ok. On se calme les filles. C’était une belle soirée jusqu’à maintenant et j’aimerais que ça le reste, s’interposa Antonin, son père.

Héloïse envoya un regard noir à sa mère et monta à sa chambre. Elle se coucha sur son lit, souleva le coin droit du matelas et en sortit un joli journal intime bleu océan aux reliures dorées. Aucun cadenas pour le fermer, Héloïse avait confiance en sa cachette. Chaque soir, avant de se coucher , elle écrivait ses peurs , ses joies, ses rêves les plus fous ,ses questionnements, ses amours d’adolescente et tout ce qui se passait dans sa vie. C’était sa façon de se défouler… après la musique bien sûr. Elle prit le stylo à bille déposé sur sa table de chevet le soir précédent , ouvrit le journal et commença à écrire :
« Cher journal,
Aujourd’hui , la guerre a encore failli éclater au souper. Par chance ,mon père était là pour faire le modérateur. Pourquoi ma mère veut à tout prix que je prenne une pause ? Je n’en ai pas besoin, je suis passionnée par ce que je fais. C’est ce qui compte, non ? Les parents cherchent toujours à nous empêcher de faire ce qu’on aime, de peur que ça nuise à nos études. C’est injuste. En tout cas, moi, si un jour ma mère m’obligeait à arrêter de jouer du violon, je crois que je fuguerais! Sans blague. Il n’y a personne de plus sérieux que moi sur la terre, en ce moment. Bon, il est tard. Le sommeil m’appelle. Je souhaite que tout ça s’arrange pour le mieux. Bonne nuit ! »

Héloïse serra son journal en-dessous de son matelas, ferma sa lampe de chevet , cacha sa tête dans les couvertures et s’endormit presque aussitôt.

* * *

Six heures cinquante minutes, le réveille-matin sonne pour la troisième fois. Héloïse réagit enfin. Elle sort sa tête de dessous ses draps, jette un coup d’œil au cadran et saute du lit aussi vite que l’éclair. Qu’ils sont amusants ces matins où l’on se lève en retard!

Héloïse se dirige vers sa penderie, prend son uniforme : pantalon bleu marin, chemise blanche et débardeur bleu pâle avec de légères lignes bleu marine. Après s’être habillée, direction la salle de bain. Elle n’est pas du genre à se pomponner beaucoup, mais le maquillage est toujours utile lorsque la nuit a été courte. Pour accentuer le brun noisette de ses yeux, elle dessina une délicate ligne noire dessous ceux-ci. Un peu de fond de teint par-ci, de brillant à lèvres par-là et la voilà rendue à la troisième étape, ses cheveux. Héloïse a les cheveux brun pâle avec des reflets dorés qui ondulent quelque peu. Ce matin , pourquoi se compliquer la vie, elle décida de se faire une couette toute simple.

Malgré son retard , il lui restait vingt minutes pour manger. Elle se dépêcha quand même pour ne pas faire attendre une seconde fois Olivia dans la même semaine. Elle chercha dans toute la cuisine son lunch, sans jamais le trouver. Ce devait être encore Sibelle, sa sœur de 10 ans aussi énergique qu’un chiot, qui l’avait pris en pensant que c’était le sien, comme d’habitude. Pas plus grave que ça… pour l’instant. Héloïse remonte à sa chambre , prend son porte-monnaie et part à toute vitesse vers l’école.

Aujourd’hui, à la première période, elle avait du français. Après la musique, le français est sa matière préférée. Elle aime écrire des histoires à dormir debout ou des articles très instructifs. Plus tard, si elle ne prend pas le chemin de l’orchestre symphonique, elle prendra sûrement celui du journalisme. C’est pour cela qu’elle tient à écrire son journal intime : pour se pratiquer à écrire des textes quotidiennement.

Après le français , place à la biologie pour la dissection du cœur. Héloïse n’est pas très à l’aise dans ce genre d’activités. À la fin de la période , elle était rendue pratiquement verte. Par chance, elle n’eut pas de difficulté à avaler son dîner.

Pour terminer la journée , après-midi assez léger : éducation physique et musique.

De retour chez elle, rencontre fatale entre deux sœurs.
- La première fois ça va, la deuxième aussi, mais la troisième c’est pas mal ma limite, dit Héloïse sans prendre le temps de respirer.
- Tu pourrais dire bonjour avant de m’attaquer et premièrement, qu’est-ce que je t’ai fait ?? répliqua Sibelle.
- Ah! Rien du tout! Seulement que, à cause de toi, j’ai dû manger les trois boulettes d’un animal supposément mangeable trempées dans une sauce plutôt douteuse accompagnées de patates aux fines herbes trop pâteuses au goût de tout le monde. Comme tu peux le voir, ma description du repas est très précise ; je l’ai tellement examiné avant de me risquer à l’ingurgiter !
- T’es pas morte à ce que je vois, dit Sibelle en se levant du sofa pour regarder Héloïse dans le blanc des yeux, même si elle lui arrivait au menton.
- C’est pas ça le problème !… Héloïse prit une grande pause et reprit sa lancée avec toute l’énergie qu’il lui restait. Le problème, c’est que ma chère sœur, ou devrais-je dire « Princesse Sissi » , me vole mon lunch parce qu’elle n’a pas envie de dîner à la cafétéria.
- C’est juste pour ça que tu montes sur tes grands chevaux? Ça t’en prend pas gros la vieille, cria Sibelle tout en montant l’escalier le plus vite possible afin qu’Héloïse ne puisse pas la rejoindre et lui fasse passer un mauvais quart d’heure.
- T’as pas fini d’entendre parler de moi !! Je te jure que papa et maman vont être au courant, dit Héloïse pour avoir le dernier mot.

La colère bouillonnait encore beaucoup au fond d’elle, pour la faire taire, elle décida de partager toutes ses émotions avec son bon vieux journal. Elle empoigna le journal et choisit d’écrire avec un stylo noir, pas de coquetterie pour elle aujourd’hui. Il fallait bien qu’en le relisant elle reconnaisse le même décor de frustration. Voilà ce qu’elle écrivit :
« Cher journal,
Pourquoi lorsque le courant passe bien avec une personne, il faut que ce soit le contraire avec une autre ? Il n’y a pas moyen de passer une belle journée sans anicroche ?En regardant les dernières semaines que j’ai passées, il faut croire que non. Les petites sœurs… Les petites sœurs, pourquoi ça existent au juste?Sûrement qu’un beau jour au paradis notre cher créateur a décidé que la vie était trop belle et là, il trouva l’idée du siècle… LES PETITES SŒURS…c’est là que l’enfer commença. Ne crois rien du pommier, du serpent et de la pomme d’Adam… tout ça ce n’est que des sottises. Sibelle, c’est un nom si doux et agréable à l’oreille. Peux-tu croire qu’elle est une vraie peste ?Elle fait tout, mais absolument tout, pour me mettre des bâtons dans les roues. Elle m’énerve … Elle m’énerve … ELLE M’ÉNERVE !!! Heureusement que j’ai la musique et toi mon beau journal pour me défouler. Bon assez parlé, je dois maintenant me mettre au travail. Ce n’est pas en t’écrivant que je vais réussir à jouer du violon comme il se doit. À bientôt. »

À ce dernier mot, Héloïse ferma son journal, prit son violon et son archet , se plaça devant son lutrin et fit les premières notes de la pièce. « Rrrrréééé, shhhh…, Laaa, shhhh…, Sssiii bémol, shhhh…». Mais qu’est-ce c’était que ce bruit ?? Un son persistant et surtout fatiguant et cela semblait venir du précieux instrument d’Héloïse. Après une inspection très pointilleuse, Héloïse ne trouva rien d’anormal. Toutes les cordes étaient en place, aucun morceau ne manquait, mais où était le problème alors. Elle ne pouvait se résoudre à ce que son violon soit défectueux. Il n’y avait qu’une seule hypothèse probable…quelqu’un avait saboté son violon à son insu. Une seule personne pouvait avoir commis le crime. Quelqu’un qui ne désirait pas vraiment qu’elle poursuive ce passe-temps : sa mère, Isabelle Allard, 40 ans ,toutes ses dents et vaccinée.

