Vivre sans faim
Outre les frontières qui nous séparent ou les
couleurs qui nous différencient, un seul lien unit chacun
des êtres que nous sommes. Nous avons tous un départ
imposé et une fin indéterminée. La suite
reste entre les mains de ceux qui veulent rendre les choses meilleures, êtes-vous
une de ces personnes ?
***
Laurie se perdait dans son fouillis. Elle avait
du linge par dessus la tête et le sens de l’ordre était
une grande lacune chez elle. Sa mère la harcelait de ranger
sa chambre car elle attendait des invités vers l’heure
du souper, il restait donc à Laurie six heures pour effectuer
le miracle de remettre tout objet en place. Elle mit sa musique
préférée dans son radio-réveil, c’était
des chansons peu communes, ses goûts ne faisaient pas parti
de ceux qui passent à la radio.. Ses cheveux bouclés étaient
relevés derrière sa tête à l’aide
d’un élastique. La coiffure qu’elle faisait à chaque
matin la rendait sceptique, mais le résultat était
toujours étonnant. Elle portait son plus ancien pyjama
de flanelle qui, avec le temps, était devenu souple comme
de la soie. Elle était productive, jetant le quart de
son linge à la poubelle. Après une ablation de
sa garde-robe, la chambre était finalement propre. Le
soleil n’était pas encore couché vers 4h30
en cette après-midi de juillet. Elle se préparait
doucement quand la sonnerie de la porte retentit.
***
Zahara était agenouillée dans la terre et le soleil
lui plombait sur la tête. Ses mains étaient blessés
de toutes les graines de café qui avait passées
entre ses doigts. C’était son travail, amasser le
café dans les champs toute la journée pour la modique
somme de 890, 770 colons. Elle avait quatorze ans et déjà plusieurs
années s’étaient passé à empiler
le café dans les sacs, les jambes en compote. Ses journées étaient
longues, elles commençaient lorsque le facteur passait
et finissaient lorsque le soleil se couchait. Elle devait faire
de la route pour se rendre à son travail et elle la faisait
grâce à l’aide précieuse de ses pieds.
En revenant un de ces jours, elle avait compté 1600 pas
qui la séparait de chez elle. Depuis ce temps, elle comptait
ces pas avec l’attente du prochain. Zahara était
la deuxième d’une famille de six enfants. Il y avait
Lena, l’aînée, Loïc le troisième,
ensuite Rihanna, Locas et pour terminer Maloé. En fait,
Zahara était bien fière de sa petite famille. Ce
soir-là, en revenant de son travail, elle vit une silhouette
au loin. Elle approchait d’elle à une vitesse assez
rapide. Quelques minutes après, elle reconnu son petit
frère Locas qui courait vers elle pour lui parler. Il
s’arrêta devant elle, essoufflé. Des larmes
ruisselaient dans le coin de ses yeux. Zahara ne se demandait
même pas si c’était le vent, ou des larmes
de tristesse qui coulaient, elle savait la réponse. Elle
prit ses jambes à son cou, et et courut à son tour
vers sa maison. Elle ne dit aucun mot à son petit frère,
elle avait bien comprit, il la suivi. À son grand étonnement,
il réussissait à la rejoindre, pourtant elle avait
tellement l’impression d’être intouchable.
Elle voyait au loin la fin du chemin de terre, éblouie
par le coucher du soleil devant elle. Elle n’arrêta
pas de courir, jusqu’à ce qu’elle soit sur
le perron de leur petit logement. Elle entra dans l’appartement.
Elle aperçut sa maman, assise sur une chaise, la tête
entre les mains. Tout le monde était retiré dans
leur chambres, sauf Maloé qui se promenait sur le parterre.
Elle avait l’air triste elle aussi. Zahara confirma ce
qu’elle pensa. Elle éclata en sanglots, plus forts
qu’elle aurait pensé, plus épouvantables
qu’elle ne l’est imaginé en fait. Elle se
rendit a sa chambre et se laissa tomber sur son lit.
***
La mère de Laurie, Louise, alla finalement ouvrir la porte
aux invités qu’elle attendait. Le couple d’amis
n’était pas seul, ils étaient accompagnés
de leur fils, William. Laurie dévala les escaliers, lui
jeta un coup d’œil au moment où son pied descendait
la quatrième marche. Son pied gauche, inattentif, n’a
jamais atteint la cinquième. Laurie déboula! Sa
chute créa un immense fracas. Les invités, Maurice,
Maria et William tournèrent tous leurs regards vers elle,
Laurie devint écarlate. Sa mère couru à son
secours, lui questionna sur son état. Son corps était
bien intact, mais sa fierté venait de débouler
les escaliers de la honte. Sa mère échappa un rire
et les trois autres suivirent. Laurie était offusquée
et monta dans sa chambre. Elle avait toutefois eu le temps de
remarquer la beauté inévitable de William.
Le temps de descendre au rez-de-chaussée arriva bien
vite. Laurie retoucha son visage, maintenant dérougi.
Elle prit une grande respiration et ouvrit la porte de sa chambre.
Ha! Laurie sursauta. William était posté devant
elle, le bras prêt à cogner sur sa porte. La couleur
rougeâtre de son visage réapparut soudain :
«
- Salut.
-Euh… salut. »
Laurie recula d’un pas et William avança. Ils se
regardèrent dans les yeux :
«
- Je voulais te dire que je ne riais pas de toi tantôt.
- Ah d’accord, c’est pas grave, il fallait bien en
rire! »
Elle lui fit signe de descendre. Ses yeux doux
l’avaient
amadoué tout de suite, il était si mignon de venir
s’excuser à elle, Laurie avait pensé. Un
sourire orna le coin de sa bouche et elle essaya de retenir la
gène qui la faisait pour une deuxième fois rougir.
Laurie regardait son assiette avec un air interrogateur.
Elle se demandait comment elle allait bien ingérer son souper.
Son estomac était noué, elle sentait quelques sueurs
froides. William ressentait la même chose, mais le spaghetti
de Louise semblait succulent alors il avala tout. Les parents
des deux adolescents n’avaient même pas remarqué les
regards que ceux-ci se lançait de bord en bord de la table.
On sentait une friction entre les deux, un genre de magnétisme.
Ils se sentaient attirés autant que repoussés.
Ils se regardèrent, non pas comme des étrangers,
mais bien comme s’ils s’étaient toujours connu.
Laurie sentait l’énergie qui les reliait, elle ne
pouvait expliquer ce phénomène mais elle l’appréciait
déjà. Qui aurait pu croire que des escaliers pouvaient
la faire monter jusqu’au ciel?
La soirée se termina en une série de rires. Les
invités se préparèrent à quitter
la maisonnée. William avait parlé à Laurie
toute la soirée en tant que bons amis, mais la manière
qu’il regardait ses lèvres n’avait rien d’un
sentiment d’amitié. La maman de William prit les
clés. Tous les gens se saluèrent et la famille
Fournier décollèrent. Maria, la mère, prit
le volant, démarra le moteur, appuya sur l’accélérateur
et 20 secondes plus tard un bruit sourd se fit entendre. La voiture
s’immobilisa, toute éteinte. Le père de William,
Maurice sorti de la voiture, un peu fâché. Le moteur
avait brisé, avait conclu Jonathan, le père de
Laurie. Louise prit la parole :
«
- Maria, couchez donc ici, j’ai de la place!
- Ça pourrait être une idée, vous êtes
trop en boisson pour conduire et prendre un taxi est impossible, ça
coûterait la peau des fesses!
- Alors, prenez donc un autre verre, dit Jonathan. »
C’était bien le comble du malheur mais Laurie laissa
apparaître un sourire. William, de son côté,
fit de même. Quelques heures de plus à se regarder
vont peut-être estomper la passion entre ces deux-là!