Comment a-t-elle seulement osé penser à ce geste haineux et de plus le mettre en pratique par la suite ? Héloïse ne savait pas comment réagir. Une grosse boule s’était formée dans son estomac et elle n’avait pas les idées claires non plus. Qui aller voir en premier? À qui se confier ? Rester, partir ? Tout se bousculait dans sa tête et aucune solution ne semblait être la meilleure. Peut-être devait-elle parler à sa mère avant de décider la suite ou bien partir sans laisser de note pour qu’Isabelle s’inquiète un peu.

Elle n’a pas eu le temps de réfléchir bien longtemps, car sa mère arriva du travail au même moment où la rage bouillonnait au fond d’Héloïse. Elle décida de vider son sac et d’en finir au plus vite avec cette histoire.
- Je sais que tu trouvais que j’exagérais, mais ça, je ne te le pardonnerai jamais… m’entends-tu?… jamais !! dit-elle sur le bord des larmes.
- Mais voyons Héloïse qu’est-ce que tu as ?
- Fais pas l’innocente en plus . Voyons , Maman. Tu oses saboter mon violon et après tu me demandes ce que j’ai.
- De quoi tu parles ma chérie ? Je n’ai jamais touché à ton violon un seul millième de seconde. Explique-moi ce qui se passe d’abord, proposa Isabelle pour mieux comprendre.
- Il n’y a rien à expliquer parce que tu sais déjà tout. Mon violon, comme par hasard, fait des bruits bizarres seulement une journée après qu’on se soit disputée à ce sujet. Tu ne trouves peut-être pas ça louche, mais moi oui!, cria Héloïse avec beaucoup de rancœur.
- Tu penses vraiment que j’aurais pu faire une chose pareille!
- En fait , je n’osais pas le croire jusqu’à maintenant, mais là ma confiance en toi a baissé de deux crans. Je te déteste, tu ne peux pas savoir à quel point , lança Héloïse avant de se réfugier dans sa chambre.
- HÉLOÏSE TRUDEAU ! Reviens ici immédiatement. Tu vas apprendre à parler avec respect à la personne qui t’a mise au monde. Est-ce que je me suis faite bien comprendre? Je n’ai pas touché à ce foutu violon alors arrête tes simagrées. Sur ces mots, Isabelle alla à la cuisine pour préparer le souper tout en cherchant à comprendre ce qui s’était passé.

Pendant ce temps, Héloïse pleurait à chaudes larmes en faisant ses valises. Elle avait décidé de s’éclipser pour quelques temps, question de faire retomber la poussière, autant pour elle que pour sa mère. Elle devait être ailleurs pour réfléchir. Elle décida donc de se réfugier chez sa grand-mère maternelle , Clara. Clara avait une affection toute particulière pour Héloïse , sans doute parce qu’elle était sa première petite fille. Elle la chouchoutait et la protégeait même lorsque ses parents la réprimandaient. C’était la meilleure personne sur qui Héloïse pouvait compter en ce moment.

La valise d’Héloïse était très élémentaire. On pouvait pratiquement compter les objets qui étaient à l’intérieur sur les cinq doigts de la main. Sa valise contenait ses effets personnels : brosse à dents, dentifrice, trousse à maquillage, brosse à cheveux et quelques vêtements. S’il lui manquait quelque chose, sa grand-mère pourrait toujours venir les chercher en faisant ses courses.

Héloïse se rendit chez sa grand-mère à pied, violon à la main et bagages sur le dos. Elle ne l’avait pas appelée avant de partir, mais Clara l’accueillait toujours les bras grands ouverts. À sa sortie de la maison, un vent foudroyant la balaya au passage, le ciel se couvrit et la pluie arriva en lançant des éclairs. Peut-être était-ce un signe qui l’avertissait qu’elle devrait rester chez elle, mais, lorsque Héloïse prend une décision, habituellement cette décision est la meilleure à ses yeux .

La maison de Clara était à quinze minutes de marche de chez la famille Trudeau. Héloïse connaissait le chemin par cœur tant elle l’avait emprunté avec sa mère lorsqu’elle était plus jeune. Arrivée devant la porte principale de la demeure de sa grand-mère, Héloïse prit un moment pour reprendre son souffle. Disons qu’elle avait quelque peu pressé le pas.

De loin , la maison de Clara n’avait rien d’extraordinaire. Elle était ni trop grande ni trop petite. Elle était même un peu simple. Elle portait un manteau de briques rouges comme plusieurs des maisons de sa rue. Ce qui la rendait si charmante et invitante de l’extérieur, c’était son aménagement paysager. Clara avait mis tant de temps à bien agencer chaque petite plante avec l’ensemble de l’œuvre, qu’on voyait presque l’amour déborder de chaque centimètre carré de sa cour. Une jolie clôture de bois délimitait son territoire et tous les petits animaux étaient les bienvenus chez elle.

Assise sur un fauteuil de cuir brun, une vieille dame sirotait sa tasse de thé avec délicatesse. Chacun de ses mouvements était calme et synchronisé. À la radio , placée sur une table basse près d’elle, une pièce de Mozart se faisait entendre. Devant le fauteuil, grésillait un feu sur le point de s’éteindre.

La sonnette de la porte d’entrée retentit et sortit la dame de son silence. Qui pouvait bien vouloir la visiter après que la brunante soit tombée ? Elle se leva donc d’un pas nonchalant. Malgré son âge avancé, elle avait encore la taille menue de sa jeunesse. Elle ne mesurait à peine que 5 pieds mais on oubliait vite sa grandeur lorsqu’on remarquait son élégance. Apparence toujours soignée et sourire aux lèvres.

Arrivée devant la porte, elle jeta un coup d’œil à l’extérieur pour voir à qui elle avait affaire. C’était une jeune fille toute trempée et au regard suppliant qui attendait sur le seuil. Clara reconnut immédiatement sa petite fille Héloïse et perdit sa nonchalance en un instant.

Que faisait-elle ici à une heure si tardive? Ses parents ne la laissent habituellement pas sortir après le souper. Lorsqu’elle ouvrit la porte, sans aucune parole de salutation ni même de regard , Héloïse se jeta dans les bras de sa grand-mère et éclata en sanglots. Celle-ci ne comprenait absolument rien. Elle n’avait jamais vu Héloïse dans cet état auparavant.

Cela faisait cinq minutes qu’Héloïse était arrivée et aucun mot n’avait encore été prononcé . Clara s’était promise de ne pas la brusquer et d’attendre qu’elle soit prête à lui dévoiler ses tracas. Héloïse sécha enfin ses larmes et prit une grande respiration. Malgré son bon vouloir, les mots ne voulaient pas sortir de sa bouche. Clara vit ses efforts et lui donna un coup de pouce.
- Et si tu commençais par le commencement ma chérie…

À ces mots, Clara venait d’enlever un gros poids sur les épaules d’Héloïse. Le premier mot ou la première phrase est toujours difficile à prononcer.
- Tout est de la faute de ma mère ! Elle a saboté mon violon!!… Héloïse lui raconta sa version des faits sans oublier de détails .
- Tu es certaine que ta mère serait capable de faire une chose pareille ?, demanda Clara toujours aussi sereine.
- Oui!!déclara Héloïse certaine de ce qu’elle avançait. Par la suite , elle eut un moment d’hésitation. En fait, je ne sais pas grand-maman. Moi aussi, au début, je pensais comme toi, mais après réflexion, tous les chemins menaient à elle.
- Tu sais parfois, les pistes sont faussées parce qu’on ne voit que ce que l’on veut voir. Si tu cherchais un peu plus loin, tu trouverais peut-être un autre coupable et peut-être pas. Par contre, ta mère a affirmé, d’après ce que tu as dit, qu’elle n’avait pas touché à ton violon. Moi, personnellement, je prendrais la chance de la croire.
- Peut-être que tu as raison. Mais pour le moment est-ce que je peux rester chez toi ? Je n’ai pas envie de retourner à la maison tout de suite.
- Pour cette nuit ça va. Je vais d’abord aviser tes parents. Je ne veux surtout pas qu’ils s’inquiètent. Tu pourras rester le temps qu’il te faudra pour faire ton enquête. Tu es et tu seras toujours la bienvenue sous mon toit… Clara se dirigea vers le téléphone avant d’ajouter : « Il est tard, va te reposer dans la chambre d’amis. Demain, nous regarderons la situation de plus près. Ça te va ma belle ?»
- Oui, c’est parfait. Je t’aime grand-maman, à ces derniers mots, Héloïse vint serrer sa grand-mère dans ses bras et huma la délectable odeur qu’elle dégageait. Une odeur d’orange et de rose qu’elle se rappellera probablement toute sa vie.

Héloïse monta l’escalier et entra dans la première chambre à sa droite. La pièce était d’un lilas très doux avec une tapisserie ornée de jonquilles, aussi jaune que pouvait l’être le soleil. Le lit portait une couette de plumes d’oies et une housse où l’on retrouvait le même jaune que sur la tapisserie. Le lit était si invitant qu’Héloïse ne prit même pas le temps de se mettre en pyjama. Elle se lova immédiatement dans les couvertures toutes fraîches et s’endormit aussitôt. Les émotions de la journée l’avaient épuisée plus qu’elle ne le pensait. Aujourd’hui était du passé, maintenant. La nuit lui serait un bon allier pour le reste de sa quête…

* * *

Les premières lueurs du jour avaient déjà traversé la petite fenêtre de la pièce depuis un bon moment lorsque enfin Héloïse ouvrit les yeux. Il était neuf heures passé. Par chance, aujourd’hui était jour de congé. Elle s’étira, s’assit en indien sur le lit , prit son sac et en sortit son journal. Elle était trop fatiguée le soir précédent pour y laisser quelques mots.
« Cher journal,
Ce matin, j’ai l’impression d’être dans un autre monde, loin de mes angoisses et de mes craintes de voir la vérité en face. C’est vrai , je l’avoue, moi non plus je ne crois pas sincèrement que ma mère aurait pu poser un tel geste. Mais lorsque la panique s’est installée, je ne me contrôlais plus. J’avais la même sensation que peut ressentir une marionnette : guidée par quelqu’un dont elle ne connaît pas l’existence et contre qui elle ne peut rien faire. Maintenant, j’ai des remords pleins les bras et je n’ai pas le courage d’aller l’avouer à ma mère. Elle doit m’en vouloir encore énormément. De toute manière, avant de lui reparler, je vais découvrir ce qui cloche sur mon instrument, il a beau être vieux, cela n’est pas possible qu’il se brise dans l’espace de quelques heures. Tu ne crois pas? Lorsque j’aurai trouvé la clé de l’énigme, je penserai d’avantage à cette réconciliation. Ma grand-mère semble être la personne qui illuminera ce jour gris. Je lui dois toute ma confiance, elle est si bonne avec moi. Je sens l’odeur de ses délicieuses brioches au miel monter jusqu’à ma chambre. Mon ventre gargouille d’impatience. Je vais aller le satisfaire, car il n’y a pas que lui qui salive de goûter à ce festin. À plus tard mon journal adoré.»

Assises face à face, autour d’une table impeccablement mise, Héloïse et sa grand-mère dégustaient leur petit déjeuner. Lorsque Clara passait des moments privilégiés comme celui-ci avec sa petite fille, elle ne pouvait s’empêcher de lui raconter des parcelles de sa jeunesse. Elle s’était toujours dit qu’un jour elle raconterait à Héloïse la passion qui avait uni ses arrières grand-parents. La mère de Clara avait tenu à partager avec elle ce moment important de sa vie lors de ses seize ans. Au même âge où sa mère avait rencontré son père. Même si Héloïse n’avait encore que quinze ans, Clara avait choisi ce matin là pour lui dévoiler cette histoire.
- Ma belle Héloïse, sais-tu à qui a appartenu ce violon avant que tu en hérites ?dit Clara avec l’intonation d’un quiz télévisé.
- À ta mère je crois. Pourquoi tu me demandes ça grand-maman?
- Parce que ma mère était une femme pas comme les autres. Son histoire mérite d’être racontée.
- Allez ! Raconte-moi. J’adore tes histoires du passé. Ça me fait toujours rêver. J’aurais aimé vivre dans l’ancien temps, tout à l’air magique.
- D’accord. Alors voilà comment elle commence : Ma mère se nommait Rosaline Tremblay. Elle habitait à Baie des Sables, un petit coin de paradis en Gaspésie. À seize ans, elle était une élève de premier rang à l’école du village et était sur le point de terminer ses études. En ce temps-là, ce qui veux dire vers 1928, à l’âge de Rosaline, l’école était terminée pour la majorité des filles. Elles étaient à l’âge d’aider leur mère pour ensuite prendre mari et fonder une famille. Par contre , cette coupure avec l’école a été dure pour Rosaline. Elle aimait apprendre et avait une soif de savoir inépuisable . Pour se désennuyer, elle lisait tous les livres qui lui tombaient sous la main. Arrivé au jour où elle lut la dernière page du dernier livre de la maison, elle ne savait plus quoi faire. Ce même soir, son père lui offrit un violon, ton violon en fait. Au début, elle ne voyait pas vraiment l’utilité de cet instrument. Elle commença à l’apprivoiser, suivit des cours et la passion l’emporta après seulement une semaine. C’était le début d’une grande histoire d’amour entre elle et son bijou, comme elle s’amusait à l’appeler. Elle en jouait partout où elle allait. Elle ne le quittait que pour dormir. Son violon était devenu son ami le plus cher. Lorsqu’elle le tenait dans ses mains, il n’était jamais question d’ennui ou de temps perdu. Tout le monde lisait sur son visage qu’elle était redevenu la jeune femme qu’elle était avant de quitter l’école. Une personne toujours souriante qui savoure chaque instant de la vie. Un jour, elle rencontra Louis-Antoine. Avec un seul regard, il changea le cours de sa vie…

À ce moment, Clara eut une image très précise dans sa tête. Celle d’un ancien coffre de bois avec une serrure aux couleurs d’or, un peu rouillée. Elle se rappela aussi d’une clé qu’elle avait vue cette semaine en faisant du rangement dans sa penderie. Une clé aussi vieille que le coffre.