Elle et lui n’en étaient pas si sûrs.
***
Zahara ouvrit ses yeux quelques minutes après. Elle était
comme dans un autre monde. Son père ne reviendrait plus.
C’était la raison de la course de son petit frère,
des pleurs de sa mère et des regards tristes de Maloé.
La guerre leur avait volé leur papa. C’était
d’ailleurs leur crainte depuis que la bataille avait éclater
entre le Costa Rica et le Nicaragua. Leur espoir c’était
effondré, enseveli sous une tonnes d’armes et de
gens loyaux à leur pays. Zahara se leva pour aller donner
une caresse à sa mère qui pleurait dans la cuisine,
Rihanna l’avait rejointe. Elles s’étaient
enlacées à trois. Un paquet d’amour et de
pleurs réunis, Locas s’était mis de la partie.
Leur mère avait commencé le souper. L’eau
qui bouillait interrompit leur étreinte.
Zahara savait que l’argent se ferait rare maintenant dans
sa famille. Dans sa tristesse, elle se réveilla deux heures
plus tôt pour subvenir aux besoins de ses frères
et sœur, du moins améliorer leur sorts. Elle arriva
donc 1 heure avant son habitude au travail. Son salaire était
encore moindre mais c’était déjà ça
de plus. Elle avait décidé de rester jusqu’à la
fermeture de la plantation de café. Les premiers jours,
elle faisait ses 1600 pas en alternant, course et marche à pied.
Une semaine plus tard, elle courait sans cesse. Elle avait trouvé un
moyen de libérer un peu sa peine. Plusieurs larmes s’échappaient
de ses yeux, lorsque ses pieds, un après l’autre
martelaient le sol à environ 7km/h. Elle suait et pleurait
en même temps mais elle était forte, elle le savait.
Elle arriva à la plantation, prête à travailler.
La jeune fille mit ses gants et s’agenouilla.
La température était convenable, plusieurs nuages
ornaient le soleil. La journée passa plus vite que les
autres. Zahara fit son chemin pour la deuxième fois, les
doigts irrités, le teint encore plus foncé. Tout à coup,
sur la route, elle aperçut une petite bestiole. Elle avançait
sur le sol de terre. C’était un petit lézard.
Il était beige, avec une queue d’environ un décimètre.
Zahara le trouva drôle, avec ses grands yeux qui la fixait.
Il n’était pas plus gros que la paume de sa main.
C’était la première fois que Zahara rencontrait
un reptile si courageux. Il ne bronchait pas. Il s’éloigna
un peu lorsqu’elle approchait sa main, mais il se laissa
quand même attraper. Zahara était fière de
sa prise. Elle continua donc le chemin à la course. Elle
arriva chez elle, fatiguée, et se retira dans sa chambre.
Elle cacha son petit ami dans une boîte qui lui appartenait
et se présenta à la cuisine. Sa mère faisait
chauffer quelque chose sur le poêle. Zahara s’approcha
de sa maman qui semblait épuisée. Elle la salua
d’un câlin et glissa dans sa poche de tablier les
quelques sous qu’elle avait amassé. Sa maman travaillait
au coin de la rue dans un petit marché de fruits. Locas
s’assit à la table. Il était tout énervé.
Il allait encore à l’école et ses camarades
de classe l’avait tous trouvé excellent au jeu de
yo-yo. Zahara le félicita fièrement. Elle éprouvait
une grande complicité avec son petit frère, surtout
lorsqu’elle regardait les traits de son visage qui ressemblait
particulièrement aux siens. Toutes la marmaille se mit à table.
L’aînée servit les bols et versait les fèves
aux lard dans ceux-ci. Tout le monde savait que c’était
tout ce qu’il y avait à manger, sans oublier le
pain. Chacun d’eux se tut et mangea. Tous sauf Zahara.
Elle prit son bol et le vida subtilement dans celui de Locas
et de Maloé. Elle offrit son petit bout de pain à Rihanna.
Elle se retira ensuite dans sa chambre quelques minutes. Quand
elle en sorti, tous avait terminé. Elle s’écria
:
« Hola Hola! J’ai quelqu’un à vous
présenter! »
Tous les petits yeux se tournèrent vers elle, émerveillés.
Elle avait ses mains fermées l’une contre l’autre.
Elle approcha d’eux. Locas monta, accroupit les deux genoux
sur la table. Zahara découvrit ses mains. Elle en laissa
sortir le petit lézard. Il marcha doucement sur la table,
en fixant toujours avec ses yeux immenses. Chacun des enfants
discuta, voulant tous le prendre dans leur mains. Zahara leur
demanda quel nom elle aurait bien pu lui donner. Ils lancèrent
tous leur idée une après l’autre. Zahara
riait. Tout le monde riait, jusqu’à ce que Maloé,
la plus jeune, dit : Papa.
Un froid se fit sentir. L’ambiance de fête c’était
transformé tout à coup. Zahara accepta l’idée,
et tout le monde l’acquiesça. Sa maman sourit du
coin des lèvres et Zahara recommença à rire.
Tout le monde toucha à son ami, Papa. Ensuite, elle alla
le reporter dans sa petite boîte et fit des trous. Elle
lui mit un petit bol d’eau et se coucha, les pensées
vers son père.
… elle entendait le bruit des vagues, elle sentait l’odeur
du sel. Elle se laissa porter par les rires et la cadence de
l’eau de mer. Son père la portait, elle n’avait
pas peur. Sa mère aussi était là, allongée
sur le sable. Son père riait aussi. Il riait parce que
la journée était belle et parce qu’il aimait
sa fille plus que tout. Les plages du Costa Rica étaient
merveilleuses, il en était fier. Il était aussi
fier de sa femme et leur autre fille aînée qui jouait
sur la plage. La vie était belle, la guerre n’existait
pas…
Zahara se réveilla. Ce n’était pas la première
fois que ses souvenirs revenait au creux de son cœur. Pourtant,
quand papa était là, elle ne s’en rappelait
pas d’être aller sur la mer. Maintenant, juste le
souvenir perçait son cœur mais le réchauffait
en même temps.
***
Les journées à se bécoter passèrent.
Presque deux mois avaient passés à vivre pleinement,
regarder les soleil briller. Leur relation c’était
liée très vite, mais Laurie avait une confiance
aveugle avec William. Louise le connut de plus et il était
très poli avec elle. Pendant ces semaines, William et
Laurie étaient allés au cinéma. Le film
qu’ils avaient regardé était un des plus
ennuyant mais, même s’il avait été bon,
Laurie n’aurait pu s’empêcher de toujours chercher
les lèvres de sa nouvelle moitié. Elle ne pouvait
se passer de lui, elle l’appelait très souvent,
lui aussi d’ailleurs. En fait, Laurie visait la perfection,
elle ne devait jamais avoir un détail en trop. En fait,
on était porté à croire qu’ils s’aimaient
pour vrai, ces deux jeunes fougueux.
Laurie se morfondit pendant une longue journée jusqu’à ce
que le téléphone retentisse.. Un frisson longea
son côté droit et fit agrandir ses yeux. Il lui
demanda de l’accompagner à la plage le lendemain
avec quelques amis, sans douter elle accepta. Tout d’un
coup, son cœur s’empli de hâte. Le lendemain
lui semblait si loin. Pour passer la journée, elle fit
la cuisine avec sa mère. Elle aimait bien cuisiner, ça
mettait une odeur chaleureuse dans la maison. La soirée
passa rapidement en discutant au téléphone avec
une de ses amies. Elle avait tellement de choses à lui
raconter, son nouvel amour, la plage du lendemain. Elle se promenait
d’un bord à l’autre de sa chambre en essayant
plusieurs maillots différents. C’était un
très grand dilemme. On aurait dit qu’aucun ne l’avantageait
autant que ce qu’elle aurait voulu montrer.