Une lumière s’alluma soudain dans sa tête, le coffre était celui qu’elle gardait précieusement dans son grenier et qui contenait tous les effets que sa mère lui avait laissés en héritage. La clé était celle qui ouvrait le coffre bien entendu. Qu’y avait-il dans le coffre déjà ? Ah, oui ! De vieilles robes aux manches bouffantes, des photos, des bijoux et des lettres… Des lettres … Mais oui ! Les lettres de correspondance entre Rosaline et Louis-Antoine. Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ?

Après la mort de Louis-Antoine, il y a de cela déjà 38 ans, Rosaline avait cessé de jouer du violon, car le cœur n’y était plus. Elle avait commencé à faire du ménage dans sa vie. Voir tout ce qui avait appartenu à son histoire avec Louis-Antoine était trop dur à regarder chaque matin. C’est là qu’elle légua ce gros coffre à Clara. Elle était sa seule fille et ses garçons ne voudraient sans doute pas de toutes ses vieilleries.

Rosaline avait avoué à Clara, une quinzaine d’années plus tard, quelques jours avant son dernier souffle, qu’elle avait gardé une seule lettre de Louis-Antoine n’étant pas capable de s’en départir. Malgré les nombreuses questions que Clara lui avait posées pour découvrir l’endroit où elle l’avait mise, Rosaline ne lui avait jamais avoué.

Clara était loin de croire en, se levant ce matin, qu’en déjeunant avec sa petite fille , elle réussirait enfin à percer ce mystère presque oublié.

- À quoi penses-tu grand-maman ? demanda Héloïse , impatiente de connaître la suite de l’histoire.
- Dis-moi ma chouette, voudrais-tu m’apporter ton violon? dit Clara encore dans ses songes.
- Oui, mais …répondit sa petite fille en se levant et se dirigeant vers le salon où elle avait laissé son violon hier. Voilà grand-maman !dit-elle en lui présentant la boîtier en forme de petite guitare.

Clara prit le boîtier, l’ouvrit et en sortit le violon. Elle l’examina sous tous ses angles pendant plusieurs minutes jusqu’à ce qu’elle s’arrête sur une petite fissure qui avait été refermée avec de la colle.

- Ce n’est rien ça grand-maman. C’était là bien avant que je l’aie et ce n’est sûrement pas ça qui m’empêche de jouer.

Sa grand-mère ne répondit pas à cette affirmation et continua d’observer la fissure. Elle se décida tout d’un coup et alla chercher un petit couteau et commença à enlever la colle.

- Mais grand-maman qu’est-ce que tu fais ?? Tu vas l’abîmer. Allez réponds-moi , déclara Héloïse de plus en plus inquiète des gestes que sa grand-mère posait.
- Je suis en train de trouver la clé de bien des mystères. Laisse-moi faire , tu verras bien…

Sachant qu’elle n’aurait aucune réponse à ses questions, Héloïse resta silencieuse et épia chaque petit geste que sa grand-mère effectuait. Oui, bon d’accord, elle a toujours eu confiance en Clara, mais cette fois elle dépassait les bornes. Héloïse se battait intérieurement pour dire à sa grand-mère de ne pas faire ça, mais aucun son ne réussissait à sortir de sa bouche.

Au bout d’un moment, une voix lui parvint de très loin. Elle la reconnut, c’était la voix de Clara. Mais pourquoi semblait-elle si loin ? Héloïse se secoua et revint à la réalité. Sa grand-mère la regardait avec des étincelles dans les yeux. Tout son corps regorgeait d’émotions.

Sur la table, reposait son violon éventré, un couteau et des morceaux de vieille colle sèche. Au creux de ses mains usées, Clara tenait solidement un bout de papier défraîchi. Un vieux papier jauni par le temps.

Clara porta le papier à son cœur, regarda Héloïse et se mit à pleurer. Héloïse, quant à elle, ne comprenait toujours pas et était bouleversée de voir sa grand-mère dans cet état.
- Qu’est-ce qui se passe grand-maman? C’est une mauvaise nouvelle ? étonnée…
- Non, loin de là mon ange. Je pleure de joie. Cette lettre est le morceau manquant à une page de mon histoire et à la tienne aussi. Ceci est la toute première lettre que mon père a envoyé à ma mère il y a de cela presque 80 ans. J’ai cherché longtemps ce bout de papier et puis j’ai abandonné me disant que je ne le retrouverais jamais. Tu vois comme il ne faut jamais baisser les bras…dit Clara en replongeant dans son observation de l’enveloppe dans laquelle se cachait toute une histoire d’amour. À la regarder, Héloïse la sentait fébrile. Son dos s’élevait et se relâchait au rythme de sa respiration. À savoir si c’était de soulagement ou de peur devant l’inconnu…
- Mais grand-maman, pourquoi ne l’ouvres-tu pas ?
- Je ne sais pas… Je suis encore sous le choc. Je ne sais pas quoi faire en premier… Ça demande beaucoup d’énergie que de vouloir que le passé refasse surface et maintenant que tous les éléments sont là, je me demande si j’ai bien fait…

Durant qu’elle prononçait ces mots, Clara caressait la petite enveloppe avec une douceur inégalable, comme si elle contenait un objet précieux et fragile. L’enveloppe portait encore fièrement son timbre canadien de l’année 1928. Celle-ci avait du être ouverte et fermée une bonne centaine de fois, car chaque coin n’était plus très solide et le rabat était en grande partie déchiré. Sur le dessus de l’enveloppe on pouvait parfaitement lire les noms et les adresses :
Louis-Antoine Vaillancourt
647 Ste-Catherine (chambre 3)
Montréal, Qc.


Et :
Rosaline Tremblay
181 Rang 1
Baie des Sables (Gaspésie) , Qc.