L’aube réveilla Laurie tout doucement. Son cœur
se mit à débattre lorsqu’elle réalisa
que c’était son jour de plage. Elle enfila tout
de suite son maillot choisi avec ardeur. Elle avait opté pour
le noir avec des fleurs roses. C’était celui qui
lui faisait les plus petite fesses, avait-elle pensé.
Elle ajouta sa petite robe soleil par-dessus le tout et passa à la
toilette. Elle s’examina de haut en bas, arrangea ses cheveux
et mis un peu de maquillage. Tout le monde est d’accord
sur le fait qu’on ne met pas de maquillage à la
plage, mais Laurie s’en foutait, elle voulait être
magnifique. Sa mère lui avait fait rôtir un croissant
mais Laurie le refusa, elle était bien trop énervée.
Elle attendit l’appel de son amour en regardant un film
de filles. Ça la faisait rêver de voir ces amoureux
dans l’écran en s’imaginant bien à leur
place. Sa tête n’était qu’un paquet
de rêves et de romans d’amour depuis ces derniers
jours. Tout ce qu’elle espérait, c’était
la même chose de son côté. Le téléphone
sonna. Elle sauta dessus. C’était William. Il l’averti
qu’il serait en retard. Elle eu une déception immense,
il serait là dans deux heures. Laurie raccrocha, et déprima,
tout seule dans son coin. Qu’est-ce que c’était
cette si grande frustration qui se logeait en elle? Elle avait
envie de tuer et de pleurer en même temps. Elle se mit à penser
que peut-être il ne l’aimait plus, peut-être
avait-il quelqu’un d’autre? Elle reprit ses esprits.
Ses pensées ne tournaient pas rondes. Toute cette frustration
pour un retard! Voyons Laurie, réveille-toi.
Elle reprit ses esprits quelques temps après. La jeune
fille alla attendre sur une chaise au soleil, histoire de retrouver
un peu son teint de plage. Elle s’endormit, les ultraviolets
saccageant sa peau.
William la réveilla, elle fit un sursaut. Il l’embrassa,
elle sourit. Laurie embarqua dans la voiture de location de ses
parents, Maria et Maurice qui avait perdu la leur à la
rencontre précédente. William avait son permis
de conduire depuis peu, mais Laurie avait entièrement
confiance en lui. Arrivés à la plage, Laurie observa
son bien-aimé vêtu de ses culottes courte, et d’un
camisole bien masculine. Elle laissait apparaître la forme
ses bras. Il était beau de partout, Laurie aurait pu passer
sa vie à cet instant juste pour le regarder marcher les
pieds dans le sable, sans oublier ses yeux si rayonnant au soleil.
Ils retrouvèrent quelques amis, proche d’une petite
cabane située dans le sable de la plage. Il y avait aussi
un terrain de volley-ball et le lac, bien sûr. C’était
magnifique! William présenta sa nouvelle copine à ses
amis. Cette dernière connu alors, Ric, Julia, Charlie
et Marie. C’était déjà deux couples
depuis quelques mois. Les jeunes filles étaient superbes
et les garçons encore plus. Il y avait seulement Laurie
qui se sentait un peu mal à l’aise. Son bikini noir
avec des fleurs roses n’était plus du tout à la
hauteur finalement. Bref, elle garderait sa robe pour tout le
temps que ce serait possible. Marie dit :
«
- Laurie, c’est ça? Quel âge as-tu?
- J’ai 16 ans , et vous?
- Ben, on a 17 ans, mais bientôt 18 ! On a vraiment hâte,
hein Julia ?. »
Laurie ressenti une honte à être elle-même.
Elle aurait voulu s’enfouir dans le sable. Son corps ne
lui apparaissait plus du tout comme avant. Elle se demandait
réellement comment William avait pu avoir une attirance
envers elle quand des belles filles comme celles-là étaient à sa
disposition. Il devait jouer un jeu, c’était impossible.
Elle n’avait pas d’aussi gros seins et encore moins
un ventre plat et bronzé. William vint la prendre dans
ses bras. Il lui chuchota à l’oreille.
« - Tu as l’air bizarre. Viens-tu
jouer au volley?
- Euh, je pensais aller aux toilettes, est-ce qu’il y en
a ici?
- Je crois bien. Je vais demander aux filles de t’accompagner
.»
Laurie essaya de répliquer. Elle n’avait pas besoin
d’eux pour aller à la salle de bain. Mais avant
qu’elle puisse s’exprimer Marie et Julia arrivèrent
en courant. Il la tirèrent par la main et l’emmenèrent
dans leur course. Devant le miroir des toilettes, les filles
comme de coutume, se regardèrent dans le miroir. Elles
semblaient parfaites autant dans la réalité que
dans leur reflet. Laurie ne pouvait supporter cette image, et
ce qui l’effrayait le plus c’est qu’elle ignorait
pourquoi. Elle quitta la pièce et laissa les filles à elles-mêmes
sans avoir pensé à son petit besoin. Elle alla
rejoindre William et lui dit qu’elle aimerait bien partir,
elle appellerait sa mère. Il refusa et l’accompagna.
Elle avait menti avoir un mal de tête atroce à cause
du soleil, il comprit et démarra la voiture. Elle pensait être
soulagée une fois les deux fesses assise sur le banc de
la voiture, mais non, son corps lui apparaissait toujours aussi
laid. Elle arriva chez elle, mais quand elle appela quelqu’un
dans sa maison, personne ne répondit, ses parents étaient
absents. Elle laissa William entrer avec elle. Sa maison était
toujours aussi chaleureuse surtout avec la lumière qui
venait de la porte vitrée. Laurie se sentait ébranlée
parce qu’ elle ressentait un besoin de se sentir belle.
Elle posa ses lèvres sur celles de William. En fait, elle
l’embrassa comme jamais. Même William c’était
demandé si ce n’était pas trop vite, ils
se connaissaient à peine. Laurie retira son chandail et
l’attira vers l’escalier. Elle monta, marche par
marche, prenant soin de ne pas délaisser ses lèvres.
Elle poussa la porte de sa chambre, se laissa tomber sur son
lit. Il était couché sur elle, lui souriait. Elle
esquiva un sourire. Il était encore plus beau qu’elle
pensait lorsqu’il était mis à nu de la sorte.
Son cœur battait plus vite qu’elle le croyait aussi…
***
Zahara ouvrit légèrement ses yeux. Le soleil était
caché en cette journée à Santa Elena. Zahara
voyait des nuages derrière sa fenêtre. Elle mit
un pied par terre, s’étira légèrement
et prit son courage à deux mains pour se lever. Chaque
matin, elle avait une petite pensée pour son père,
livré à la bataille il y avait plus de deux mois.
Sa mère avait déjà quitter la maison. Locas
dormait profondément, Maloé aussi. Elle décida
qu’elle ne pouvais aller travailler ce jour-là.
Maloé serait seule car Lena était sortie pour la
journée. Elle prépara quelques aliments quelle
avait trouvé dans l’armoire. Elle fit cuire un peu
de soupe. C’était un drôle de déjeuner,
mais Zahara n ’y pouvait rien. Les enfants se levèrent
un après l’autre, tous les yeux pochés. Après
que tous soient servi à leur place respectives, Zahara
alla dans sa chambre. Elle sorti du papier et un crayon de son
petit tiroir. Elle écrivit quelques encouragements à elle-même.,
pour se pardonner des gestes qu’elle allait bientôt
poser.