Une minute ou deux s’écoulèrent sans que rien ni personne ne bouge. Clara leva la tête et posa son regard sur sa petite fille, une adolescente forte de caractère, mature, posée et surtout déterminée. Elle donnerait cher pour avoir sa détermination à cet instant. Aller jusqu’au bout, ne pas reculer peu importe ce qui entrave notre chemin. Héloïse redressa la tête à son tour, se sentant scrutée avec attention. Elle regarda sa grand-mère droit dans les yeux sans broncher. Un regard de courage et d’assurance. Ses yeux ont tout dit. Sa grand-mère lui sourit de son plus beau sourire et chuchota plus pour elle-même que pour Héloïse : « C’est le moment ». Le signal était donné. Les mains tremblantes, elle retira la lettre de son modeste berceau , la déplia et la lut en silence :
Ma chère et tendre Rosaline,
Il ne s’est écoulé qu’un mois et déjà je me languis de votre absence. Je ne vis que pour revenir à vos côtés une fois mes études terminées. Mes soirées entières s’égrainent aux souvenirs que j’ai de vous et de cet été où nous avons vécu des moments qui n’ont fait qu’affirmer l’amour que j’éprouve à votre égard. Votre absence rend la vie difficile à Montréal. J’aimerais revivre encore ce matin où je vous ai vu pour la première fois au bord de la mer. Le lever de soleil se reflétait à travers vos yeux aussi bleus et profonds que l’était la mer au même moment. Vos cheveux voguaient au même rythme que la brise. Les vagues frappaient la côte avec force et grâce telle une mélodie jouée par le plus talentueux des musiciens. J’aurais tout donné pour vous enlacer à ce moment précis, mais je ne connaissais même pas encore votre prénom. Sans un mot, nous avions marché sur la plage. Une fois les dernières lueurs du soleil éteintes, les millions d’étoiles qui se dressaient au-dessus de nos têtes brillaient de tous leurs feux mais il n’y avait que vous qui illuminait mon esprit.

J’entends encore la douce mélodie que vous m’aviez jouée avec votre violon. J’aurais pu rester là des heures durant, tellement vous m’avez séduite encore plus à cet instant. Aucun homme n’aurait pu se détacher de vous. Je suis loin d’être le plus beau et le plus extraordinaire des hommes, mais nul ne vous aimera autant que moi.

Je sais que la distance nous sépare, mais elle ne sera jamais assez grande pour que nos rêves se rejoignent. Il m’est désormais impossible d’imaginer ma vie sans vous. À ces quelques lignes, je n’aurais pu que vous montrer une parcelle de mon amour mais si vous me promettez le votre en entier, je vous ferai voir la vraie couleur du ciel.

Vous me manquez, il y a tellement de choses à vous dire et si peu de papier.

Vous êtes, chère Rosaline, le cœur de ma vie.

Louis-Antoine

Clara referma la lettre d’une main tout en essuyant ses larmes de l’autre. Elle déposa ce mince bout de vie dans le creux de celle d’Héloïse qui la lut aussitôt. Durant ce laps de temps, Clara reprit le contrôle de ses émotions.

Après quelques minutes, Héloïse leva la tête et dit comme envoûtée par ce qu’elle venait de lire : « Mon arrière grand-père était un vrai poète. As-tu les autres lettres de leur correspondance ma belle grand-maman d’amour ? »
- Euh… Mais oui bien sûr. Suis-moi !

Une à la suite de l’autre, elles montèrent l’escalier à la hâte. Arrivées à l’étage, Clara se dirigea vers sa chambre, ouvrit son coffre à bijoux et en sortit une clé. Ensuite, elle plaça une échelle vis-à-vis la trappe du grenier, escalada les quatre premiers barreaux , ouvrit le loquet et entra la tête dans l’embrasure . Après avoir constaté l’état des lieux, elle se retourna et fit signe à Héloïse de la suivre.

La première constatation d’Héloïse fut qu’il y avait énormément de poussière dans ce grenier là, comme dans les films. Suite à quelques regards tout autour, elle vit que cet endroit n’était pas seulement qu’un ramassis de poussière, mais aussi une caverne d’Ali Baba. Pleins d’objets dormaient paisiblement depuis des décennies : une vieille table avec seulement trois chaises sur lesquelles avaient été déposés, pêle-mêle, une centaine de bouquins. Un peu plus loin, une radio, sans doute centenaire qui finissait ses jours parmis d’autres vieilleries de son genre. Dans un coin, camouflé par une pile de vêtements défraîchis, se trouvait un coffre aussi gros qu’un réfrigérateur couché sur le côté, tout fait de bois avec une serrure dorée. Clara alla vers celui-ci, reprit la clé, la mit dans la serrure et le coffre s’ouvrit. Il était rempli de robes, de bijoux, de lettres, de partitions , de livres…

Héloïse s’en approcha pour mieux voir tous ces trésors. Elle en sortit une robe de mariée, sans doute celle de Rosaline. La robe était sublime, toute blanche avec quelques fleurs délicates brodées dans le bas. Rosaline avait du se marier durant l’hiver, car la robe avait de longues manches et de petits gants de laine assortis. Héloïse se mit à imaginer son arrière grand-mère, à peine un peu plus âgée qu’elle-même, dansant sous une pluie de flocons. Après avoir admiré la robe pendant de longues minutes, elle prit une petite boîte en carton, s’assit par terre, l’ouvrit et y découvrit le reste du courrier. Elle plaça ses jambes en indien et ouvrit la première sur le dessus datant du 18 novembre 1928. Tout d’un coup, le temps n’existait plus , Héloïse retombait dans le passé… très loin dans le passé. Le jour où se sont rencontrés Rosaline et Louis-Antoine.

Ce matin là , Rosaline commençait à se remettre de sa sortie de l’école forcée. En voyant le lever du soleil, elle savait que ce serait une magnifique journée. Le violon passerait deuxième aujourd’hui, après le grand air et la plage. Le coq venait à peine de chanter que déjà elle s’était habillée.

Dehors, la nature dormait encore paisiblement. Le vent transportait l’air salin avec lui. Rosaline dirigea ses pas vers la plage. Le sable était encore frais de la nuit qui venait tout juste de se terminer. Mr. Victor ouvrait tranquillement son magasin général, Maribelle Caron quant à elle, était déjà sur le bord de sa fenêtre à épier les faits et gestes des villageois de Baie des Sables pour aller les raconter par la suite à tous ceux qui voudraient bien l’entendre.

Rosaline s’assit sur une grosse roche arrondie par les vagues. À cet endroit, le paysage était sublime. On pouvait voir tout au loin l’océan rejoindre le ciel.

* * *

Louis-Antoine n’arrivait plus à dormir. Depuis déjà une quarantaine de minutes qu’il se retournait dans tous les sens au creux de son lit. Il décida enfin de se lever et d’aller récolter de jolis coquillages au bord de la mer. Il mit sa chemise de travail et ses pantalons d’été, attrapa au passage un morceau de pain et sortit par la porte moustiquaire. Il allait souvent marcher au bord de la mer lorsqu’il avait besoin d’être seul. Pas seulement lorsqu’il se sentait triste, mais pour toutes les raisons imaginables. C’était son endroit pour vivre ses émotions sans être critiqué. Il arriva donc à la plage, à la hauteur de sa maison, chaudière dans une main et souliers dans l’autre. Même si la journée était splendide, la cueillette, elle, ne fut pas très bonne. Soudain, la fatigue qui quelques heures auparavant l’avait quitté, était revenue de plein fouet. Il décida qu’un petit somme sous la chaleur du soleil lui ferait le plus grand bien. Il avait aperçu, il y a quelques jours à peine, une roche aussi plate qu’une table. Elle serait parfaite.