Elle retourna dans sa cuisine et desservi ses
petits amours. Locas vint la remercier au creux de son oreille.
Une chance qu’il était
là pour lui faire oublier sa faim. Zahara prit Maloé de
sa petite chaise, alla l’habiller de quelques morceaux
de linge et l’amena avec elle à l’extérieur
de son logement. Il y avait du vent à en couper le souffle.
Zahara tenait Maloé fort entre ses bras, et gravit la
tempête. Elle se rendit au marché en essayant d’éviter
de croiser sa mère qui ne serait pas fière des
gestes qu’elle comptait faire. Pleins de petits toits protégeaient
les marchands des grosses pluies. Zahara se promenaient entre
eux. Elle tenait dans ses bras un petit sac. Zahara déposa
Maloé par terre, elle fit quelques petits pas seule. Elle
alla rencontrer la dame qui vendait plein de noix assorties.
Zahara en empocha plusieurs pendant que celle-ci cajolait sa
petite sœur. Elle cacha son sac et reprit le contrôle
de Maloé. Elle l’attrapa et parti plus loin, saluant
la vieille dame. Elle se retira dans un petit coin, assis Maloé sur
ses genoux et reprit son souffle. C’était dure pour
une fillette de 14 ans d’agir contre ses valeurs. Du vol,
c’était comme trahir son pays, son père lui
avait toujours répété, mais leur papa les
avait mis dans un piètre état, même s’il
y était pour rien. Elle lui demanderait de lui pardonner
en regardant le ciel comme elle le faisait chaque soir. Sa famille
devait survivre, elle devait se résigner. Elle gonfla
ses poumons, entraîna sa petite sœur par la main et
continua sa tournée. Maloé faisait toujours aussi
fureur auprès des vendeuses. Elle avait un grand sourire,
des petits cheveux doux comme de la soie et surtout des grands
yeux verts. On ne pouvait résister, Zahara l’avouait.
De plus, Maloé jouait très bien son jeu. Elle adorait
obéir à sa grande sœur quand elle lui chuchotait « Va
taquiner la Madame ». Zahara remplit son petit sac de fruits,
de noix, de légumes, de sac de riz et de « yerba
matté », une boisson du pays. Elle était
fière de ses trouvailles, mais triste en même temps.
Elle essaya de renier ses pensées, elle n’avait
pas le choix. En entrant chez elle, elle rangea ses denrées
dans l’armoire. Elle sortit un fruit, le coupa, elle donna
quelques morceau à Maloé en la félicitant.
Elle en donna aussi à Locas qui avait remarqué leur
arrivée. Rihanna aussi montra le bout de son nez. Tout
le monde goûta à la mangue, aussi précieuse
qu’elle était.
On cogna à la porte et Zahara sursauta. Elle n’avait
pas l’habitude d’entendre ce son. Elle alla ouvrir,
en prenant soin de seulement entrouvrir la porte. C’était
un homme, très imposant. Il dit :
«
- Je dois parler à Mme. Bolanos
- Elle est absente pour le moment. Revenez plus tard s’il
vous plait, intervint Zahara.
- Non, je dois entrer. J’attendrai à l’intérieur.
- Non.
Il poussa la porte, Zahara recula. Elle n’avait pas le
choix de le laisser entrer. Elle avait envie d’avertir
quelqu’un ou de crier mais, personne ne saura jamais pourquoi,
elle a gardé son calme. L’homme s’est assis
sur une chaise, sous le regard perturbant de Maloé. Zahara
ne lui offrit rien à boire ni à manger. Premièrement,
parce qu’elle n’avait pas envie et deuxièmement
parce qu’elle n’avait rien à offrir. Sa mère
arriva quelques temps plus tard ce qui soulagea Zahara. L’homme
n’était pas bavard. Lorsque Samira arriva, il en
dit beaucoup, même trop.
« - Votre mari devait de l’argent. Si vous ne le
rendez pas tout de suite, votre maison sera saisie et vos meubles
aussi. Si vous faites le calcul, il ne vous reste rien. Sauf
votre 2..3..6 bambinos. Alors, dépêchez-vous, je
vous laisse jusqu’à demain, première heure. »
Samira était estomaquée. Elle éclata
en sanglots. Elle ne savait que faire, jamais elle ne serait
capable
de tout rembourser. Pourquoi son mari avait-il des dettes ?
« - Votre mari devait plus que la valeur de tout ce que
vous avez. Et comme vous ne pourrez pas payer. Nous allons devoir
passer aux choses sérieuses.
- Je ferai n’importe quoi pour que mes enfants aient un
toit. Que dois-je faire ?
- Donnez-moi votre aînée. Elle saura rembourser
beaucoup plus vite que vous.
- Lena ? Non, jamais de toute ma vie je ferai ça. Allez
vous faire foutre, vous êtes un menteur ! Avez-vous des
papiers ? Comment puis-je vous croire !
- Votre mari était un menteur. Quand on est menteur, on
a aucun papier, on a seulement des hommes qui sont engagés,
comme moi pour tuer la famille de ceux qui ne paient pas leurs
dettes. »
Lena, après avoir entendu ces phrases se mit à pleurer.
Zahara , elle resta cachée derrière le cadre de
porte, Locas était derrière elle. La haine envers
cet homme ne faisait que grandir en elle. Elle s’imaginait
en train de le tuer sur place pour sauver sa famille. Zahara
chuchota quelque chose dans l’oreille de Locas. L’homme
accrocha Lena par le bras et la tira. Samira pleurait et retenait
sa fille. Lena hurlait et se débattait. Le géant
grimaçait quand les coups de pied de Lena lui saccageait
la cage thoracique. La rage montait en lui. Il n’était
pas venu ici pour se tirailler avec une jeune fille de 16 ans.
Zahara sorti de son coin, elle dit à Loïc, son frère
de 13 ans, qui de retenir sa mère. Il ne comprenait rien
du tout à ce scénario. Elle lui dit de se taire
et d’obéir brusquement. Il acquiesça. Zahara
alla voir l’homme et se positionna en face de lui. Lena
s’arrêta tout à coup et la regarda droit dans
les yeux.
«
- Prenez-moi. Mais vous irez acheter de quoi manger à ma
famille. Et plus jamais vous ne l’embêterai…
- J’ai aucun ordre à recevoir d’une petite
fille !
- …sinon je prendrai le couteau de mon père pour
vous saccager l’intérieur et ce sera alors un autre
homme qui sera chargé de venir récolter l’argent,
car vous ne serez plus de ce monde.
- Je m’en fous de une ou de l’autre, j’ai pas
de temps à perdre alors DÉPÊCHE-TOI ! »
Locas arriva alors avec son sac rempli de ses
effets personnels. Zahara lui avait ordonné de vider son tiroir afin d’emballer
tous ses souvenirs, il pleurait énormément. Samira
venait de réaliser et elle se riva sur sa fille. Son fils
Loïc la retenu, elle ne pouvait avancer. Il la tenait entre
ses bras. C’était une force qu’il n’avait
jamais connu, une mission qu’il n’avait jamais remplie.
Loïc trouvait difficile de retenir sa maman afin de l’empêcher
de sauver sa sœur, mais c’était son devoir,
il savait qu’il devait être fort. Locas embrassa
sa sœur, qu’il était brave ce petit homme !
Zahara disparut dans l’embrasure de la porte en criant « Je
vous aime » aux siens. Samira s’effondra par terre.
Elle était incontrôlable. Elle savait aussi que
le drame qui leur arrivait l’était. Ils pleurèrent
tous ensemble le départ de leur petite sœur, le genoux
sur le sol . Zahara embarquait dans la voiture. Qu’elle était
laide ! Elle regarda à la fenêtre son appartement.