Il tourna à droite et alla vers la roche les yeux pratiquement fermés tant il connaissait bien cet endroit. Arrivé à destination, il ouvrit enfin ses yeux. Il les referma aussitôt, le soleil était très éblouissant. La deuxième fois, il les ouvrit beaucoup plus lentement. Quand il retrouva sa vue habituelle, il vit une délicate silhouette se dessiner sur la roche. Il cligna des yeux à plusieurs reprise, pensant qu’il était devenu fou et que ce qu’il voyait n’était que le fruit de son imagination.

La jeune femme était si belle, ses cheveux voguaient en suivant le rythme du vent. D’après son corps élancé et gracieux, on voyait qu’elle n’était pas encore une femme sans toutefois être une petite fille. Sentant la présence de quelqu’un derrière elle, elle tourna la tête d’un geste lent, mais décidé. En voyant Louis-Antoine, un sourire se dessina sur ses lèvres. Un sourire que Louis-Antoine n’était pas près d’oublier.

Le visage de Rosaline s’illumina, ses yeux pétillaient et son cœur battait la chamade… mais pourquoi ? C’était la première fois qu’elle voyait ce jeune homme et pourtant elle semblait déjà le connaître.

Rosaline était encore plus belle que toutes les femmes qu’il avait imaginées dans ses rêves. Son visage avait encore des traits d’enfance, mais avec une sagesse hors du commun. Quelle âge pouvait-elle bien avoir ? Même si celle-ci était encore debout sur la roche à le regarder, Louis-Antoine vint s’étendre à ses cotés. Au même instant, elle reporta son regard vers l’horizon.

Tous deux ne savaient que faire. Les mains de Rosaline tremblaient et elle ne voulait surtout pas que le bel étranger s’en aperçoive. Tout se bousculait dans sa tête. Devait-elle parler en premier ou attendre que lui le fasse… Elle n’était pas si gênée habituellement devant des inconnus. Pourquoi lui l’intimidait-il autant par sa seule présence ? Peu importe ce qu’il allait penser, elle devait parler en premier sinon elle ne lui parlerait jamais. Et si c’était la seule fois qu’elle le voyait de sa vie… Non, il y avait trop de risques que ce soit le cas. Maintenant ou jamais.
- Bonjour… Je… je m’appelle Rosaline Tremblay… dit-elle en s’assoyant à côté de l’individu couché sur la roche.
- Ah …Bonsoir, euh non … Je veux dire Bonjour. Louis-Antoine Vaillancourt, mademoiselle . Que faites-vous ici de si bonne heure ?
- J’avais envie de rêver. Ici, c’est le plus bel endroit que j’ai trouvé pour le faire. Et vous ?
- J’avais besoin de solitude.
- Est-ce que je vous dérange ?
- NON! Surtout pas. Votre présence me fait du bien, à ces mots Louis-Antoine se sentit devenir tout rouge de gêne.
- Ah… D’accord. Avez-vous envie de marcher un peu avec moi ?
- Bien sûr avec plaisir.

Tous deux se levèrent et partirent en promenade. Les premières minutes furent silencieuses. Aucun ne savait par où commencer. Puis tout d’un coup, la conversation débuta sans flafla et paroles de politesse comme s’ils étaient deux amis de longue date.
- Est-ce que vous allez encore à l’école ?
- Pas pour l’été évidemment mais à l’automne j’entre à l’université pour devenir notaire.
- Chanceux, moi je ne retournerai jamais plus à l’école. Mon père me trouve assez savante pour une fille et ma mère à besoin de mon aide à la maison. Je n’étais pas d’accord au début mais maintenant je me suis résignée, il n’y a plus aucune lueur d’espoir. Le plus difficile c’est de savoir quoi faire de mes journées. Ma mère me demande que sur l’heure des repas. Le reste du temps je vaque à mes occupations qui sont très minimes, il faut le préciser.
- Que faites-vous pour passer le temps ? Il ne doit pas y avoir que la mer dans votre vie.
- Non, par chance. Mon père à bien vu après une semaine que je m’ennuyais à m’en fendre l’âme. Il m’a donc acheté un violon. Au tout début, je ne voyais pas l’utilité, mais maintenant je crois que c’est le plus beau cadeau qu’il pouvait me faire. Avec le peu d’économies qu’il lui restait, il m’a offert des leçons données par un grand violoniste qui vient une fois par deux semaines à Baie des Sables. J’en joue pratiquement tous les jours, c’est ma nouvelle passion. Je me libère de tout lorsque je le tiens dans mes mains. Il y a aussi la lecture qui m’aide beaucoup à passer le temps. Je peux me transporter dans une multitude d’univers tout aussi farfelus les uns que les autres en un rien de temps. Et vous, qu’aimez-vous dans la vie ?
- Moi … Et bien, j’aime les animaux. Moi et ma famille avons justement déménagé ici pour que je puisse m’occuper de mon cheval. Un bel étalon qui s’appelle Sam. Il a quatre ans, mais comme nous vivions à Montréal, il logeait dans une écurie loin de chez moi. J’ai un chien aussi, une femelle qui aura bientôt 9 ans. Elle s’appelle Milly. Elle est adorable. Aussi, je cueille des coquillages très souvent, mais aujourd’hui la pêche n’a pas été fructueuse.
- Wow, vous connaissez Montréal. Moi , je n’ai jamais quitté la Gaspésie…

Leur conversation continua ainsi durant des heures et des heures. Ils oublièrent même de manger.

Le temps avait passé si vite que déjà la nuit tombait. C’était le temps des au revoir. Mais allaient-ils se revoir un jour … Ils se sentaient si maladroits. Aucun geste n’avait été posé et aucune parole n’avait été prononcée mais ils savaient trop bien que c’était l’heure pour eux de se quitter.

Au même moment, une voix se fit entendre : « Rosaline, c’est bien toi ? Réponds-moi ! C’est Éléonore. » Éléonore était la meilleure amie de Rosaline. Sa complice : pareille mais si différente en même temps. Elles vivaient tout ensemble et n’avaient aucun secret entre elles. Éléonore était une jeune fille pétillante d’énergie qui ne manquait pas d’idées . Toujours souriante. Avec elle , il n’y avait jamais de problème. Tout était positif et amusant.

Lorsque Rosaline reconnut sa voix, elle revint à la réalité d’un coup sec. Elle regarda Louis-Antoine tout en s’éloignant. Les mots ne voulurent pas sortir de sa bouche. Alors il se quittèrent comme ils s’étaient rencontrés, sous l’effet d’un regard.

- Mais veux-tu bien me dire où tu étais. Je t’ai cherché tout l’après-midi. Je suis allée chez toi, j’ai même fait tout le tour du village au moins deux fois. Imagine-toi donc que je suis allée demander à Maribelle Caron si elle ne t’avait pas vu rôder quelque part et elle m’a dit : « Ma chère enfant, pourquoi m’attarderais-je à surveiller toutes les allées et venues de ton amie. Je n’ai pas que cela à faire. J’ai une grande maison à tenir moi. Mais par contre, j’ai aperçu deux jeunes gens marcher sur la plage ce matin. À savoir si c’était la petite Tremblay… Je ne mettrais pas ma main au feu. Allez maintenant, je n’ai plus rien à te dire.»

Les deux amies se mirent à rire tellement Éléonore imitait bien la mémère du village. Étant veuve depuis plusieurs années, son seul passe-temps était de commérer sur tous les gens du village. Quand leur fou rire fut passé, Rosaline répondit au regard en point d’interrogation que lui lançait Éléonore.