Elle éclata en sanglots. Elle avait peur, mais au moins
sa famille vivrait. C’était la seule chose qui l’importait
maintenant…
***
Laurie regardait William se rhabiller. Leur corps qui s’étaient
mélangé changeait sa manière de le regarder.
Elle l’aimait. C’était fou comme elle l’aimait.
Elle n’arrivait pas à expliquer. L’aimait-il
autant ? Laurie se posait toujours un millier de questions. Trouve-il
son corps assez séduisant ? Il répondait toujours
oui, c’était certain. Cela ne réussi pas à la
convaincre car jamais il ne lui dirait non.
La lumière qui laissa voir son corps la gênait.
En fait, elle avait essayé plusieurs régime qui
pouvait la faire sentir mieux dans son corps. Elle attendait
d’être « à point » pour se livrer à lui,
finalement, le poids qu’elle désirais ne semblait
pas encore lui plaire. Ce moment avec lui l’avait rendu
plus qu’heureuse, mais Laurie ressentait toujours un petit
quelque chose de bizarre. William dût partir, sa mère
avait besoin de la voiture pour aller faire l’épicerie.
Laurie le reconduit à la porte. Elle l’embrassa
et elle referma la porte d’un coup sec. Elle se dirigea
tout de suite dans sa salle de bain. En se regardant dans le
miroir, elle retira son chandail pour mieux observer ce qui clochait.
Elle se regarda de profil et de dos. Laurie fit tous les recoins
de son corps. Elle ôta ensuite ses pantalons, ses cuisses
la dégoûtait, son ventre aussi. Elle avait de la
misère à se regarder comme avant, lorsqu’elle
a acheter tous ses maillots de bain qu’elle trouvaient
magnifique sur elle. En fait, elle était même fière
de pouvoir le porter, car sa poitrine avait grossie. Maintenant,
elle voudra qu’elle rapetisse, tout comme chaque parcelle
de son être. Elle s’agenouilla sur le bord de la
toilette. Elle avait déjà vu sur Internet que cette
façon de faire faisait des miracles. Laurie était
convaincu qu’elle avait besoin d’un miracle. Elle
s’exécuta. Ses doigts furent le travail. Elle vomi
son dîner, elle trouva cela tellement simple, même
qu’elle avait aimé la sensation de se sentir vide.
Son cœur aussi allait se vider à petit feu mais elle
l’ignorait encore.
Les jours suivant, elle s’abstenu de manger certaine chose.
Elle c’était inventé une petite diète
temporaire, histoire de reprendre le poids qu’elle avait
en tête, qui semblait se diviser au fil des jours. Sa mère
n’avait rien remarqué du tout. Elle mettait son
manque d’appétit sur la faute de l’amour,
racontant à chaque repas des péripéties
enjolivant ses amours de jeunesse. Laurie n’avait pas que
cela à penser, l’amour. En fait, William c’était
un peu retirer de sa tête ces derniers temps. Elle était
occupée à travailler sur elle-même. Lorsqu’il
appelait, elle était de bonne humeur, cachant derrière
sa voix enjouée ses petites craintes personnelles.
William vint la visiter, il arriva avec des fleurs.
Quelle merveilleuse manière de venir toucher le cœur de sa princesse
! Elle riait car elle était heureuse de le voir. Par contre,
lui trouvait qu’elle avait changé. Il n’aurait
pu mettre le mot sur cette différence. Pourtant, seulement
une semaine les séparait de leur dernière rencontre.
Elle disait avoir préparé le repas pour tout le
monde, William y comprit. Elle cuisina des pâtes, accompagnée
d’une salade. La maison était chaleureuse, comme
chaque fois que Laurie cuisinait. Elle servit la table. Elle
avait donné congé à sa mère. Elle
avait même été faire les courses à pied.
Laurie servit ses invités. Leur donnant la salade et un
plat de pâtes. Elle se servit en dernier et ne prit qu’une
salade. Sa mère la reprit sur le fait qu’elle devait
manger plus que ça. Elle dit qu’elle en n’avait
pas assez car ses portions avaient été mal calculées.
De toute façon, Laurie avait un appétit d’oiseau
ces derniers temps. Elle disait qu’elle avait grignoté toute
la journée. Sa mère se tut et continua à manger.
Le repas se fit agréablement dans une ambiance d’amitié et
d’amour. Laurie aussi trouvait que la vie était
bien belle.. mais en dehors de son corps.
Lorsque le temps de dormir sonna, Laurie alla
prendre une douche. Elle fit couler le jet, s’agenouilla devant la toilette… et
puisa sa souffrance sans que personne ne l’entende. Elle
prit une douche rapide et sorti, toujours fidèle à son
pyjama de flanelle. Louise avait installé un petit lit
pour William dans la chambre de sa fille. Laurie se coucha dans
ses couvertures, son amoureux vint la rejoindre silencieusement.
Il l’enlaça et Laurie se crispa légèrement.
Elle l’averti que ce soir, elle n’avait pas du tout
envie. William se senti choqué. Il ne faisait que l’enlacer
et tout de suite Laurie se mit sur ses gardes. Elle lui répliqua
d’une façon brusque.
«
- Personne n’a le contrôle sur mon corps !
- Je ne veux pas de contrôle, Lau. Je te prend dans mes
bras parce que je t’aime, mais si ça fait pas ton
affaire, je vais retourner dormir !
- Ben, fais donc ça ! »
William arrêta sec de parler. Il ne croyait pas ce qu’il
venait d’entendre, ce n’était pas Laurie qui
avait parlé c’était un monstre ! Il retourna
dans son petit lit et resta les yeux grands ouverts à penser.
Laurie sommeillait. Elle n’arrivait plus à dormir
comme elle le faisait avant. Au moins, elle dormait un peu entre
les 10 fois qu’elle se réveillait. En écoutant
la respiration de William derrière elle, elle s’en
voulait de lui avoir répondu d’une telle façon.
Cela la choquait de ne pas contrôler ses paroles parfois,
elle se choqua contre elle-même. Quels étaient ces
comportements ? Elle ne se reconnaissait plus. Elle se leva de
son lit, marcha sur la pointe des pieds, atteignit le lit de
William et se coucha à ses côtés. Il se réveilla
doucement, l’enlaça et se rendormit. Le lendemain
matin, Laurie se réveilla dans ses bras. Même si
elle avait chaud là où elle était, elle
se leva du matelas. Elle s’habilla silencieusement et sorti
dehors. Il faisait chaud, mais elle ne regrettait pas d’avoir
mit des pantalons, qui cachait désormais ses cuisses.
Elle couru, ne sachant pas où elle irait. Le chemin semblait
de plus en plus long, mais elle ne s’arrêtait pas
pour autant. Plus loin, toujours plus loin. Elle avait chaud,
elle suait de partout. La pensée de toutes ses toxines
qui s’évacuaient de son corps l’encourageait.
Elle allait au bout de ses limites, son cœur battait à toute
allure, elle essaya de reprendre son souffle, mais celui-ci ne
venait pas. Après s’être allongé par
terre dans son entrée, Laurie entra dans sa maison. Faisant
bien attention de ne pas faire de bruit, Laurie se rendit à la
salle de bain, comme d’habitude. Elle se doucha. Quand
elle monta dans sa chambre, le cadran indiquait 7h.
***
Zahara touchait avec ses doigts le velours des
draperies qui l’entouraient. Le mois qui venait de se passer lui avait
donné des cernes et avait encore plus affaibli son moral.
Elle regardait partout autour d’elle, cherchant une issue à ce
qu’elle vivait. Elle était vêtue d’une
façon illégale à son avis, c’était
une situation qui la mettait très mal à l’aise.
Du tissu à paillette recouvrait ses seins, et un triangle
d’un autre couleur lui servait de petite culotte. En, fait
elle avait envie de pleurer, sa mère lui manquait plus
que tout. Chaque jour était de pire ne pire, par contre,
elle se disait que c’était la meilleure chose à faire
: maintenant, sa famille avait de quoi se nourrir. Le Maître
lui avait promis de leur donner de quoi manger. Le Maître,
c’était l’homme qui était venu kidnapper
sa jeunesse la dernière fois. Il ordonnait qu’on
l’appelle par ce nom, ce que Zahara trouvait totalement
stupide car il ressemblait plus à un malfaiteur sans scrupule
qu’un maître honoré.
Un homme poussa les rideaux, Zahara rougit et
se crispa. La honte, et la peur la submergea, pourtant l’homme semblait
aussi nerveux qu’elle. Il la regardait de ses yeux pervers.
Son innocence c’était toute suite éteinte.
Zahara obéissait à ses ordres, petite et sans expérience.
Elle ne comprenait rien à rien. Les hommes venait la voir
pour la faire souffrir, il la violait et exigeait d’elle
des choses atroces, comment cela pouvait-il exister ? Comment
Zahara avait-elle pu se retrouver dans ce taudis ? Elle essaya
de penser le plus fort qu’elle pouvait à Locas,
Maloé, Rihanna qui vivait si bien dans ses rêves.
L’homme gémissait, et Zahara pleurait. L’ambiance était
noire et cruelle, elle avait envie de vomir ses tripes. Tout
d’un coup, c’était trop, elle poussa l’homme
qui tomba dans les rideaux bourgognes qu’elle trouvait
d’ailleurs d’une couleur dégoûtante
et sorti par la fente. La lumière lui fit mal aux yeux,
elle pleurait toujours. Deux hommes étaient assis sur
des chaises et la regardaient, vu son décolleté ahurissant.
Elle cherchait la sortie, nerveuse, quand le Maître l’intercepta.
Elle leva les yeux pour croiser les siens. Son regard l’assomma.
Il tendit son bras en lui pointant sa petite place en velours.
Elle regarda sur les rideaux un pancarte s’y trouvait.
« Je suis une nouvelle recrue, j’adore les nouvelles
expériences, aidez moi à perdre ma virginité…
Katalina »
Zahara vint écarlate.
«
- Vous êtes un salaud ! J’ai déjà payé,
je veux retrouver ma famille !
- Non, tu vas payer encore ! Penses-tu que je vais te laisser
aller comme ça ! ?
- Je vous haie ! C’est vous qui allez payer … je
le jure sur la tête de ma mère, c’est VOUS
QUI ALLEZ PAYER !
Zahara courut jusqu’à ses rideaux et les arrache
tous un par un. Le Maître le tint par le bras et la monta à l’étage.
C’était un appartement, d’ailleurs très
luxueux, il y avait des grandes fenêtre et des fruits dans
un plat. Zahara les dévora des yeux. Le Maître verrouilla
la porte et l’assit sur une chaise. Il lui ordonna de ne
plus bouger. Elle le regarda, ses yeux s’emplissaient d’eau à chaque
seconde. Elle avait de la misère à tenir, même
si deux jours seulement la séparait de sa dernière
rencontre avec sa famille, elle n’avait rien avalé depuis.
Le Maître ouvrit le réfrigérateur, il y avait
tellement de nourriture ici ! Ce serait le paradis pour tout
le monde, avait pensé Zahara. Le Maître commença à couper
des fruits d’une façon très rapide. Il sorti
quelques biscuits et un verre de lait. Il apporta le tout à Zahara
dans une assiette et elle avala quelques fruits. Elle pensa tout
de suite à sa famille qui crevait sûrement de faim.
Leur réserve de nourriture devaient s’achever à l’heure
qu’il était. Zahara s’arrêta brusquement
d’avaler tout rond les aliments devant elle. Elle ordonna
au Maître d’envoyer tous ces fruits à sa famille,
ils en mangeaient très rarement. Le Maître ne répondit
rien. Elle hurla.
« - VOUS ALLEZ LEUR ENVOYER, HEN ?! JUREZ-LE ! »
Le Maître acquiesça et la desservit. On aurait dit qu’il
avait pitié. Zahara éclata en sanglots. Elle était hystérique,
le ventre vide et le cœur remplit de bonté. Elle souffrait seulement
pour sa famille, son seul espoir. Elle resterait en vit juste pour qu’eux-mêmes
vivent, elle venait du ciel pour aider les siens. Elle survivrait, les jambes
molles, sa peau qui embrassait de plus en plus ses os et avec son courage invincible.
Le Maître la regarda, au fond de lui désolé d’être
obliger de servir à son propre Maître, qui lui ordonnait de livrer
cette petite fille dans la gueule de l’enfer…
***
Laurie courait, vomissait, refusait, et maigrissait à vue
d’œil. Ses parents étaient de plus en plus
inquiets de son état, mais ne semblaient pas voir la gravité de
la situation. Un mardi après-midi à 1h, en fait
c’était une belle journée de juillet que
Laurie s’apprêtait de gâcher, elle marchait,
enfin courait vers la pharmacie qui était plus ou moins
loin de chez elle. Elle avait l’intention de mettre en
pratique un autre truc qu’elle avait vu sur Internet, sur
un des sites mortels qu’elle naviguait de temps à autre.
Lorsqu’elle mit les deux pieds dans la pharmacie, son souffle
coupait encore une fois. Elle réussi à le rattraper,
toujours proche de le perdre. Une femme la regardait entrer dans
la pharmacie. Elle revenait de son travail et était toujours
en tailleur. Laurie avait attirée son attention et la
suivit du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse
derrière les rayons. Laurie regarda derrière elle
pour être sure de ne pas se faire regarder, elle entra
dans l’allée des médicaments. Elle chercha
des yeux le produit qu’elle cherchait, son regard accrocha
le bon. Elle monta sur la pointe de ses pieds pour l’atteindre
quand une dame en tailleur vint derrière lui pour lui
proposer son aide. Laurie refusa, gênée. La dame
reparti, sachant que quelque chose ne tournait pas rond avec
cette jeune fille. Laurie refit une tentative. Finalement, le
bout de son majeur atteint le bas de la bouteille et elle tomba
par terre. Elle la ramassa rapidement et dégagea l’allée.
Elle mit la bouteille sur la caisse, essayant
de cacher l’étiquette
avec un paquet de gomme. La caissière, ayant déjà vu
cette bouteille défiler plusieurs fois, ne remarqua rien
du tout. Laurie ne dit mot et se dirigea vers la sortie. Après
cette expérience gênante, Laurie sorti le produit
de son sac, le déboucha et avaler quelques gorgées.
Elle regarda ensuite l’étiquette inscrite « Lax-O-Lax »,
ce laxatif qui finirait sans doute par la faire disparaître.
La mère de Laurie naviguait sur Internet, elle cherchait
des informations de personnes spécialisés qui pourraient
peut-être l’éclairer au sujet de sa fille
unique. Ses yeux s’agrandirent tout d’un coup à la
vue d’un site sur l’anorexie, mais déjà entré dans
l’ordinateur. Elle cliqua sur celui-ci, des images de filles
complètement squelettiques lui apparut sous les yeux.