- J’étais simplement partie marcher au bord de la mer. Pas de quoi en faire tout un plat.
- Ah oui ! Toute la journée…
- Et bien… Au début, je croyais n’y rester que quelques heures, mais par la suite, j’ai fait la connaissance de Louis-Antoine…
- Louis-Antoine ? C’est qui ça ?
- C’est un garçon que j’ai rencontré sur la plage. Nous nous sommes mis à discuter et nous n’avons pas vu le temps passer tout simplement.
- Tu veux dire que toi, Rosaline Tremblay, fille anti-garçon au maximum tu as passé la journée à « discuter » avec un garçon que tu n’avais jamais vu. Je ne te crois pas.
- Mais je te jure que c’est la vérité. Il est si gentil que je crois que toutes mes barrières sont tombées d’un coup, admit Rosaline en levant les yeux au ciel.
- Que fais-tu de mon frère dans tout ça ? Depuis des lustres, il te fait la cour et à chaque fois tu lui réponds que tu n’es pas attirée par le fait d’avoir un amoureux. Alors que là, au premier étranger venu, tu changes tout. Qui va devoir le ramasser à la petite cuillère… Moi évidemment.
- Ce n’est pas de ma faute si je n’aime pas ton frère. Léo est très gentil mais ce n’est qu’un ami pour moi, rien de plus. Il peut s’imaginer ce qu’il veut, ça ne change rien pour moi.
- Je ne te croyais pas aussi sans cœur Rosaline, dit Éléonore avant de tourner le dos pour aller vers chez elle.
- Attends Éléonore ! On ne se chicanera pas pour ça. Te rappelles-tu lorsque nous nous avions promis de ne jamais laisser un garçon nous séparer ? Moi , si. Et je tiendrai cette promesse toute ma vie. Fais à ta tête mais rappelle-toi que moi je serai toujours là pour toi. Rosaline s’en alla de son côté avec un dernier regard sur son amie qui s’en allait elle aussi … mais du sens contraire.

* * *
L’été tirait à sa fin et Éléonore avait évité Rosaline tout ce temps-là. Elle s’en voulait à mort d’avoir ruiné cette amitié mais elle n’avait toujours pas digéré que Rosaline s’entiche de Louis-Antoine. Sa colère avait même augmenté au fil des jours. Elle voyait tous les jours les deux tourtereaux qui parcouraient le village de fond en comble sous les regards tendres de ceux qui les apercevaient. Tout le monde était heureux de les voir ensemble .

Un jour qu’elle devait aller faire les courses chez Mr. Victor, elle rencontra Louis-Antoine et Rosaline dans le portique. Elle fit comme si de rien n’était et continua son chemin. Mais au fond d’elle, son cœur battait si fort qu’elle tremblait de partout. Elle était tellement agitée, qu’elle ne remarqua pas la déception dans le regard de son ancienne amie.

Elle passa le pire été de sa vie. Elle n’avait plus personne à qui se confier. Elle ne souriait plus et trouvait que tout sur son passage était banal et sans éclat. Vraiment, elle était aux portes de l’enfer.

Pour Rosaline , l’été fut différent. Elle pleura longtemps sur la séparation d’avec sa complice, mais grâce à la présence de Louis-Antoine, la coupure s’estompa beaucoup sans toutefois disparaître complètement.

Elle passa chacune de ses journées en sa compagnie sauf le dimanche bien entendu, car cette journée était réservée à la famille. Ils apprirent à se connaître et à s’apprécier de plus en plus. L’attachement qu’elle éprouvait pour lui s’intensifia beaucoup, mais elle devenait extrêmement timide chaque fois qu’était venu le temps de parler sentiment.

Un mardi où la pluie n’avait pas cessé de tomber, ne permettant pas de promenades à l’extérieur, Rosaline invita Louis-Antoine chez elle. C’est ce jour-là qu’elle lui joua pour la première fois de son instrument tant aimé. Elle sortit le violon de son étui en expliquant comment et pourquoi elle avait eu ce violon en cadeau. De part la façon dont elle le tenait ; ses doigts débordant de finesse, tenant le violon de façon possessive et professionnelle, on voyait qu’il ne lui était pas méconnu. De son autre main, elle n’avait que déposé ses cinq autres doigts sur l’archet. Elle accota son menton sur la mentonnière et joua quelques gammes pour délier ses doigts et ses poignets.

Louis-Antoine fut charmé par le son qui sortait de cet instrument si délicat. Un son puissant et ferme qui passait par toutes les tranches d’émotions. Parfois, il dansait au rythme de rigodons, tandis que d’autres fois, il gémissait de douleur et de peine en vibrant au rythme de ses larmes. C’était un spectacle envoûtant. Rosaline avait un talent sans égal, pur et naturel. Elle aurait pu naître avec un violon dans ses mains que personne n’aurait été surpris.

À la suite de ce jour-là, elle pratiqua souvent son violon en compagnie de Louis-Antoine. Elle s’améliora énormément, ce que son professeur s’était empressé de lui dire. Ses coups d’archets étaient devenus plus sûrs et coulant, comme si chacun était relié à l’autre. Elle se mit à jouer des pièces de plus en plus difficiles. Son talent se fit savoir partout dans le village. Tout le monde désirait l’entendre jouer, si bien que chaque samedi matin, elle s’installait à la place centrale où les marchands vendaient leurs produits et jouait durant plusieurs heures.

À l’avant-dernière semaine d’août, on voyait partout une agitation fébrile. La rentrée des classes était toujours très attendue. Autant pour ceux qui commencerait leur première année que pour ceux qui entamaient leur dernière. Le magasin général regorgeait de cahiers, crayons, ardoises et d’enfants agités. C’était le temps de l’année le plus fructueux pour Mr. Victor.

Malgré la joie qui émanait de chaque parcelle du village, cette semaine là fut la plus dure pour Rosaline. Depuis le début de l’été, elle savait que Louis-Antoine partirait pour aller étudier à Montréal, mais plus le temps avançait et plus elle tentait de l’oublier. Le jour où il lui annonça qu’il partait le lendemain à bord du premier train qui allait vers Montréal, elle s’effondra.

Pourquoi faut-il que tout ce qui est magnifique durant un long moment se termine par une déchirure ou des pleurs? Même dans les livres, tout ne dure qu’un temps.

L’idée était déjà forgée depuis longtemps dans la tête de Louis-Antoine. Même tous les arguments de Rosaline, malgré qu’ils lui firent mal, ne purent le faire changer d’idée. Le lendemain, comme prévu, Louis-Antoine plia bagage et quitta Baie des Sables.

Rosaline hésita longtemps. Au début, elle ne voulait pas assister à son départ, mais trente minutes après cette décision, elle fut prise de remords. Elle se leva de son lit et se prépara dans le temps de le dire. Elle courut jusqu’à la gare, arrivée à destination, il n’y avait presque personne. Elle eut un froid dans le dos… Et si elle était arrivée trop tard. Elle s’assit sur un banc de bois et laissa couler les larmes. Elle n’avait aucune raison de les retenir, son amoureux était parti loin d’elle sans un au revoir. L’attente serait une éternité, mais elle l’attendrait toute sa vie s’il le fallait.