Des mots d’encouragement étaient écrits en
dessous de chacune d’eux. « Lâchez pas les
filles, faut tout endure… on contrôle notre corps »
Louise vint la gorge nouée. Elle glissa descendit plus
loin sur la page. Elle vit Laurie. Ses yeux vinrent plein d’eau à la
vue de sa seule fille, presque nue et maigre comme un os. Elle
avait remarqué la taille de sa fille qui rétrécissait à vue
d’œil, mais jamais sous cet angle, en enlevant ses
vêtements larges et des dizaines de camisoles qu’elle
portait sous ses chandails. Quand Laurie revint de sa grande
marche, encore pleine de sueur, elle entra dans sa maison, reprit
encore une fois son souffle et monta à l’étage.
Elle vit sa mère clapoter à l’ordinateur,
elle remarqua la site qu’elle regardait. Elle hurla à sa
mère.
«
- T’as pas le droit !
- Quoi ? Penses-tu que toi t’as le droit de détruire
ton petit corps comme ça ! »
Louise pleurait à chaude larmes. Laurie entra dans sa
chambre et claqua la porte. Elle s’assit sur son lit, prit
une grande respiration qu’elle ne trouvait plus et sous
les sanglots de sa mère, elle s’évanouit.
***
Zahara restait dans son coin. Elle partageait
un dortoir avec plusieurs filles, aussi différentes l’une que les
autres. Elle griffonnait sur un papier une lettre qu’elle
avait envie d’écrire à ses frères
et sœurs.
« Chers amours,
Je sais que la vie est difficile, mais d’où je suis,
je ne pense qu’à vous… »
Elle griffonna ce qu’elle venait de d’écrire
avec des petites pattes de mouches. Les filles autour d’elle
consommaient de la drogue à s’en rendre malades.
Ce devait être ça qui rendait l’ambiance invivable,
ce qui l’assommait. Ces filles en mini-jupes, les cheveux
peignés comme des poupées et les yeux noirs de
fatigue irritaient Zahara plus que tout. Elle sorti de sa bulle
pour entrer dans le monde de fumée. Ses jambes étaient
de plus en plus molles et ses cheveux étaient gras. Elle
se dirigea vers le petit lit qui lui étaient attitré et
se coucha. Ses yeux fermaient mais ses craintes restaient là,
rouges vives. Zahara n’osait plus toucher son corps tellement
il avait changé. Ses côtes étaient apparentes
et son visage avait aminci. L’amour de sa famille l’empêchait
de sentir à quel point elle avait faim. Elle se battait
tellement contre le bruit de son ventre qu’elle réussissait à le
nier.
Quand elle se réveilla le lendemain matin, elle sentait
la faiblesse l’envahir. C’était peut-être à l’idée
de retourner se morfondre entre ces deux rideaux sales. Elle
essayait d’effacer le fait que c’était parce
qu’elle mourrait de faim, elle compensait en pensant à sa
famille qui devait se régaler ! Zahara rejoignit les autres
filles, ou dirait-on les fillettes qui était dans le même
trou qu’elle. L’homme qui les escortait jusqu’à leur « lieu
de travail » sentait la sueur et les regardait d’un œil
méfiant. Ils traversaient la rue la plus mouvementée
de San José. Le bar n’était plus très
loin de là, seulement quelques coins de rue. On voyait
pleins de gens pressés se rendre de leur point de départ à leur
point d’arrivée sans même porté attention à une
troupe de filles l’air maussade qui suivait un homme bizarre.
Ce dernier avait l’air bien louche, Zahara le fixait totalement.
Une seule chose lui trottait dans le tête, elle l’obsédait
en fait. Elle regardait la rue, l’homme, la rue et l’homme.
Son cœur palpitait de plus en plus. Elle aussi commençait à suer,
sa bouche devenait sèche tout à coup. Elle prit
sa décision, c’était une question de vie
ou de mort. Elle prit une grande respiration, prit ses jambes à son
cou et s’éloigna de la troupe le plus vite possible.
Elle contournait tous les gens d’affaires. C’était
maintenant elle qui était trop pressé pour porter
attention à tout autre être différent que
sa famille, car c’était son but, sa famille. Elle
avait l’intention de la retrouver la journée même.
Après avoir couru au moins 4 kilomètres, et que
son adrénaline s’était estompé légèrement,
elle entra dans un petit restaurant pour demander la direction
de Santa Elena. La dame était décourager car c’était
un village assez éloigné, mais voyant la pitié de
Zahara, elle accepta de s’asseoir quelques secondes avec
elle pour lui expliquer. Elle avait bien remarqué que
Zahara n’était pas la genre de fillette à être
habitué avec la vie de la ville, elle lui détailla
alors la manière de se rendre à l’arrêt
d’autobus. Zahara était très reconnaissante
du geste de la dame et parti à l’aventure, une aventure
de vie ou de mort.
***
Les sirènes de l’ambulance alarma Louise. Elle
se leva et alla les accueillir à la porte. Ils n’avaient
pas du tout le temps de se faire accueillir, ils montèrent
tout de suite à l’étage. Deux d’entre
eux apportèrent une civière afin de transporter
le corps immobile de Laurie. Le stress c’était emparée
de Louise, qui n’arrivait pas à joindre son mari.
Les ambulanciers demanda à Louise si elle voulait embarquer à bord
de l’ambulance, mais elle refusa, voulant prendre sa voiture.
Laurie était entre bonnes mains, lui avaient-ils affirmé,
mais ce n’était pas ce qui arrivait à ralentir
les battements de cœur de la mère. Jonathan finit
par rejoindre Louise qui était en route pour l’hôpital,
William aussi avait été averti. Ils étaient
tous aussi sur le chemin du bâtiment. Dans l’ambulance,
l’homme vérifiait la maintenance de Laurie. Il était
inquiet de son état. L’ambulancière qui l’assistait
aussi doutait du pouls de sa patiente. Laurie respirait à l’aide
d’un appareil respiratoire, ce qui n’était
pas un très bon signe. Lorsque le jeune homme souleva
son chandail, il fut ahuri par la grosseur de Laurie, elle portait
en effet plusieurs camisole pour cacher sa maigreur et ne pesait
pas plus de 35 kg. Il alerta l’hôpital du cas qu’ils
avait en main, qui était plutôt grave. Ils arrivèrent
moins de trois minutes plus tard. Laurie restait inerte sur la
civière, l’ambulancier se pressait de la diriger
vers l’urgence. Elle devait attendre le médecin,
mais celui-ci, aussi surprenant qu’il soit ne tarda pas.
Il mit Laurie sous observation, elle semblait se maintenir, mais était
toujours inconsciente. L’infirmière injecta un soluté dans
la veine de son bras droit. Louise et Jonathan arrivèrent
en même temps dans la salle, elle n’avait pas droit à plusieurs
visite. Jonathan se porta alors volontaire de sortir lorsque
William arriverait. Il donna un baiser à sa fille, il
s’en voulait terriblement de ne pas avoir vu cette torture
avant d’en être rendu-là.
Louise pleurait énormément, elle qui la voyait
diminuer ses repas, et courir à quelques reprises, elle
avait cru que c’était un moment de questionnement
dans sa vie d’adolescente mais elle avait eu tort. Un moment
de 5 mois qui n’aurait même pas dû exister.
Laurie était maintenant inerte, habillée d’un
jaquette bleue qui laissait paraître ses bras pas plus
gros que le poignet de sa mère. En fait, c’était
l’horreur, un véritable drame. William entra dans
la chambre, Jonathan était sorti se chercher un café,
ses yeux s’emplirent d’eau. Il se riva sur Laurie,
qui ne broncha pas. Il n’osait plus la toucher, comme il
faisait il y a quelques temps. Il était bouleversé de
voir le corps de sa copine avec un si grand changement, ses os étaient
tous plus apparent l’un que l’autre et sa figure
n’était désormais plus la même. Il
pleura la perte de son être chère.