Tout à coup, elle sentit une main frôler son épaule. Elle se retourna et vit Louis-Antoine la regarder avec des yeux soulagés. Enfin sa belle était là. Il avait eu si peur qu’elle ne vienne jamais. Il la serra fort contre lui pour s’imprégner de son odeur enivrante ; un mélange de sel marin et de fleurs des champs.

Il prit son visage dans ses deux mains, fixa son regard dans le sien et lui dit « Je t’aime ». Un je t’aime qui venait du plus profond de son cœur. Par la suite, il rapprocha son visage encore plus de celui de Rosaline et l’embrassa sur les lèvres tout délicatement. Il retourna en direction du train et lui laissa pour dernier souvenir qu’un au revoir du bas du portique du troisième wagon en disant : « Je t’écrirai ».

Rosaline ne bougea pas tant que le train ne fut pas disparu complètement de sa vue. À peine le temps d’une respiration et elle recommença à courir, mais cette fois ci, en direction de la maison d’Éléonore.

Arrivée devant la porte principale de la demeure, Rosaline cogna trois coups et attendit en se dandinant. Elle entendit quelqu’un descendre les escaliers et venir lui répondre. C’était Éléonore. Elle fut surprise, mais vu l’état de Rosaline , elle ne fit rien. Rosaline se laissa tomber dans ses bras.
- Il est parti… Louis-Antoine est parti Éléonore. Qu’est-ce que je vais faire sans lui ? Dis-moi que toi tu ne me laisseras pas tomber, je t’en prie , ne me laisse pas seule.
- Je prendrai soin de toi ma belle. Une amie c’est fait pour ça. Allez pleure ça va te faire que du bien.

Tous les mois de chicane s’étaient envolés à la suite de ces quelques mots. Elles restèrent serrées l’une contre l’autre durant un long moment sur le balcon. Plus jamais elles ne se quittèrent par la suite. Leur amitié était scellée pour l’éternité.

Rosaline dut être patiente durant un interminable mois avant de recevoir la première lettre de Louis-Antoine. Après l’avoir lue une bonne cinquantaine de fois, elle la cacha dans un endroit sûr. Un endroit où pensait-elle personne ne la retrouverait jamais. Son violon fut à ce jour son plus précieux trésor…

* * *

L’après-midi était terminée lorsque Héloïse et Clara descendirent enfin du grenier. Le ciel était rose et orangé. C’était une ambiance magique. Clara avait appris à mieux connaître sa propre mère et Héloïse une arrière grand-mère inoubliable. Qu’elle aimerait vivre une histoire d’amour comme celle-là un jour. Peut-être … On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve.

- Je crois qu’il est temps de retourner chez toi maintenant, déclara Clara avec un ton de non-retour.
- Oui , je crois que je sais ce que j’ai à faire.

Héloïse se leva, ramassa ses effets un peu partout dans la maison et repartit avec son baluchon cette fois-ci dans le sens contraire et avec le cœur beaucoup plus léger. Le temps était aux réconciliations.

Lorsqu’elle poussa la porte de sa maison dix minutes plus tard, elle fut accueillie par une quantité industrielle d’amour. Quand le calme reprit sa place, Héloïse prit la parole.
- Je suis sincèrement désolée maman. Tout ce que je t’ai dit c’était des paroles en l’air. Je n’ai jamais pensé ça de toi. Je t’ai accusée à tort. J’espère que tu vas me pardonner.
- C’est déjà oublié Héloïse . Une maman ne reste jamais fâchée bien longtemps. Mais je suis contente que tu me fasses des excuses.
- J’ai une histoire palpitante à vous raconter, mais avant, j’ai quelque chose à faire de très important. Ça peut attendre pour le souper ?
- Allez dépêche-toi, on t’attend.

Héloïse monta l’escalier quatre à quatre avec encore sur le dos son manteau. Elle ouvrit la porte de sa chambre à la volée, lança son sac à dos et son manteau dans un coin de la chambre et déposa son violon sur son lit. Après tout ceci bien exécuté, elle prit son journal, lui arracha une page, prit son plus beau crayon et s’étendit sur son lit prête à écrire toute une vie si elle le voulait. Voici ce qu’elle écrit :
Bonjour toi,
Je ne sais ni ton nom ni même en quelle année quelqu’un découvrira ce bout de papier mais peu importe. Aujourd’hui, j’ai fait la découverte d’une vie qui m’était avant totalement inconnue. Une vie qui pourtant mérite d’être connue. Mon arrière grand-mère : Rosaline Tremblay a été la première propriétaire de ce magnifique instrument que tu tiens dans tes mains. Prends-en soin. Il a vécu plus que ce qu’un être humain peut vivre. L’amour, la colère, l’amitié, la tristesse… Chaque fois que j’y pense, je l’imagine elle et son bel amoureux marchant sur la plage. Peut-être un jour connaîtras-tu cette histoire.

J’ai 15 ans au moment où je t’écris, je suis la descendante de Rosaline : Héloïse Trudeau. Je joue du violon depuis plusieurs années déjà et je n’échangerais pas ce violon, même pour tout l’or du monde.

Si un jour tu te sens seul(e) ou incompris(e), dis-toi qu’il y aura quelqu’un pour toi partout où tu iras. Les gens qui nous aiment , on les oublie trop souvent. Ne perd jamais de vue tes amis, ta famille. C’est ce qui rend une personne riche. Même ceux, qui d’après toi ne t’aiment pas, t’aimeront sans doute un jour. Fais confiance à la vie. Émerveille-toi de chaque bonheur qui passe aussi petit qu’il soit : d’un cadeau d’un parent jusqu’au sourire d’un étranger. N’oublie rien.

J’ai la larme à l’œil en écrivant cette page. J’ai l’impression de fermer le livre d’une longue vie mais la mienne est loin d’être terminée. J’ai une boîte remplie de rêves à accomplir. Un par un, je les prendrai par la main et je marcherai avec eux aussi loin qu’ils me mèneront.

Bon voyage dans une petite partie de mon histoire.
( 28 septembre 2006)
Héloïse
Tendrement pour toi !
-xxx-

Héloïse plia le papier en quatre et le colla sur la paroi intérieure de son violon. Elle prit le pot de colle à bois et referma le trou avec beaucoup d’attention en rêvant à qui pourrait bien découvrir son secret. Elle n’en parlerait à personne comme l’avait fait Rosaline.

Son travail accompli, elle referma le boîtier, le rangea dans son garde-robe et s’étendit encore une fois sur son lit. Elle ferma les yeux… et puis s’endormit. La journée avait été plus dure qu’elle ne l’avait pensé.

Sa vie était maintenant au cœur de ce violon…Au cœur du violon . Au cœur de sa vie.

Geneviève Chagnon
# 2007
Âge : 15 ans


PARRAINAGE D'UNE FONDATION
Tous les fonds recueillis par la vente des oeuvres des deux gagnants serviront à aider un organisme à but non lucratif, spécialisé dans le décrochage scolaire, dans les milieux défavorisés .


Maintenant...
Inspire profondément!
Relève ta tête!
Prend ton courage à deux mains!
Et relève ce défi!

T' ES CAPABLE!


BON SUCCÈS À TOUS LES PARTICIPANTS
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