Deux jours plus tard, Laurie n’était toujours pas
sorti du coma, le médecin l’avait appelé ainsi,
Louise détestait ce mot. Elle aimait mieux se dire que
sa fillette dormait profondément comme lorsqu’elle était
un bébé. Les infirmières veillaient sur
Laurie comme jamais. Lors de la troisième journée,
le médecin averti les parents de la malade que si elle
ne se réveillait pas, elle n’aurait bientôt
plus assez d’énergie pour seulement respirer. Ils étaient
démolis, Louise n’y croyait rien, sa fille vivrait,
peu importe le jour où elle se réveillera.
Laurie ouvrit ses yeux lentement. Elle ne voyait
rien du tout, la lumière pourtant basse de la place l’aveuglait.
Elle n’avait aucune idée de où elle était.
Elle avait aucune force en elle, même son petit doigt avait
de la difficulté à se déplacer sur les couvertures.
Elle prit quand même son courage à deux mains et
se leva de son lit tout blanc. Un orteil à la fois, une
jambe après l’autre, elle était maintenant
assise sur le lit, la main accrochée au barreau de métal.
Elle était complètement perdue entre ces murs qui
ne parlaient pas. Elle se leva sur ses jambes maintenant rendues
si maigres qu’elles ne devaient même plus pouvoir
supporter la reste de son corps. Où était-elle,
et pourquoi était-ce si difficile de respirer tout à coup
? Elle essaya de reprendre son souffle, comme de l’habitude… mais
cette fois-ci, même les cris de sa mère qui entrait
dans la salle ne put lui faire reprendre.
***
Zahara avait suivi les indications de la femme
et c’était
rendu à l’arrêt de l’autobus, elle attendait
déjà depuis 15 minutes. Elle arriva donc, faisant
ralentir les battements de cœur de la jeune fille, elle
y monta et attendit. Pendant les 4 heures qui la séparait
de son chez-soi, elle sortit son crayon et la lettre qu’elle
avait déjà entamée de son sac.
«
… Je suis dans l’autobus qui va me conduire jusqu’à vous.
Je n’ai jamais eu hâte de vous voir comme cela. Je
me suis battu de toute mon âme pour que vous puissiez manger à votre
faim, c’était mon seul désir. Je sentais l’âme
de Papa en moi qui me guidait et qui m’avait laissé héritière
de ses rôles comme prendre soin de vous… »
Elle sentait sa tête tourner, ses jambes se ramollir
de plus en plus, mais l’heure de débarquer arrivait
et l’éveilla. Elle était rendu à destination,
il lui restait à trouver son appartement. C’était
là que se corsait les choses. Elle réussissait à se
repérer grâce au volcan qui était la fierté de
son père. Elle courait, elle ne savait pas pourquoi parce
que son énergie était à zéro, mais
l’adrénaline qui était encore en elle et
la hâte de retrouver sa famille la brûlait. Elle
se retrouva un moment sur une rue qu’elle connaissait.
Tout à coup, les souvenirs lui revint, elle se rappelait.
Zahara se trouvait à deux petites rues de terre de chez
elle. Elle reconnaissait même les marchands qui s’y
promenaient avec leur chariots. Elle laissa aller ses jambes
de toutes ses forces, quand soudainement, elles commençaient à flancher.
Elle voyait sa maison au loin, avec des serviettes accrochés
sur la rampe du balcon. Sa mère sorti sur le perron.,
elle la vit courir au loin, dans la rue perpendiculaire à la
sienne. Elle descendit les escaliers du bloc appartement elle
courut elle aussi dans le même rue. Zahara ne voyait plus
rien, tout était rendu noir tout à coup, ses jambes
ramollissaient à chaque pas qu’elle faisait. Elle
essayait de lutter le plus longtemps possible mais elle sentait
que ses forces n’étaient plus au rendez-vous, son
cœur battait de moins en moins vite. Son petit corps frêle
ne faisait même plus un mouvement normal. Sa mère était à quelque
mètres d’elle, elle sentait sa présence venir
car elle ne la voyait pas.
Elle tomba au sol. Laurie avait du mal à respirer, la
terre tournait mais la voix de ses frères et sœurs
atteignaient encore ses oreilles. Elle sentait l’odeur
de Locas au-dessus de sa tête, c’était tout
ce qu’elle percevait. Tous les membres de sa famille l’enlaçaient
en plein milieu de la rue, les larmes aux yeux. En fait, aucun
d’eux ne savait comment agir. Ils attendait que Zahara
reprennent des forces, mais la jeune fille savait bien qu’elle
ne pourrait pas. Lena fouilla dans son sac, cherchant de quoi
pouvant aider sa sœur. Elle sorti la lettre qu’elle
avait écrite pendant le trajet. Sans savoir pourquoi,
elle lu la fin, comme si celle-ci était la plus importante.
Elle avait raison, ce l’était.
«
… je vous aime tous autant un que l’autre. Maman aussi,
tu es une merveille. Surtout, ne lâchez pas, la vie continue
et je veillerai sur vous. Lena tu pleureras sûrement en lisant
cette lettre, mais je serai probablement morte à l’heure
qu’il est…mais je vous aime plus que tout, mon cœur
est avec vous à tout jamais. »
***
La mère de Laurie accouru auprès de sa fille, William
la suivait de près. Il vit lui aussi Laurie qui était
tombé par terre trois secondes plus tôt. Elle avait
encore un œil ouvert, mais son souffle était si saccadé qu’elle
ne pouvait plus se contenir. Elle regarda sa mère et s’excusa
tendrement. Elle regarda William et il comprit aussitôt
qu’elle désirait un baiser sur ses lèvres,
il l’embrassa. Jonathan arriva en trombe dans la chambre
et s’agenouilla aux côtés de sa femme et de
sa fille. Il flatta le visage de Laurie. Ses yeux s’abandonnèrent,
ses bras se relâchèrent, elle pouvait maintenant
partir. Ses forces se divisaient, elle ne luttait plus maintenant,
elle était tellement entourée ! Elle donna sa démission,
elle baissa les bras, elle lâchait prise et se laissa mourir
de faim, de fatigue et de souffrance. Elle a perdu son seul combat
contre la faim.
***
Locas dévisageait Zahara, avant que Lena éclate
en sanglot, il murmura : « Elle est morte, mais elle veille
sur nous. » Sa mère le regarda, sûre que l’espoir
n’était pas éteint. Elle arracha la lettre
de la main de sa fille et la lu. Elle hurla de mal et de tristesse.
Elle brassait Zahara, comme si elle avait voulu la réveiller,
mais son corps était inerte. Elle pleura son âme
au complet, elle pleura sa fille avec ses tripes. Rihanna et
Maloé pleurait aussi, mais seulement parce que leur mère était
triste, elles comprenaient pas pourquoi Zahara était étendue
comme ça sur le sol de terre.
Zahara était morte de courage et de persévérance.
Elle est morte de s’avoir battu contre la famine des gens
qu’elle aime. Elle a perdu son seul combat contre la faim.
***
Aucune des deux n’a pu être sauvé. Le dernier
espoir qu’il reste, c’est vous lorsque vous réaliserez
la chance que vous avez de manger chaque jour sans difficultés,
lorsque vous comprendrez à quel point les membres de votre
famille sont importants, et que vous, suite à cette lecture
prendrez une grande respiration pour sentir à quelle point
vous êtes vivant. Accrochez la vie et faites d’elle
la plus merveilleuse qui soit, sachant que vous êtes le
seul à déterminer votre fin. Alors, pourquoi ne
pas vivre sans fin ?
Christine Sauvé
16 ans
#2005